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Comment être heureux par Thierry Janssen

David : Tu abordes le thème du bonheur, il y a certainement des personnes qui nous regardent actuellement qui peuvent se poser la question de comment être plus heureux, comment accéder à plus de bonheur, quels conseils en toute humilité tu pourrais leur partager pour aller justement vers plus de joie, plus d’enthousiasme, plus de bonheur.

Thierry : Je m’inspirerais de ce que l’on constate, justement en faisant des enquêtes qui interrogent les gens dans de nombreuses cultures, à propos de leurs moyens de trouver le bonheur et il y a trois grandes voies qui se dessinent, la première étant de se faire plaisir, d’avoir des raisons d’avoir envie de vivre et d’agir, le plaisir est une motivation fondamentale pour l’être humain. Donc se faire plaisir et ne pas nier ce besoin de plaisir, mais faire attention parce que se faire plaisir c’est être capable d’apprécier, de savourer et donc il faut pouvoir ralentir, il faut pouvoir simplifier, il faut pouvoir aussi attendre, parce qu’il y a beaucoup de plaisir dans l’attente d’un objet ou de quelque chose de convoité. Et tout ça dans notre culture est oublié, on veut des choses immédiates et donc on n’est jamais rassasié, il en faut toujours plus et on est dans une hyper consommation

David : C’est intéressant tu notes le fait que dans notre société on est dans l’excès, finalement j’ai du plaisir tout de suite et je ne profite pas, donc on peut déjà en prendre conscience, mais comment on peut ralentir pour mieux apprécier le moment présent ?

Thierry : On peut ralentir en étant conscient qu’il est plus facile ou en tout cas meilleur de vivre si on recrée un peu d’espace à l’intérieur de soi, c’est-à-dire si on arrête de se disperser, si on arrête d’être que dans l’action, si on accepte d’être un peu dans le silence et dans l’inaction, on crée une sorte d’espace pour se regarder, pour comprendre qui on est, prendre du recul et alors faire des choix en pleine conscience. Donc ça se résume à augmenter notre niveau de conscience, à être plus conscient de qui nous sommes, c’est-à-dire être à l’écoute de notre corps, de sentir quand il est tendu et de se dire s’il est tendu je suis peut-être dans une peur, dans une défense mais je peux peut être aussi faire le choix conscient de me détendre, de travailler sur ma peur, de refaire confiance. C’est écouter aussi nos émotions, se rendre compte que si on est dans des émotions très désagréables comme la peur, la colère, l’anxiété et que ça amène même de l’agressivité etc., c’est peut-être parce que de nouveau il y a des peurs, il y a une tension en nous et ça ne nous apporte pas le bonheur. Ça ne nous apporte pas l’apaisement. Donc là en conscience on peut observer ça, être de nouveau sensible, d’avoir suffisamment d’espace à l’intérieur de soi pour re-sentir tout ça alors on peut faire des choix conscients de travailler sur ces peurs, et de générer d’autres émotions beaucoup plus agréables. Et du coup on retrouve de l’optimisme, de l’enthousiasme, de la joie et bien sûr que ça apporte beaucoup plus de bonheur à l’être humain.

David : donc la première chose finalement, c’est d’accéder au plaisir

Thierry : Accéder au plaisir, ça paraît être une composante indispensable pour être heureux. Mais à condition de savourer et à condition aussi que ce plaisir s’inscrive dans un projet. Parce que le plaisir pour le plaisir, c’est trop court.

David : donc là on est sur le sens, c’est ça ?

Thierry : alors la deuxième grande voie qui a été bien identifiée, c’est qu’il y a un besoin de sens chez l’être humain et on peut le comprendre parce que nous sommes un animal qui pense et si nous pensons nous nous projetons dans le futur et nous regardons notre passé, ça nous permet d’avoir une identité et l’espoir de préserver cette identité et du coup nous devons pouvoir organiser tout ce que nous vivons, tout ce que nous expérimentons, nous devons pouvoir l’organiser sur une ligne qui définit une direction et qui donne une signification à notre vie. Parce que sans ça nous serions confrontés au chaos et ce chaos nous angoisserait tellement qu’on ne pourrait pas survivre, on serait très affaiblis par cette angoisse existentielle. Donc ce besoin de sens semble fondamental, même au niveau biologique, au niveau de notre capacité à survivre.

David : Donc ça veut dire, si je résume pour donner des clés à nos auditeurs, si j’ai une personnalité ou je suis plutôt dans le plaisir à court terme, de prendre du temps pour me poser la question de ou est-ce que je veux aller dans ma vie. C’est ça ?

Thierry : Oui et à quoi ce plaisir sert parce que si c’est juste pour m’apaiser dans l’instant, ou est-ce que ça s’inscrit dans une ligne, un projet, une direction que je voudrais donner à mon existence ? Et d’ailleurs, ce que l’on constate dans toutes ces enquêtes et dans toutes ces études que l’on fait sur les tenants et aboutissants du bonheur, c’est que le besoin de sens est plus important que le besoin de plaisir en ce sens qu’on accepte parfois certains déplaisirs pourvu que ça ait du sens. Et alors on accepte de ne pas toujours être satisfaits, mais si ça s’inscrit dans un projet qui apporte du sens dans notre vie, on connaît une sorte d’accomplissement, d’épanouissement qui est beaucoup plus fort que ce petit bonheur de satisfaction hédoniste quelque part.

David : Je rejoins ce que tu dis dans la création d’entreprise typiquement, c’est accepter pendant un moment donné d’avoir des moindres rentrées d’argent, tu en parlais d’ailleurs par rapport à l’achat des chaussures, je l’ai vécu quand j’ai créé mon entreprise, c’était effectivement accepter que pendant un temps, il y a moins de plaisir à court terme mais ça a un sens, le sens que je donne, d’aider, …

Thierry : Le besoin de plaisir et le besoin de sens ne se conjuguent pas au même temps. A savoir que le besoin du plaisir, souvent, demande une satisfaction immédiate. Alors que le besoin de sens accepte d’être satisfait d’une façon différée. Et donc ça explique pourquoi effectivement le créateur d’une entreprise par exemple accepte certains déplaisirs, certaines contraintes, etc., mais si son besoin de sens doit être comblé à long terme, et bien tout ça vaut la peine d’être vécu.

David : D’accord, ça c’est la deuxième chose, le sens.

Thierry : Oui. Et alors il y a une troisième voie qui consiste à pouvoir s’engager pleinement dans ce que nous faisons, de manière à connaitre une expérience qui nous apporte un profond accomplissement et une sensation d’accomplissement.

David : C’est les actions au quotidien ?

Thierry : Ce sont des actions au quotidien et qui sont généralement des actions autotéliques. Télos en grec veut dire le but : ce sont des actions qui sont un pour but elles-mêmes. Par exemple, le créateur d’entreprise, s’il ne la crée que pour gagner de l’argent, et bien ça ne va pas tenir et il ne va pas être très heureux. Mais par contre, s’il peut trouver une véritable motivation à l’action de création de l’entreprise, et qu’il s’investit là-dedans parce que l’action est un but en elle-même, alors il trouve une grande satisfaction. C’est une des composantes du bonheur. Et ces actions autotéliques, généralement, défient nos compétences à un niveau un peu supérieur qu’à leur niveau habituel. Ce qui oblige à être focalisés sur ce que nous faisons, pleinement engagés dans ce que nous faisons et nous en arrivons même à oublier le temps qui passe, à oublier même nos problèmes. Nous sommes tellement pris dans l’action que déjà nous connaissons la satisfaction de ce flux, on appelle d’ailleurs ça des expériences de flux. Il y a un psychologue américain qui s’appelle Mihály Csíkszentmihályi, qui a très bien décrit ça comme une expérience optimale du flux. Et après que la tâche a été accomplie, et bien il y a encore un sentiment de satisfaction parce qu’on sent qu’on s’est approfondit, qu’on s’est amélioré, puisque le défi était un peu au-dessus de nos compétences habituelles.

David : Et donc là pareil, si on transmettait une clé, l’idée ça serait de chercher des actions de ce type-là ?

Thierry : Oui et d’accepter de faire des efforts. Parce que beaucoup d’images qui sont véhiculées par rapport au bonheur laissent croire que ça va arriver tout seul, que ça va tomber du ciel sans efforts, sans souffrances. Et en fait c’est tout le contraire. Alors bien sur les doigts de pied en éventail sur une plage aux Caraïbes ça peut être une image du bonheur. Mais quand vous interrogez les gens qui rentrent de ce genre de vacances, ou ils sont restés tout le temps sur la plage au soleil des Caraïbes, ils ne sont pas forcément très heureux. Ils vont vous raconter que l’hôtel n’était pas bien, que la nourriture n’était pas ce qu’ils pensaient, que les enfants étaient infernaux, que finalement la mer n’était pas comme ils avaient pensé, et ils ne sont pas vraiment satisfaits. Mais quand vous les interrogez, ils ont des raisons d’être satisfaits de leurs vacances, mais ce n’est pas les doigts de pied en éventail sur la plage qui les a satisfait, c’est d’avoir lu un bon livre, c’est d’avoir fait du jogging tous les matins, c’est d’avoir été en lien avec leurs enfants, d’avoir fait un sport, mais ça demande parfois des efforts parfois tout ça. Quand vous interrogez le pianiste qui fait des gammes, ce n’est pas très amusant de faire des gammes à longueur de journée, mais il est motivé et il se laisse entrainer dans l’action une fois qu’il a acquis un certain niveau de compétences et il en connait une grande satisfaction. Et ça lui a demandé un effort.

David : Donc du coup pour résumer ça serait du plaisir quand même à court terme, avec un besoin de sens, chercher cette direction, ou est-ce que je veux aller, comment va être ma vie, quels sont mes rêves, ma vision, etc. Et après dans le présent quelles actions finalement s’inscrivent dans le but mais qui ont un sens par elles-mêmes

Thierry : Par elles-mêmes et qui nous font grandir. Alors par rapport à la quête de sens de l’être humain, toutes ces enquêtes que l’on fait nous montrent bien que ce qui donne vraiment du sens à la vie d’un être humain, c’est la capacité d’être en lien avec les autres, dans des rapports harmonieux avec les autres, et où on a le sentiment d’exprimer le meilleur de soi au service de cette relation avec les autres. Donc vivre une vie vertueuse quelque part. Et on oublie beaucoup trop souvent que c’est dans ces détails-là, qui sont les fondements mêmes de la vie des êtres humains qu’on peut trouver beaucoup de bonheur parce que ça a beaucoup de sens.

David : D’accord, c’est un beau message, merci.

Thierry : Oui je crois que c’est un beau message mais on devrait s’en rappeler parce que c’est dit depuis l’antiquité, mais aujourd’hui c’est vrai que les données scientifiques nous obligent à nous y ré-intéresser, à l’intégrer dans nos pratiques, dans nos approches comportementales, psychologiques et psychothérapeutiques, ou d’accompagnement comme le coaching par exemple, nous devons remettre ça vraiment au centre du débat, c’est très important si on veut être heureux.

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Pierrette
Pierrette
5 années il y a

Merci David pour cette entrevue et merci T. Janssen pour cette sobriété dans les mots qui fait que le message n’a pas besoin d’être long pour être compris. C’est encore la théorie des «petits pas» qui nous permet de faire de chaque journée un moment de bonheur.

Lucile
Lucile
5 années il y a

Merci beaucoup pour ces explications qui permettent d’être heureux. Ce que j’ai le plus apprécié c’est la dernière explication: en fait développer de bonnes relations permet de donner vraiment du sens à sa vie.

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