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Biais cognitifs : apprenons à penser par nous même 

Nous sommes souvent influencés dans notre vie, que ce soit par les autres, l’environnement ou les événements.

La plupart du temps, cela ne pose pas de problème. Les décisions que nous prenons sont en accord avec nos valeurs, notre entourage et notre environnement et nous en sommes très contents.

Mais dans d’autres cas, c’est plus compliqué. Lorsqu’on sent que la vie qu’on mène n’est plus alignée avec soi, cela devient problématique : on n’arrive pas à prendre les bonnes décisions, on hésite à choisir cet emploi au risque de décevoir sa famille, on agit en fonction du regard des autres

Comment se libérer de cette influence lorsqu’elle nous empoisonne la vie ? Comment arrêter de laisser les autres décider de notre vie ?

Dans cet article, tu vas apprendre à reconnaître les trois biais psychologiques responsables de ces problèmes, et quatre conseils pour t’en libérer.

Décide-t-on vraiment de notre vie ?

Imagine qu’on te propose de participer à une petite étude sur la mémoire réalisée par le département de psychologie de l’université voisine, et qu’ayant du temps, tu acceptes.

Lorsque tu arrives, tu es accueilli par le chercheur en blouse blanche qui te présente un autre volontaire pour l’expérience.

Le chercheur t’explique le déroulé de l’expérience. Il s’agit de mieux comprendre les effets de la punition sur la mémoire. L’un des deux participants devra apprendre une longue liste de paires de mots. L’autre participant devra mettre le premier à l’épreuve et vérifier sa mémoire.

A chaque erreur, le correcteur devra infliger des décharges électriques d’intensité croissante à “l’élève”.

Après tirage au sort, tu seras le correcteur. L’expérience t’inquiète un peu, car tu n’avais pas prévu que quelqu’un puisse recevoir des décharges électriques, mais tu es finalement du bon côté.

On place des électrodes sur le corps de l’élève et le chercheur t’invite à rejoindre ton poste. Il se place à côté de toi pour t’expliquer la manipulation.

Tu commences l’exercice, et cela se passe plutôt bien pour l’élève qui se rappelle des mots.

A la première erreur, tu regardes le chercheur, guettant son approbation, et appuies sur le bouton suite à son hochement de tête.

L’élève ne reçoit qu’une minuscule décharge à peine perceptible.

Mais au fur et à mesure que les erreurs s’accumulent, les décharges deviennent de plus en plus fortes et l’élève commence à se plaindre de la douleur.

Malgré ton hésitation, le chercheur t’invite à continuer. Tu sais maintenant que ces décharges vont faire mal à l’élève, et tu n’en es qu’à 120 volts. Le protocole est clair, il faut continuer à poser les questions jusqu’à atteindre la décharge maximale de 450 volts.

Que fais tu ?

J’imagine que tu es une personne bien. Tu vas arrêter cette horreur sur le champ.

Et pourtant.

Ce que l’expérience de Milgram nous apprend

Cette expérience conduite par Stanley Milgram et son équipe n’était pas du tout centrée sur la mémoire. La question qui les intéressait était complètement différente : 

  • Quand on leur donne une telle tâche, jusqu’à quel point des individus normaux sont-ils prêts à infliger une souffrance physique à une victime innocente ?

experience milgram

L’élève était en fait un comédien et il n’y avait aucune décharge. La seule chose qu’on évaluait dans ce protocole, c’était ta réaction à toi.

Les résultats de cette étude sont particulièrement inquiétants. Plus de 65% des sujets de l’expérience envoyèrent chacune des trente décharges prévues et continuèrent à appuyer sur le bouton jusqu’à 450 Volts, point où l’expérimentateur arrêta l’expérience.

Pire encore : 100% des sujets ont continué l’expérience alors que l’élève leur demandait d’arrêter, tout comme quand cette demande s’est transformée en appel à l’aide.

Comment est-ce possible ?

Comment des gens bien intentionnés comme toi et moi peuvent-ils se transformer en bourreau et infliger les pires souffrances à des inconnus ?

La réponse tient en une phrase : peut-être que nous ne sommes pas tout le temps maîtres de nos pensées et actions.

Comment est-on influencé ?

Un mode de pensée issu de nos ancêtres

Pour comprendre comment fonctionne l’influence, il faut analyser ce qu’il se passe dans le cerveau d’un être humain.

Depuis la nuit des temps, la survie est l’objectif premier d’un individu. Il fuit tout ce qui pourrait être dangereux, et cherche tout ce qui peut lui apporter de la sécurité.

Pour y arriver, il doit être attentif à ce qu’il se passe autour de lui dans son environnement proche.

  • Il doit ajuster son comportement en fonction des éléments extérieurs. Un homme vivant en Alaska ne s’habillera pas pareil qu’un habitant du Mexique.
  • Il doit faire attention aux autres : que ce soit son groupe ou encore les tribus voisines. S’il se comporte mal, il risque de se retrouver en danger.

Pour assurer cette attention, le corps a développé une grande sensibilité à l’extérieur grâce aux cinq sens qui permettent de capter de l’information pour prendre les bonnes décisions.

La quantité d’information que l’on perçoit à chaque instant est immense. Que ce soit des signaux visuels, auditifs, kinesthésiques, notre système est bombardé de milliers d’informations à la seconde.

Si on devait analyser consciemment chaque information avant de penser quelque chose ou d’agir, on resterait complètement bloqué. C’est pourquoi l’inconscient a développé le système des modèles mentaux. 

mode de pensée ancestral

Le “pilote automatique” du cerveau qui dirige nos pensées et actions

En analysant les informations de l’extérieur, l’inconscient décide d’utiliser une réponse préenregistrée qu’il a déjà utilisée par le passé. C’est le schéma pensées/comportement automatique qu’on appelle modèle mental.

A chaque fois qu’une situation similaire se représente, l’inconscient réactive cette même combinaison en automatique.

Pour faire simple, la plupart du temps nous fonctionnons en pilote automatique, nos comportements étant dictés par notre environnement.

Et ça fonctionne pareil dans nos relations avec les autres.

L’une des choses les plus importantes dans l’environnement, ce sont les autres. Pour survivre, on a besoin d’établir de bonnes relations avec les individus qui nous entourent. Notre inconscient est donc très sensible aux signaux que renvoient les autres et va adapter sa réponse pour s’assurer de meilleures chances de survie. 

Dans la majorité des cas, c’est très utile.

Le problème, c’est quand cette réponse automatique nous dessert. 

Lorsque le chercheur demande de continuer l’expérience et d’appuyer sur le bouton, notre inconscient classe l’information en mode : “c’est lui le chercheur, c’est lui qui sait”, et nous fait appuyer sur le bouton. Pourtant, jamais nous n’aurions appuyé sur ce bouton dans d’autres circonstances. Ce que nous sommes en train de faire est totalement contraire à nos valeurs.

En quelques secondes, on s’est fait influencer par les autres à cause de nos modèles mentaux automatiques.

Comment éviter cela ? Comment s’assurer de garder le contrôle sur nos pensées et nos actes ?

La première chose pour ne pas se laisser influencer par les autres et penser par soi-même, c’est de connaître les modèles mentaux automatiques qui nous desservent. 

Ils font partie de ce qu’on appelle les biais cognitifs.

Les trois biais cognitifs qui empêchent de penser par soi-même

Le biais de proximité 

Myriam aurait rêvé d’être pianiste. Malheureusement, ses parents ont décidé autrement. Il fallait qu’elle fasse des études d’ingénieur pour s’assurer un bon emploi. Elle ne voulait pas les blesser, elle avait accepté à contre-coeur. 

Mais maintenant qu’elle a 32 ans, elle regrette ce choix amèrement. Elle s’ennuie dans un travail qui n’a pas de sens et regrette d’avoir gâché son rêve.

Combien de fois faisons-nous des choses à contre-cœur, juste parce qu’on ne veut pas blesser les gens qu’on apprécie ?

biais de proximité

Ce mécanisme inconscient est lié à la survie (encore une fois). Si on blesse ceux qu’on aime, on risque de se faire rejeter. Et se faire rejeter est la pire chose qui puisse arriver pour un individu social. 

A chaque fois qu’une personne pour laquelle on ressent de la sympathie nous demande de faire quelque chose qui va contre nos valeurs, il devient beaucoup plus difficile de refuser. 

C’est la raison pour laquelle les pervers narcissiques ont autant d’emprise. En créant une proximité suffisante avec la victime, ils s’assurent d’activer ce biais et d’enfermer la victime dans des choix qui ne sont pas les siens.

Ce biais de proximité peut s’activer autre part que dans le cercle proche. Toute personne pour laquelle on ressent de la sympathie active en nous ce biais et il devient de plus en plus difficile de dire non : un vendeur qui nous fait un compliment, une personne qui nous ressemble, un collègue …

La preuve sociale

preuve sociale

Fabien venait de passer une journée compliquée, il avait hâte de rentrer chez lui. Tandis qu’il démarrait, la radio s’alluma, diffusant les informations. Le COVID prenait de l’ampleur et le risque d’un confinement généralisé grandissait. De plus en plus de gens allaient faire leurs courses en prévision de cet événement inattendu.

Fabien hésita. Il venait de faire les courses la veille, mais si tout le monde se précipitait dans les supermarchés, c’est que ça devait être sérieux. Il mit son clignotant et se dirigea vers le supermarché le plus proche.

Trente minutes plus tard, il attendait toujours avec son chariot devant l’entrée du supermarché, se demandant pourquoi il avait fait ce choix aussi ridicule.

Lorsqu’il se retrouve dans l’incertitude, que la situation est confuse, l’humain a tendance à s’en remettre aux actions des autres pour savoir ce qui est le mieux pour lui. C’est ce qu’on appelle la preuve sociale : lorsque la conduite de la majorité nous indique le comportement que nous devons adopter nous-même.

On retrouve cette preuve sociale dans tous les aspects de la vie. 

  • Lorsqu’un groupe d’amis se retrouve au bar et que les quatres premiers prennent une bière, il est fort à parier que le cinquième prenne la même chose. 
  • Lorsqu’un enfant qui ne sait pas faire de vélo se retrouve avec des petits de son âge qui roulent à toute allure, il apprend en quelques heures.
  • Quelqu’un qui veut acheter un produit en ligne sera souvent sensible aux commentaires, étoiles et autres avis 

Une étude a même montré comment aider des enfants angoissés à l’idée d’aller chez le dentiste : Il suffit de leur montrer un film dans lequel un autre enfant passe une visite de dentiste idéale et le jeune public éprouve moins d’anxiété à l’idée de se faire soigner les dents, surtout s’ils ont le même âge que l’enfant du film. 

La plupart du temps, ce fonctionnement est utile. Sauf lorsque la majorité se comporte d’une façon contraire à nos valeurs.

Le Dr Phillips a par exemple démontré que les championnats de boxe poids lourds, lorsqu’ils sont largement diffusés au cours d’un journal télévisé, entraînent une augmentation importante du nombre d’homicides commis aux US.

Pire : Si le perdant est un noir, le nombre de jeunes noirs victimes d’homicides dans les dix jours suivant augmentait. Si un blanc perdait, on observait le mêle phénomène.

En laissant l’inconscient se référer aux actions des autres pour les choix importants de notre vie, on risque fort de finir comme les moutons de Panurge, à se noyer en suivant les autres.

La soumission à l’autorité

Céline était au bord de la crise de nerfs. Son corps était parcouru de spasmes de stress et ses doigts s’entrelaçaient fébrilement. Elle se prit la tête entre les mains et murmura : “Mon dieu, pourvu que ça s’arrête.”

Le chercheur lui demanda de continuer l’expérience. Malgré son mal-être, elle obéit jusqu’à la fin. Elle avait atteint les 450 Volts et l’élève gisait, inanimé sur son siège.

Dans son expérience menée en 1965, Milgram explique le comportement des sujets par un sentiment de déférence envers l’autorité qui existe au fond de nous tous : “C’est la docilité presque sans limites manifestée par des individus adultes vis-à-vis d’une figure d’autorité qui constitue le principal résultat de cette expérience.”

En clair, lorsqu’une figure d’autorité donne un ordre, la très grande majorité des humains s’exécutent sans broncher.

soumission à l'autorité

Ce comportement “par défaut” est dû au conditionnement que l’on reçoit dès la naissance. Les adultes, enseignants, policiers, médecins, politiques … sont ceux qui savent. Il faut les écouter.

Petit à petit, l’inconscient apprend à ne plus remettre en question les ordres et les directives, et l’obéissance devient une seconde nature.

Encore une fois, ce fonctionnement est pratique pour un certain nombre de situations. Il n’est pas forcément nécessaire de relire tout le manuel des maladies lorsque le médecin vous ausculte. 

Mais dans d’autres situations, rester soumis à l’autorité peut avoir de très graves conséquences. Il suffit de retourner en Allemagne en 1940 pour s’en apercevoir.

Quatre conseils pour mieux penser par soi-même

penser par soi meme conseils

A chaque fois qu’on laisse faire l’inconscient, nos pensées et actions sont directement influencées par les autres et la société. 

La plupart du temps ça fonctionne bien, mais parfois la culture, la religion, l’autorité, la famille et toute autre influence de la société peuvent nous amener à penser et faire des choses qui vont contre nos intérêts.

Penser par soi-même, c’est garder les pensées et comportements qui nous sont utiles et remplacer ceux qui nous limitent par de nouveaux.

Il ne s’agit pas de repousser en bloc toutes les influences et pensées du monde extérieur, mais de les filtrer pour n’en garder que le bon

Voici quatre conseils qui vous aideront à mieux penser par vous-même.

Prendre conscience des biais de pensée et s’amuser à les identifier

“Un homme averti en vaut deux” comme le dit le dicton. La première chose à faire, c’est de prendre conscience que ces biais de pensée existent et de s’entraîner à les repérer dans des situations du quotidien. 

  • Ton beau-père qui te demande de l’aide alors que tu es surchargé.
  • Ton groupe d’amis qui te propose de venir à la manifestation alors que la cause ne te parle pas.
  • Les médias qui instillent la peur lorsqu’un nouveau problème arrive.

Plus tu auras conscience de ces biais de pensée, plus tu pourras prendre de recul sur la situation.

Bien connaître ses valeurs

Tout ce que tu penses et fais répond plus ou moins à tes valeurs profondes, à ce qui est réellement important pour toi. Avoir conscience de ses valeurs prioritaires, c’est se donner la chance d’évaluer si telle pensée ou action va dans le bon sens pour nous.

Une personne pour qui la valeur connaissance est importante n’ira pas directement adhérer à des théories du complot. Elle ira d’abord vérifier les sources, chercher les contre-arguments pour se forger elle-même une idée précise de la situation.

Exercer son esprit critique vis à vis du monde, et de ses propres croyances

Chacun voit le monde à travers le prisme de sa propre expérience, et cela peut varier considérablement d’un individu à l’autre selon sa culture, son passé et son entourage.

Plus on croit qu’il existe des vérités fixes, plus on sera influencé par certains discours ou croyances

Plus on comprend qu’il existe une infinité de manières de voir les choses, plus on devient libre de choisir les pensées et actions qui nous conviennent dans une situation donnée. En adoptant un état d’esprit curieux et ouvert au monde, on évite de s’enfermer dans des pensées qui ne nous conviennent plus.

Myriam, qui rêvait de jouer du piano, peut décider qu’il est toujours possible de vivre de sa passion. Elle peut aussi décider que l’incompréhension de ses parents fera place à la fierté lorsqu’elle aura trouvé le courage de suivre ses rêves. 

Prendre des décisions courageuses qui respectent ce qui est important pour soi

“L’homme déteste le changement. C’est pourtant la seule chose qui lui a permis d’avancer” Charles F. Kettering

Penser par soi-même, c’est remettre en question les modes de pensées pré-établis. Ça n’est pas confortable, loin de là. 

Mais une chose est sûre : l’humain est fait pour grandir, évoluer, progresser. Et penser par soi-même apporte bien plus de bonheur que de rester dans des schémas qui ne nous conviennent pas. 

Aller dans un sens alors que tous les autres vont dans l’autre, c’est difficile. Surtout s’il s’agit de la famille ou des amis. Mais si leur modèle du monde ne correspond plus au tien, aller dans leur sens revient à t’enchaîner à quelque chose qui ne te convient pas.

Cela demande d’avoir le courage de faire différemment malgré la peur qui nous taraude.

Cela s’apprend. Petit pas par petit pas, pour qu’un jour on puisse se dire : “J’ai totalement choisi la vie que je vis”.

Tu as désormais appris à déceler les biais cognitifs qui pourraient t’empêcher de prendre tes propres décisions. Si tu veux aller plus loin, cet ebook te donnera toutes les clés pour comprendre comment rester motivé pour atteindre tes objectifs et réaliser enfin ce qui compte vraiment pour toi. 

Sources et références

Robert B. Cialdini, Influence: the Psychology of persuasion, Harper Business, 2006

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reich
reich
1 mois il y a

Bel article, intéressant et bien construit

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