Comment PARDONNER ?! – André Harvey : L’ultime pardon

David Laroche : Alors bonjour à vous et bienvenue dans cette nouvelle interview. Aujourd’hui je voudrais vous présenter André Harvey. Il est conférencier, il est auteur, il a écrit beaucoup de livres, sur le pardon, sur le bien-être. On va aborder le développement personnel. J’ai plein de questions à lui poser donc suivez bien cette interview, ça démarre tout de suite. Salut André.

André Harvey : Salut David.

David Laroche : Tu vas bien ?

André Harvey : Très bien. Très très heureux d’être ici et de parler à tous les gens qui sont là. Je pense qu’on va avoir beaucoup de plaisir à prendre.

David Laroche : Je le crois aussi. Alors justement qui es-tu ?

André Harvey : Oh là là ! Qui es-tu ? Écoute, en gros tu l’as bien dit : auteur compositeur interprète. 19 livres, je suis en train d’écrire le 20ème, une autobiographie. J’ai écrit 3 CDs de chansons aussi.

David Laroche : Oui ce qui est particulier aussi, c’est que ce n’est pas un truc complètement à part, tu chantes…

André Harvey : Totalement. C’est complètement en complément avec ce que je fais. Chaque conférence est saupoudrée de chansons comme « Je te pardonne mais j’oublie pas ». J’ai des chansons sur l’accompagnement des mourants, sur l’avortement, sur la mort, mais toujours de façon à dédramatiser. Beaucoup d’humour aussi, parce que c’est très important de traiter tous ces sujets-là avec humour. Donc si je fais une conférence sur le pardon, je vais faire ma chanson « Je te pardonne mais j’oublie pas ». On va flotter avec ça mais pour moi, j’ai trente chansons maintenant, je peux traiter à peu près de tous les sujets en développement personnel entre guillemets. Ça fait très complet, ça fait très gai aussi. Parce que de parler aux gens avec une chanson, on ne va pas au niveau de la tête, on va directement au cœur. Alors c’est avec ça que j’introduis toutes mes conférences.

David Laroche : Ah tu commences en chantant ?

André Harvey : Toujours oui. Il faut prendre le temps, en remerciant les gens avec une chanson. Il faut prendre le temps avant qu’on pense en manquer. Et puis, après ça je fais chanter les gens, et c’est parti. Ça ouvre les cœurs les chansons. Pour moi c’est très important. Même un jour on m’a demandé de faire une conférence sans mes chansons, j’ai dit non. Ça fait partie d’un tout.

David Laroche : Pourquoi on t’avait demandé sans tes chansons ?

André Harvey : Bah, c’était quelqu’un qui était très sérieux, qui voulait une conférence sérieuse. Il voulait que je parle de tel sujet, mais pas de chansons. Mais c’est parce qu’il croyait que moi je faisais des chansons populaires, mais non. Toutes mes chansons ont toutes des sujets particuliers, sur soi-même. Mais il ne le savait pas. Finalement il a accepté et il n’a vraiment pas regretté.

David Laroche : OK. Alors tiens, abordons – parce qu’il y a beaucoup de sujets sur lesquels tu avances, tu transmets – parlons du pardon. Comment est-ce qu’on fait pour pardonner quand on a vécu quelque chose de vraiment difficile ? Souvent j’entends : Oui mais c’est simple de pardonner quand c’est un petit truc mais par exemple la personne elle peut avoir été violée, elle peut avoir été battue. Mais des fois c’est de la violence qui n’est même pas physique. Ça peut être une violence verbale. Ça peut être les parents qui ont dénigré, en disant : tu n’y arriveras pas, tu peux pas croire en tes rêves. Ça peut être un voisin qui a fait un coup à l’autre. Comment est-ce qu’on fait pour pardonner ? Avant même le comment, pourquoi pardonner ?

André Harvey : Pourquoi pardonner ? C’est pour se libérer. J’ai une de mes chansons qui s’intitule « Les trois pas ». Tu fais trois pas en avant, dans la vie, et puis après tu fais deux pas en arrière. Deux pas en arrière parce qu’il y a des choses qui ne vont pas bien, de la maladie, du rejet. Ou tu restes dans la victime et tu restes dans ces deux pas là mais on remarque qu’on a déjà avancé d’un pas. Et après tu fais un autre ‘trois pas’. La vie te fait faire un autre ‘trois pas’. Deux pas, trois pas. Finalement t’avances toujours avec trois pas en avant, deux pas en arrière et tu finis par traverser ta vie, traverser la salle, en faisant ces pas là, en avant, en arrière. Les gens qui ne réussissent pas à pardonner, je vais leur expliquer ce qu’est exactement le pardon pour moi, c’est les gens qui font deux pas en arrière et qui restent là. Donc tu ne peux pas avancer. Tu ne peux pas être heureux. Tu ne peux pas te dégager de certaines choses qui te sont arrivées si t’arrives pas à pardonner. D’entrée de jeu, il faut que je dise que le pardon, qu’est-ce que ça n’est pas : le pardon, ce que ça n’est pas, c’est d’oublier. Il y a tellement de gens qui se bloquent, j’en ai vu, j’étais en fin de semaine en Europe, en Belgique, je faisais des conférences et il y a une dame qui a dit : moi je n’en suis pas capable. C’est impossible, ne m’en parle même pas. Je ne peux pas pardonner ce qu’il m’a fait, jamais j’oublierai. J’ai dit : Mais ça, c’est impossible d’oublier un évènement. Les gens pensent que pardonner c’est oublier. Au contraire. Tu n’oublieras jamais. Dans ma chanson, je dis je te pardonne mais je n’oublie pas, j’ai juste plus de temps à perdre pour toi, c’est tout.

David Laroche : Justement les gens ils vont dire : Il est gentil là André il dit de pardonner mais par exemple comment pardonner quelqu’un qui vous a battu par exemple ?

André Harvey : Je vais vous raconter une histoire. Ce que je dis sur le pardon, ce n’est pas d’oublier. C’est d’arrêter de se faire du mal, à cause d’une personne qui vous en a fait. Autrement dit, arrête de faire suer, pour pas dire d’autres mots, à cause d’une personne qui t’as fait du mal. C’est tellement donner de l’importance à quelqu’un ça. Tu donnes tellement d’importance qu’en plus de le haïr, tu te haïs toi-même. C’est fou, arrêtez-ça ! Je vais vous raconter une histoire. Une dame de 80 ans qui vient me voir après une conférence, il y a plusieurs années. Elle s’appelait Claudine. Une madame, toute petite, de ma grandeur, et elle commence à me dire : tu sais André je voulais te parler. Elle me dit : moi j’ai eu des problèmes avec mon père toute ma vie. J’ai eu des gros problèmes. Elle ne m’avait pas expliqué ce que c’était, ça n’avait pas d’importance. Voilà, j’ai travaillé toute ma vie pour essayer d’oublier. J’ai suivi des thérapies par-dessus thérapies sur le pardon. J’oubliais, je pardonnais, mais, j’avais juste peur de me retrouver de l’autre côté quand j’allais mourir et d’attraper mon père par la peau du cou et de lui dire : toi mon salaud, là je vais pouvoir te dire ce que j’ai toujours voulu te dire, face à face. Elle dit : quand je suis venu à ta dernière conférence sur le pardon, j’ai acheté le livre « L’ultime pardon », qui est mon livre fétiche, que je recommande à tous les gens qui vraiment pensent que c’est impossible. Donc elle l’a lu, elle dit : je suis arrivée chez moi, j’ai lu « L’ultime pardon » d’un bout à l’autre, et quand j’ai terminé j’ai repensé tout la nuit à ça. Donc commencez pas ce soir ! Donc quand j’ai terminé j’ai pardonné à mon père d’un revers de la main. J’ai compris que cet homme-là, qui avait été dans ma vie, il m’avait obligé à me surpasser. S’il n’avait pas été là, je ne serais pas la petite madame qui a été obligée de me surpasser toute ma vie. Et maintenant j’ai compris que c’est grâce à lui – et je dis aux gens de changer les ‘à cause’ par des ‘grâce’ – c’est grâce à lui si maintenant j’ai 80 ans. J’ai les deux pieds sur Terre et j’ai un tas de projets. J’ai le goût de vivre, parce qu’il m’a obligé à me surpasser.

David Laroche : Justement là pour moi c’est un super exemple que tu prends, et je suis à l’aise avec ce truc-là, donc tout va bien, on peut aller encore plus dans le détail. Je sais que j’ai des personnes qui me suivent et qui ont vécu par exemple un viol. Et quand on aborde des sujets comme ça : violences sur enfant, viol… il y a beaucoup de : comment tu oses dire ça David ?

André Harvey : Oui, oui, je sais bien

David Laroche : Alors comment arriver à, ne serait-ce que prononcer ‘grâce’, par exemple ‘grâce à mon violeur’.

André Harvey : C’est sûr que ça prend des années et des années souvent. Mais si vous arrivez pas à comprendre, moi je crois honnêtement qu’il n’y a pas de hasard dans la vie. Là je sais qu’il y en a qui vont sursauter. S’il y avait une fraction de seconde de hasard dans l’univers, ce serait le chaos total. Si une planète décidait de tourner dans un sens différent, une fraction de seconde, ça viendrait foutre le bordel dans tout l’univers. Et on dit que dans nos vies on est à l’image de l’univers et que tout dans le fond à une certaine raison d’être. Tout ce qui t’arrives, inconsciemment, tu l’as peut-être choisi. Ce n’est pas l’égo qui parle, c’est au niveau de vivre quelque chose. Si tu ne fais rien avec ça, tu vas rester victime. Tu vas rester dans les deux pas derrière et tu vas réagir comme certains qui vont dire : comment peut-il dire ça ? À ce moment-là, si vous pensez que c’est trop idyllique, si vous restez là vous allez vous faire souffrir, à cause d’une personne qui vous a totalement oublié mais vous, vous continuer à vous auto flageller, à vous punir à cause d’une personne qui vous a fait suer.

David Laroche : Ce que tu veux dire donc, c’est que non seulement j’ai souffert de la situation, mais en plus de ça je m’en remets une couche.

André Harvey : Exactement. Mais ça c’est normal. Quand t’as vécu difficile des choses, c’est sûr que ça ne peut pas arriver du jour au lendemain. Mais je dirais aux gens qui nous écoutent : s’il y en a qui ont vécu des choses difficiles, regardez ce que cet évènement-là vous a permis d’aller, de vous surpasser. Souvent on devient plus fort. Moi j’étais intimidé quand j’étais ici au Québec, au séminaire de Québec. J’étais intimidé, jour après jour. C’était l’horreur. Mais maintenant je comprends que c’est grâce à cette personne là que je suis devenu plus fort, que j’ai réussi à me faire mon système de défense.

David Laroche : Tu veux dire, quand tu étais intimidé, c’est-à-dire qu’il y avait des agressions ?

André Harvey : Oui, c’est-à-dire que j’étais tout petit. J’étais encore tout petit.

David Laroche : Parce que t’es plus grand maintenant à l’intérieur.

André Harvey : Oui c’est ça ! Et donc il y avait tout le temps une personne qui m’attrapait dans les coins, qui m’intimidait beaucoup moralement, qui me disait que je n’étais rien, c’était terrible. C’est grâce à lui si je suis devenu fort. Peut-être que c’est grâce à lui si je peux en parler maintenant de ça. Sur le coup, quelqu’un m’aurait dit : Il faut que tu lui pardonnes. J’aurais fait un signe de la main, et même le signe de doigt là. Mais maintenant je comprends que si j’étais resté victime, alors là j’aurais subi ça le restant de ma vie. Et au contraire, la deuxième partie, au lieu de rester victime, comment je peux faire pour me servir de cet évènement là pour avancer ? Dans ma chanson « Je te pardonne mais j’oublie pas », il y a une phrase qui dit : la vie est un parfait justicier. Si la personne a besoin de payer, faites-vous-en pas. Elle va payer, à sa façon. Parce qu’elle aussi elle chemine de son côté. Et je crois que quelqu’un qui est violent avec les autres, quelqu’un qui vole… un jour il y a de grosses chances que ça lui arrive aussi. Et puis à ce moment-là, de toute façon, une des choses qui est bien importante à savoir, c’est que vous avez deux choix. Si vous avez des pardons à faire, vous avez deux choix, comme tu dis. Devenir victime et dire : mais comment tu peux dire ça, ça n’a pas de sens. Et là t’es malheureuse toute ta vie, et t’en rajoutes une couche et une autre couche et une autre couche. Ou bien, quand la haine est passée, faire comme cette Claudine qui me dit : moi quand je vais mourir, je vais m’en aller de l’autre côté, je vais le trouver, mon père, et je vais l’attraper par la peau du cou et lui dire : ah mon salaud, je voulais juste te dire merci de m’avoir obligé à me surpasser. Je sais que c’était un rôle. La vie c’est une grande pièce de théâtre et tu as eu un rôle super ingrat. Je t’ai tellement haï, mais maintenant je comprends que si je n’avais pas vécu ça avec toi et si je m’en étais pas sortie, je ne serais pas la personne que je suis devenue. Donc c’est apprendre de ces choses-là. Comme les gens qui ont eu des relations difficiles par exemple, qui ont vécu des divorces, tout ça. Ou bien tu t’auto-flagelle et tu continues à en vouloir à l’autre personne avec laquelle tu as divorcé, ou tu dis : qu’est-ce que ça m’a appris ? Est-ce que dans la prochaine relation que je vais avoir, je peux agir autrement ? Parce qu’il n’y a pas de courant d’air sans qu’il y ait au moins deux ouvertures. Il n’y a pas de courant d’air sans qu’il y ait eu au moins deux ouvertures. Quand on est dans la colère et dans la haine et les deux pas dans l’erreur, on est à une ouverture. Quand on a l’humilité et le courage de dire : est-ce que d’une certaine façon j’aurai pas une certaine responsabilité, pas culpabilité, responsabilité, dans ce qui m’arrive ? Et comment faire pour que la prochaine fois ça n’arrive pas, ou que ce soit moins dur ? À ce moment-là tu regardes des deux côtés et tu arrêtes d’en vouloir à l’autre, parce que c’était peut-être un acteur dans ta pièce de théâtre qui t’obliges à faire quelque chose de ta vie ?

David Laroche : Alors du coup quand tu parles de pardon, est ce que c’est un pardon que je fais moi-même ou est-ce que je vais verbaliser mon pardon à l’autre ?

André Harvey : Ah, c’est une très bonne question. Écoutez, je me rappelle qu’il y a plusieurs années, je suivais des ateliers, et même j’en ai donné. Je disais aux gens : écrivez une lettre à la personne qui vous a fait suer, que vous voulez pardonner, et à la fin vous écrivez : je te pardonne. Vous cachetez ça et vous envoyez ça à la personne. Ne faites jamais cela. Ne faites jamais cela parce que la personne va le recevoir encore pire. Quand tu dis à quelqu’un, je te pardonne, mais qui n’est pas dans le même état, au même niveau vibratoire que toi, c’est comme si vous en remettiez une couche.

David Laroche : C’est vécu comme une agression.

André Harvey : Exactement. Quand tu pardonnes, ce n’est jamais pour l’autre.

David Laroche : C’est pour soi.

André Harvey : Durant mes conférences, je fais chanter ma chanson dont je parle toujours : « Je te pardonne mais j’oublie pas ». Et je dis aux gens : pensez à une personne qui vous a fait suer et chantez-la pour lui. C’est très drôle, on rit beaucoup, parce que quand tu ris et quand tu chantes, ça part du cœur. À la fin je dis : ce que vous avez fait, vous avez envoyé à quelqu’un que vous haïssez, une pensée. Je te pardonne mais je n’oublie pas, j’ai juste plus de temps à perdre pour toi. Je te pardonne mais je n’oublie pas, je veux plus me faire souffrir pour toi. Et la personne l’a reçu. Mais imaginez-vous, le pardon c’est jamais l’affaire de l’autre, c’est l’affaire de soi-même. Quand tu dédramatises la chose en te disant : la vie est un parfait justicier, elle va s’occuper de lui s’il y a besoin, vous déchargez vos épaules d’un paquet de choses que vous laissez par terre. Le pardon c’est pour soi. Je pense que ce n’est vraiment pas nécessaire parce que c’est très rare que vous allez avoir le pardon de l’autre si vous lui demandez. Des fois ça peut arriver. Et puis de toute façon, arrêtez de penser que c’est l’autre qui va changer. Le pardon c‘est envers soi-même. Il faut s’enlever de ses épaules des choses qui sont absolument inutiles. J’ai un de mes amis belges, qui s’appelle Christian Dieudonné, qui m’accompagne beaucoup quand je fais mes tournées en Belgique depuis près de dix ans. Et Christian il m’a dit l’autre fois cette phrase-là – on parlait de pardon, on était en automobile et on est parti de Grenoble jusqu’en Belgique, c’était la nuit, donc il fallait se tenir éveillé – et puis il me dit : le pardon, c’est qu’on n’accepte pas notre passé. Je lui dis : qu’est-ce que tu veux dire là ? Christian il dit : le passé, c’est comme une boule de merde en bouche. Ou tu la craches, ou tu l’avales, mais faut cesser de la chiquer. Quand tu chiques ta petite boule de merde, tu passes ton temps à haïr. Espèce de salaud, je te hais, jamais je te pardonnerai parce que tu n’es juste un salaud. Et ça dure des semaines, des mois, des fois des années, et tu manges ta petite boule de merde. Et à un moment donné tu prends une mauvaise haleine. C’est sûr. Ce qui se passe c’est que tu perds tes amis. Et puis un jour tu te dis : mais pourquoi je perds mes amis ? Mais regarde ce que tu mâches ! À un moment donné, tu continues à mâcher ta petite boule de haine, et à la longue tu en avales des gros morceaux, ça fait des dépressions, des cancers, des maladies graves. À cause de qui ? À cause de la personne qui vous a fait suer. C’est fou ! C’est vrai, c’est donner tellement d’importance à l’autre. Donc je dis aux gens : ce serait peut-être temps de cracher votre petite boule de merde à terre, pour toujours. Et après ça vous pourrez repartir sur votre chemin. Cet exemple là je le donne en conférence mais c’est tellement vrai. L’autre fois, juste une petite anecdote pour rire, je sais plus où j’étais, je dis aux gens : pourquoi ne pas profiter, durant la pause, de cracher cette boule de merde ? J’ai dans l’auto un super balai à boules de merde. Après la conférence, je vais tout effacer ça, tout enlever vos petites boules. Et j’entends derrière dans la salle un monsieur qui se préparait, lui, à cracher une grosse boule de merde ! Alors je dis : non non, c’est juste une blague que je fais la ! C’est juste le fait de penser : pourquoi je ne laisserais pas ça ici ? Après la chanson, si vous saviez le niveau vibratoire de la salle qui monte. C’est absolument incroyable de voir ça, juste le fait de dire : Dans le fond, il a peut-être raison. J’ai reçu encore un commentaire ce matin de quelqu’un qui était à Ciney, qui était en Belgique, et qui me dit : si tu savais, j’ai arrêté de la chiquer ma petite boule. Je suis tellement contente, je suis tellement bien ce matin ! Je lui dis bravo, mais reprends-la pas ! Ramasse-la pas par terre ! Nettoie-la et laisse-la partir !

David Laroche : C’est très intéressant. Pour résumer ce que tu dis, le pardon il est pour moi. Le pardon, c’est d’arriver à voir que finalement même la pire chose qui m’est arrivée, c’est peut-être ce qui m’a aidé à devenir la personne que je suis ou qui va m’aider, ça peut être dans le futur, qui va m’aider à devenir la personne que je vais être. C’est ça ? Donc je vais pouvoir me dire : Comment je transforme ce qui m’arrive, en fait ?

André Harvey : C’est là la magie de ce que j’appelle le développement personnel que les gens recherchent, comme toi David, comme moi j’ai recherché toute ma vie. J’ai mis des outils dans ma boite à outils. Ce que l’on fait, toi comme moi en conférence c’est qu’on donne des outils aux gens. Ils mettent ça dans leur boite à outils et ils se disent : oh ça c’est bien, ils parlent bien, c’est bon. Et puis un jour, ce n’est pas quand ça va bien qu’on a besoin de ces outils-là. C’est quand ça va mal. C’est quand ça va mal que t’as besoin des outils que t’as peut-être entendu 5 ans avant, ou 2 ans. C’est la beauté de ce que l’on fait dans nos conférences. Tu donnes aux gens des outils pour leur vie. Mais s’il n’y a pas d’outils et si la boite à outils est vide, quand ils vont avoir une maladie grave, quand ils vont avoir un gros pardon à faire, ils n’auront pas d’outils. Ils vont s’engloutir, ils vont tranquillement s’enliser et ils vont s’endormir dans leur haine et ils vont mourir. On en connait des gens comme ça à qui il arrive un coup dur et c’est fini. C’est terminé, ils deviennent des victimes, comme cette dame en conférence l’autre fois qui après – il y avait une centaine de personnes je crois – à la fin elle me dit : votre conception, elle n’est pas un peu idyllique ? Je lui dis : oui, peut-être. Mais j’aime mieux croire à ça que le contraire. Et je lui dis : vous demanderez cette question-là à Claudine, cette petite dame de 80 ans dont je parlais tout à l’heure. Pour elle, ce n’était pas idyllique. Ça a sauvé sa vie. Mais elle, cette personne-là ne semblait pas avoir compris ce sens-là donc elle était dans sa tête, dans son mental, elle prenait des notes. Elle est partie, elle n’est pas venue me revoir. Pour elle, ce que je disais, c’était dur, ça n’avait pas de sens. Peut-être que maintenant, une semaine plus tard ou un an plus tard, ça a fait son chemin.

David Laroche : Oui des fois les personnes les plus résistantes sont les personnes qui ont le plus…

André Harvey : C’est exactement ça. On m’a dit un jour et je te le redis à ton tour aussi, au début quand j’ai commencé à faire des conférences : n’essaie jamais de convaincre les gens. Ne fais que semer le doute. Parce qu’avant…

David Laroche : Tu voulais absolument que les gens changent.

André Harvey : J’ai réessayé de convaincre cette dame-là durant une demi-heure, que j’avais raison. Et là, mon intervention, quand j’ai vu que la porte était fermée, ça a été, quelques secondes, j’ai juste semé le doute. Ça l’a choqué, ça l’a fatiguée. J’ai juste semé le doute. En sachant que quand tu sèmes le doute, les gens se questionnent. Si tu leur donnes tout cru dans la bouche…

David Laroche : Ils rejettent encore plus.

André Harvey : Ils rejettent encore plus. Dans le fond, il faut qu’ils se fassent leur propre idée. Quand on croit en la vérité, quand les gens croient qu’on a la vérité, quand on le croit nous aussi, le plus gros problème avec les gens qui ont une belle conscience, une belle sagesse, qui sont en conférence, qui disent des choses qui sont intéressantes, c’est qu’ils arrêtent d’écouter les autres. On commence à vieillir quand on cesse d’apprendre, quand on cesse d’écouter. Donc le jour où on arrête d’écouter les autres, même si ça fait 50 ans que je suis dans la recherche, j’ai écrit 19 livres, je pense que j’ai une certaine mini-sagesse, mais si je me prends au sérieux en disant aux gens : je sais ce que c’est moi le pardon, je sais, c’est ça. Tu n’écoutes plus les gens, tu as la vérité. Et ça c’est le piège. C’est le piège des gens sur scène, qui écrivent des livres, qui sont entourés de gens qui leur dorent la pilule comme on dit chez nous, en disant : t’es bon, oui ce que tu dis c’est vrai. Là on peut rien apprendre des autres. Moi j’ai appris à écouter, entre autres surtout les jeunes, comme toi par exemple. Les plus jeunes générations qui arrivent avec un état d’être, une conscience, que moi ça m’a pris 50 ans à apprendre, et les gens ils le savent, ça fait suer ça. C’est vrai tu as travaillé toute ta vie à chercher, et puis les autres ils arrivent et ils le savent. C’est génial. Donc les autres ils partent une marche plus haute.

David Laroche : C’est le principe de l’évolution.

André Harvey : C’est le principe de l’évolution mais ils partent une marche plus haute. C’est parce que, tu sais que c’est enregistré ici à Québec, et la religion était tellement forte et notre génération était très prise dans la religion. Et je peux vous raconter quelque chose, ça va surement te surprendre, ça surprend beaucoup de monde : j’ai été élevé ici dans un milieu très religieux. 7 ans au séminaire de Québec où on voulait que je fasse le prêtre. Et on m’avait donné comme croyance qu’il fallait souffrir pour plaire à Dieu. La souffrance faisait partie de notre quotidien. Plus tu souffrais, plus tu pouvais avoir des dividendes. Moi pour me faire souffrir, et ça, que ça reste entre nous, je mettais des punaises dans ma ceinture, au lieu de courir les petites filles. Je mettais des punaises dans ma ceinture pour me faire souffrir. C’est fou. En me disant : si je souffre, Dieu doit m’aimer. Après ça j’en ai mis dans mes souliers, dans le creux, dans le large du pied. Pas assez pour que ça saigne mais que ça fasse mal, j’avais juste la bonne grandeur. Quand je marchais dans les corridors, je sentais la douleur… j’adorais. Jusqu’au jour où… ça peut durer longtemps, mais il reste que c’est fou à 15 ans de faire ça, de croire en la souffrance. Jusqu’au jour où ma petite voix, je l’appelle mon vieux sage intérieur, ma petite voix intérieure me dise : André, quand tu vas avoir des enfants, est ce que tu vas vouloir qu’ils souffrent pour toi ?

David Laroche : Super question ça.

André Harvey : Alors il dit : mais si Dieu est ton père, pourquoi il voudrait que tu souffres, espèce de con ? J’ai dit : mais tu as bien raison, c’est vrai, la souffrance n’est pas nécessaire. Et quelle souffrance c’est pour vouloir pardonner. J’ai vu une dame encore en fin de semaine en Belgique, écoute ça fait 20 ans qu’elle se bat avec son mari. Elle n’a plus un sou, elle n’a plus de santé, elle ne voit plus clair et elle est encore, je ne vais pas dire qu’elle est dans la haine mais la meilleure façon de tenir contact avec celui qu’on haït le plus, c’est souvent ces batailles juridiques, ces batailles d’argent. Moi je dis : coupez votre lien. Coupez le lien. Le pardon c’est apprendre à penser à autre chose quand le temps arrive.

David Laroche : Justement par rapport à ça et pour clôturer sur le pardon parce que c’est un sujet qui est vaste.

André Harvey : Oh oui, on en aurait pour des heures, mais on ne vous fera pas ça.

David Laroche : Et c’est ce que je disais juste avant, j’aimerais bien avoir ta vision. On a vu qu’il y avait un premier frein qui est : je ne veux pas pardonner parce que je veux pas oublier. Et il y a un autre frein que j’observe autour de moi avec les personnes que j’accompagne, les conférences, c’est : Oui mais j’ai peur que si je pardonne ça se reproduise. J’ai peur que si je pardonne la personne qui m’a agressée dans la rue.

André Harvey : Elle revient.

David Laroche : Ou que je pardonne ma femme, mon mari, ça recommence en fait. Et je ne peux pas pardonner ça parce que si je pardonne ça veut dire : continue. Ou pardonner mon boss, mon chef. Si je pardonne mon chef il va se dire mais attend c’est simple, je peux te remettre des baffes.

André Harvey : Très très bonne question, merci beaucoup de la poser, et les gens se posent tellement ça. Et j’ai un très bon exemple à donner pour ça aussi. Ça revient à ce qu’on a dit tantôt : le pardon, c’est pour soi. Ce n’est jamais pour l’autre. Pour se libérer soi-même d’un paquet de fardeaux et ça ne regarde jamais l’autre personne. Tant mieux si ça le fait, mais non. Parce que quand vous pardonnez c’est que vous vous libérez. Et l’autre ne sera probablement même pas au courant que c’est fait. J’ai un de mes amis belges, qui est décédé maintenant d’ailleurs, qui haïssait son père, il le haïssait comme du poisson pourri. C’est sûr, quand il était jeune, son père était alcoolique. Et quand il était jeune il le mettait sous l’escalier, il fermait la porte et durant qu’il buvait, son enfant était là sous l’escalier, il pleurait, il était en petite boule. Écoute, ça a duré des années. Alors quand c’est arrivé, plus tard, que cet homme-là est parti évidemment de chez lui et qu’il haïssait son père. Il me disait : je le hais tellement que quand il va mourir, je sais que je vais aller sur sa tombe le retrouver, et je vais aller cracher allègrement sur sa tombe. Ça va être le seul moment où je voudrais le revoir. C’était de la haine, mais tant qu’il n’avait pas compris le principe de la petite boule de merde à chiquer, après avoir fait tout un cheminement et après avoir lu entre autre « L’ultime pardon » que je lui avais donné, il avait compris tout ce dont on est en train de parler là. Et puis c’était un homme avec un grand cœur. Et il a compris que ce père-là dans le fond lui avait permis de devenir ce qu’il était maintenant. Alors ce qu’il m’a dit, c’est : André, sais-tu ce que j’ai fait ? J’ai retrouvé mon père. Je suis allé le revoir. On a bu un coup – les deux aimaient bien picoler – on a picolé ensemble et à la fin de la soirée, on s’est pris dans nos bras et j’ai dit : je te pardonne. Et son père tout heureux qui dit : enfin on va pouvoir se revoir mon fils. Il disait : Non non, tu n’as pas compris ce que je viens de te dire. Non non, je te pardonne, je me libère de ce que tu m’as fait. Je t’en veux plus. Écoute ça faisait partie de la vie et c’est grâce à toi si maintenant je suis devenu la personne que je suis maintenant. Mais on ne se reverra plus. C’est terminé. Ils ont fait un câlin, il lui a fait un petit bisou, il est parti et ne l’a jamais revu. Il s’est libéré lui-même. Son père ne savait même pas où il demeurait. Dans ce cas-là, c’est un peu extrême mais il a dit : mon père quand il est mort, je l’ai su, je suis allé sur sa tombe et au lieu de cracher, je lui ai apporté une petite fleur, en lui disant, dans le fond, merci d’avoir été cet acteur-là dans ma vie. Ça m’a fait suer mais c’est grâce à toi si je suis devenu ce que je suis maintenant.

David Laroche : Est-ce que tu penses qu’il y aurait pu y avoir une étape plus puissante dans le fait de recréer une relation avec le père ?

André Harvey : Non je ne pense pas. Écoute, si vraiment il y a du repenti, c’est possible aussi. C’est possible mais le but du pardon ce n’est pas de rétablir une connexion avec l’autre, au contraire. Quand tu ne veux pas pardonner, c’est comme si tu tissais un fil énergétique entre toi et l’autre personne. Alors ce fil est toujours là. Souvent c’est de la haine dans les couples, on s’envoie des lettres d’avocat, on s’envoie à la cour, on se chicane, tout ça, on se chicane sur le dos des enfants : le lien est toujours alimenté. Parce qu’en fait cet homme-là en allant le voir, il essaie juste de couper le lien. Il dit : moi ce que je veux là, regarde, je te pardonne, je ne veux même pas en savoir plus, je coupe le lien, c’est terminé. À ce moment-là de continuer ta vie. Tout est possible mais le but ce n’est pas de refaire un contact.

David Laroche : C’est-à-dire que ça peut être une conséquence, mais ce n’est pas la finalité.

André Harvey : Si les deux sont d’accord. Mais dans le but de celui qui veut accorder, entre guillemets, pardon. Comme je vous le dis encore une fois, le pardon, c’est d’arrêter de se faire du mal à cause de l’autre. Le but ce n’est jamais de rétablir un contact. C’est justement de nettoyer, de couper un lien pour toujours peut-être. Pour que les deux continuent leur chemin, chacun de leur côté. Tu sais, c’est un autre point important ça, quand je suis allé en Inde, j’ai accompagné des groupes 8 fois en Inde. Et les Hindous m’ont appris ce principe merveilleux de la Trinité qui dit que tout doit passer par trois points : Brahma, Vishnu et Shiva. Brahma c’est la création, Vishnu c’est l’action et Shiva c’est la destruction. Tout doit toujours passer par les trois points. Ça je le travaille beaucoup en atelier avec les gens. Mais quand tu es dans la destruction, quand tu ne connais pas le reste du principe, que je vais vous expliquer dans un instant si vous êtes gentils, c’est que tu restes dans ta haine. Ça ne va pas bien, tu deviens victime, tu es dans le noir. Mais le principe de ceci, c’est très important : toute destruction mène automatiquement à une nouvelle création. Toute destruction mène automatiquement à une nouvelle création, à la seule condition de dire oui à la vie. Dire oui c’est : je te mets cette espèce de pardon. Et le bel exemple que j’ai donné, c’est une personne que je connais. Elle vivait avec un homme, écoute c’était l’amour depuis 25 ans et de notre temps, c’était cette conception, tu buvais tout le temps avec les mêmes personnes, le couple était pour la vie. Et elle ne se doutait pas, elle croyait que c’était de l’amour. Et cet homme-là à un moment donné, après une vingtaine d’années je crois, part avec une autre femme. Cette dame était en colère, mais vraiment. Je lui explique cette histoire de Brahma, Vishnu, Shiva. Elle ne croyait pas ces histoires-là de Brahma, Vishnu, Shiva. Elle dit : moi je ne crois pas à ça. Alors j’ai quand même semé le doute. Elle me dit : tu penses vraiment que je vais reprendre un autre homme dans ma vie ? Jamais. Oh non, ce sont tous des salauds, tous des tricheurs. Excepté toi mon frère… et David Laroche aussi probablement ! Mais elle est partie donc vivre son divorce, ça a duré environ un an. Et puis un bon matin, elle m’a dit – je suis très proche d’elle – un bon matin je me suis levé et j’ai dit : si c’est vrai ce qu’André m’a dit, Dieu je te mets au défi. Je te mets au défi, je dis oui à la vie si je peux rencontrer quelqu’un : envoyez-le-moi ! Sinon je ferme la porte à vie. Et bien croyez-moi ou non, le matin elle entre au bureau, elle rencontre un homme avec qui elle travaille depuis des années, plus jeune qu’elle. Et quand ils se sont rencontrés ce matin-là, après avoir dit vraiment un gros oui à la vie, ça a été le coup de foudre, comme on dit. Il s’est vraiment créé un lien entre eux deux. Et pour vous faire l’histoire courte, ils se sont fréquentés, ils se sont même mariés. Elle me racontait : ce que je croyais avec mon premier mari être l’amour, c’était un petit grain de sable. Ce que je connais maintenant avec ce nouvel amoureux-là, c’est la plage toute entière. Jamais j’ai goûté un amour comme ça. La plus belle chose qui est arrivé dans ma vie, c’est une chance que cette dame-là est partie avec mon mari, sinon je n’aurais pas connu celui avec qui je vis maintenant. Vois-tu, pour elle, c’était fini, mais la vie te réserve toujours quelque chose de plus beau. Toute destruction amène une nouvelle création mais il faut que tu fasses le pas. Les gens qui sont dans la haine, qui sont dans le rejet, qui veulent pas bouger, qui sont dans les deux pas en arrière, ne verront jamais la nouvelle création. Ils disent : Ah non non, moi je ne veux pas. Faites confiance. Elle ça lui a pris un an de vivre sa destruction. C’est parfait.

David Laroche : Alors justement c’est un truc important quand on parle de destruction. Il y a souvent aussi une forme d’impatience à sortir de la destruction. Je vais prendre l’exemple d’un ami d’enfance qui a eu des parents qui l’ont tellement couvé qu’il a développé plein de mécanismes de ‘c’est les autres’ quoi. Du coup, perte de pouvoir, victimisation. Et vu qu’on se connait depuis longtemps, en plus j’ai bien observé le fait que je m’autorise de plus en plus à créer la vie qui m’inspire, à la fois je lui ai fait un cadeau et en même temps ça a été dur pour lui parce que, quelque part, il voulait et il veut avoir la vie que j’ai. Il est toujours chez ses parents et après il a fait une dépression. Il a été plusieurs mois à l’hôpital et là il vient juste d’en sortir. Je l’ai eu au téléphone récemment. Ça doit être une des seules personnes de mon enfance avec qui j’ai gardé un lien de temps en temps, et je vois qu’il y a cette impatience : j’en ai marre, je n’arrive pas à changer. En fait, il y a ce truc de : je veux que la destruction soit courte. Est-ce qu’il faut que la destruction soit courte ? Comment je fais avec cette impatience à changer ?

André Harvey : Je vais vous donner un bel exemple sur l’impatience, sur ce qu’est l’impatience. On a un humoriste au Québec, qui s’appelle André Sauvé, qui parle de ce qu’est le moment présent. Et ça va répondre à vos questions. Il dit : Devant nous on a un grand, grand réservoir, mais rempli de fou. Si on met plein, plein de notre futur, c’est rempli à ras bord, c’est notre futur en nous. Et puis derrière, en arrière de nous, il y a un autre réservoir de notre passé, mais rempli de tout ce qui s’est passé, qu’on ne peut pas changer. Et nous autres on est entre les deux une espèce de filtre. Un tout petit filtre tout mince. Et dans ce filtre-là il y a un petit trou. Et le petit trou c’est le moment présent. Donc si je dis par exemple ‘patate’, la patate que je viens de dire est déjà dans le trou et rendue dans le passé. On ne peut rien y faire. Si je dis ba-nane, le ‘ba’ est passé, la ‘nane’ est en train de passer. C’est un exemple que je donne. Vivre dans ce petit trou, dans ce moment présent-là, c’est laisser les choses arriver au moment où elles sont prêtes. L’impatience, c’est d’aller fouiller dans le futur et dire : il faut que ça parte ! L’impatience c’est d’aller chercher trop rapidement. Ça va passer ! Mais quand ce n’est pas le temps, souvent, on va souffrir.

David Laroche : Oui surtout que là, ce qu’il se passe, c’est qu’il est tellement impatient, entre guillemets, et ça marchera jamais, d’être comme avant, d’être plus heureux, que du coup il est focalisé sur tout ce qui n’avance pas.

André Harvey : Exactement.

David Laroche : Vu qu’il focalise sur tout ce qui n’avance pas, il n’y a rien qui avance.

André Harvey : Au lieu de regarder ce que l’on a, oui.

David Laroche : Et ça tourne, ce schéma-là.

André Harvey : Juste le fait de savoir ou de comprendre – s’il écoutait l’émission ce serait très très bien – que tout arrive au bon moment. On est toujours au bon moment au bon endroit, en train de vivre la même chose. Juste le fait de dire oui à la vie, s’il aime beaucoup ce que tu fais et qu’il se dit qu’il admire ce que tu fais, il doit dire à la vie : OK, je suis prêt, je vais être à l’affut, mais je suis aussi prêt à payer le prix. Ça, souvent, pourquoi ça ne nous arrive pas ? C’est parce qu’on n’est pas prêt à payer le prix du changement dans notre vie.

David Laroche : C’est quoi le prix à payer ?

André Harvey : Le prix à payer ça peut être positif. Peut-être qu’il va falloir qu’il déménage de chez ses parents. Peut-être que demain il va falloir couper des liens. Peut-être qu’il va s’enlever de cette sécurité-là qui s’est entourée. Il s’est entouré d’une certaine sécurité et que dans le fond, quand tu n’es pas bien, là les gens s’occupent de toi. Comment ça va ? Ça va bien… et tu es un petit peu une mini victime là. Mais quand tu deviens maitre de ta vie – c’est un grand thème dans mes livres aussi – tu es souvent tout seul, tu te retrouves dans cette espèce de solitude. Et en dehors de la sécurité que nous procure la maladie, la victime, la victimite comme je l’appelle. Alors quand tu sais ça, tu te demandes : est-ce que je suis prêt à payer le prix ? Mais ça faut être honnête. Faut vraiment être honnête pour se demander ça. Est-ce que tu es prêt à payer le prix de ce changement-là. Parce que toi là, t’es ici à Québec. Ce serait bien plus facile de rester à Paris avec ta blonde, t’installer là, être bien, faire des petites conférences de temps en temps. Non, tu prends tes cliques, tes claques, tu viens à Québec, tu fais des entrevues. C’est sortir des sentiers battus. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à faire ça. Parce que la sécurité c’est ce qui nous tue le plus. La sécurité c’est ce qui nous enlève notre passion de vie. Ça nous empêche de vivre notre passion et de vivre passionnément. Et ça, ça amène des changements dans sa vie. C’est toujours le prix. Est-ce que je suis prêt à payer le prix ? Si la réponse est un oui clair, alors cet ami-là dont tu nous parles va voir ça arriver beaucoup plus rapidement qu’il ne le pense. Mais si dans le fond il hésite, s’il n’est pas prêt, la vie on dirait qu’elle s’acharne. Comme si c’était, je ne sais pas, une arme ou quelque chose au-dessus de nous, qui se dit : Ah t’es pas prêt à payer le prix ? On va s’organiser pour que ça ne fonctionne pas. Tu me diras quand tu seras prêt. Et le jour où vraiment du fond du cœur tu dis OK je suis prêt, peu importe le prix je suis prêt. Alors là tu t’en vas vers la nouvelle création. Il y a des êtres qui sont peut-être comme nous, qui sont souvent toujours prêts. Comme les scouts, j’étais scout, la devise c’est « toujours prêt ». T’es toujours prêt à une nouvelle création même si ça dérange. Alors moi je pense que c’est vraiment ça, demandez-vous si vous êtes vraiment prêts à payer le prix. Autant positif que négatif.

David Laroche : Est-ce que je suis prêt à vivre les conséquences ?

André Harvey : Exactement. Les conséquences du changement de vie que je veux faire.

David Laroche : Agréables et désagréables.

André Harvey : C’est ça. Agréables et désagréables. En sachant que ça amène toujours à quelque chose de plus beau. Tout le temps.

David Laroche : Super. Alors du coup, c’est très intéressant ce truc. On est dans une société où il y a beaucoup de comparaisons, dans une société où il y a beaucoup de schémas qui sont descendants par les médias et par les films et par les magazines. Et donc du coup on est dans une société où, contrairement peut-être à l’Inde, on compare beaucoup. On compare beaucoup le bien être du voisin, on compare beaucoup la réussite du voisin, on compare beaucoup la progression du voisin. Et c’est une énorme source de mal-être parce que du coup je peux avoir l’impression, dans ma petite bulle, que moi ça ne va pas, alors qu’en fait l’autre ça va pas mais il me le dit pas. Et je peux avoir l’impression que pour David tout va bien, c’est simple, il réussit. Et effectivement ne pas réaliser le prix à payer, de porter des bagages de 32 kilos tout partout. De réinstaller le matériel, l’impact financier que ça a, de ne pas travailler pendant ce temps-là. Et je ne vois pas ce prix à payer chez les autres. Je vois seulement mon prix à payer. Et du coup je peux avoir l’impression que les autres c’est plus rapide, que le millionnaire a l’air plus heureux que moi, je peux avoir l’impression que ma voisine a l’air d’avoir un couple qui fonctionne mieux que moi, que ma meilleure amie, ses enfants ont l’air mieux que les miens. Pas parce qu’ils sont mieux en soi, parce que la relation est mieux, alors qu’en fait je n’ai aucune idée de ce qui est en train de se passer et si ça se trouve mon fils qui a des mauvaises notes scolairement va peut-être se réveiller dix ans plus tard et être un super entrepreneur, on ne sait pas. Mais comment arriver justement à ne plus être en train de se dire : tiens mon voisin il fait quoi ?

André Harvey : Ce n’est pas facile. Regarde ce que tu as et non pas ce que tu n’as pas. Les autres, comme tu dis si bien, on ne sait pas. On ne sait jamais ce que l’autre est en train de vivre. Et pour savoir, ce prix, ce qu’on fait comme interviewer ou conférencier, tout le prix, les années de recherche, des fois des déceptions, de sortir d’une conférence et d’être déçu qu’une personne était la et que tu n’as pas réussi à faire ton message. Ce n’est pas facile mais je pense qu’il n’y a pas de solution. Excepté de moins en moins se comparer. Regardez ce que vous avez. Regardez l’état de bien-être. Moi je sais que maintenant j’ai acquis, ça fait longtemps que je le dis, mais j’étais en train de m’en rendre compte, ça fait à peu près un an, que tout est merveilleusement orchestré dans ma vie, pour que tout se passe en harmonie. Tout est parfait. Tout est orchestré. Si ça ne va pas bien dans ta vie, si tu te bats contre quelque chose, il y a Eckhart Tolle dans un de ses livres, que vous connaissez peut-être, « Le pouvoir du moment présent », qui dit : toute souffrance vient du fait que l’on résiste à ce qui est. Si tu résistes à ce qui est, si tu résistes à ton mal de tête, tu auras encore plus mal a la tête. Si tu résistes à ton couple qui ne va pas bien, tu vas voir que ça va être encore pire.

David Laroche : Alors comment arrêter de résister ?

André Harvey : Au moins en nous écoutant ! Non mais c’est l’expérience de la vie ça. Au début, c’est le fameux lâcher prise. De comprendre encore une fois que tout est merveilleusement orchestré dans notre vie pour que tout se passe en harmonie. Moi maintenant, écoute on ne se connait pas, tu m’as appelé pour faire une entrevue, j’y vais. La vie est magique, elle t’emmène toujours au bon moment. Si à l’intérieur de toi ça fait : beuh, ça ne me tente pas… j’y serais pas allé.

David Laroche : OK, c’est intéressant ce que tu dis. Comment savoir, entre le ‘beuh ça ne me tente pas’ et c’est de l’intuition, et comment savoir si ce ‘beuh’, c’est pas de la peur ? Par exemple, tu as une opportunité de parler à une conférence, et d’un coup il y a une forme de mal-être qui s’installe. Peut-être que tu dois le vivre ce mal-être. Ou peut-être que tu ne dois pas le vivre. Comment arriver à faire la différence entre peur et intuition ?

André Harvey : Tu l’essaies. Faut le faire. Parce que, vous savez, souvent l’intuition, la première chose qu’on a, c’est l’intuition. Plus on est branché vers soi-même, plus l’intuition arrive. Et après ça le mental vient te dire : Eh, fais pas ça. Comment faire pour distinguer les deux ? C’est en essayant. C’est en étant conscient et, quand même, en suivant tes intuitions. Si à un moment donné tu t’aperçois que c’est ta peur qui t’a emmenée, tu vas dire : Ah oui, je comprends. Ce n’était pas mon intuition c’est parce que j’ai eu peur. C’est vraiment en expérimentant. C’est : échec, succès, échec, succès. Et ça c’est ce qui fait que dans la vie tu avances toujours. Moi j’ai entendu une fois quelqu’un qui donnait des cours pour la foi, pour avoir la foi.

David Laroche : La foi, la foi en la vie ?

André Harvey : Oui, il donnait des cours pour avoir la foi en la vie et puis en soi. La foi, il y a une grosse différence entre les croyances et la foi. Les croyances, tu crois quelque chose, ça a du bon sens. La foi c’est en être sûr. Mais comment passer de la croyance à la foi ? C’est en expérimentant. En te forgeant. En faisant des erreurs. Mais l’erreur n’existe pas il y a juste des gens qui cessent d’avancer. C’est vraiment d’un point à l’autre, en expérimentant. À un moment donné quand tu as vraiment compris, comme je te dis, depuis un an maintenant je vis à 90% dans l’assurance que tout ce qui m’arrive est parfait au bon moment. OK ? Et vraiment à tous les niveaux : financier, au niveau spirituel, au niveau relationnel, que rien n’est laissé au hasard. Je le fais à 90% mais les 10% qui restent, ils ne sont pas faciles. C’est le doute. Quand ça va bien c’est facile, je me dis ça. Mais quand ça ne va pas bien, tu es dans ton doute, mais plus vous allez vous apercevoir que plus vous êtes à l’écoute de vous-même en disant : ah là je suis gouré, ah là j’ai bien fait, ah là c’était vraiment une intuition, je suis content d’être allé voir David, c’était vraiment une intuition parfaite.

David Laroche : C’est une forme de raffinement en fait, tu affines.

André Harvey : Tu le sens après, mais c’est très subtil entre l’intuition et le mental. Le mental lui il veut tout gérer, il veut savoir à quelle heure ça va avoir lieu, qu’est-ce que ça va donner, combien ça va durer de temps ?

David Laroche : Qu’est-ce que ça va m’apporter ?

André Harvey : Qu’est-ce que ça va m’apporter, c’est ça. Et puis il veut tout gérer.

David Laroche : Tiens ça c’est intéressant. Comment tu prends une décision ? Ou comment prendre une décision ?

André Harvey : C’est : Est-ce que ça fait ‘waouh’ là-dedans ? Une décision par exemple sur…

David Laroche : Imaginons, tu as le choix, là maintenant, je te donne – et c’est peut-être vrai d’ailleurs – entre : tiens tu peux intervenir en France, à Paris, ou je ne sais pas, dans une autre ville.

André Harvey : OK. Tout simplement tu t’arrêtes. Je n’aime pas parler de méditation, parce que, pour moi, j’ai les faits en main. Et tu t’imagines sur la scène à Paris. OK. Comment tu te sens ? Et tu t’imagines sur une scène – je ne sais pas moi – à Lyon ou bien dans une petite ville à côté avec moins de gens. En moi ça va faire, on ne peut pas y penser là, à l’instant où tu te mets en scène, tu arrives là, ça va faire ‘waouh’ en toi ou ça va faire ‘beuh’, je suis pas prêt. OK ? J’en parlais tout à l’heure, on en parlait avant l’entrevue, quand je vais à Paris, je suis allé à Paris, il y a tellement de monde qui est là. Ça n’a jamais été… il y avait beaucoup de mental, et tu vas me dire : tu veux faire une conférence à Paris demain ? En moi ça va faire ‘beuh’. Et le mental : vas-y voyons, ça va être payant ! Mais en moi, pas sûr. Mais va à Chambéry, Lyon ou Châteauroux, d’où j’arrive. Ah oui ! Il y avait moins de monde, et c’était des belles conférences, ça tu connais. Des fois les gens tu envoies une balle, elle te revient. Tu envoies une blague, elle te revient.

David Laroche : Oui j’ai observé ça par exemple pour moi, entre des conférences ou j’ai communiqué très très peu, mais c’était des gens qui me suivent, ils regardent mes vidéos, ils ont déjà avancé. Et des conférences où on a mis beaucoup de publicités et qu’on a des fois attiré des gens très sceptiques et effectivement des fois trois fois moins de personnes mais une énergie qui est complètement différente.

André Harvey : Donc tu le sais. A la longue, à force d’être à l’écoute de soi, tu le sais. Pour ça qu’à un moment donné tu sais si c’est un ‘waouh’ ou un ‘beurk’. Et quand tu dis ‘beurk’, tu peux peut-être te gourer mais plus ça va plus je me fie à cette espèce de : Ah ouais ça me tente d’aller là !

David Laroche : Alors tu vois justement dans le même genre que ça, dans la même idée de cette question-là j’en aurais une autre. On est dans un monde où on est beaucoup dans le ‘plus’. Le plus. Et dans le développement personnel on t’invite à évoluer, à progresser. Ce n’est pas simple forcément de faire la différence entre ‘je suis dans une quête de toujours plus’ et l’évolution qui est, effectivement, ‘je grandis’. Prenons par exemple un entrepreneur. Il y a plein de façons de créer son entreprise. Je peux me dire, tiens, je me mets entrepreneur mais je vais rester seul, auteur et conférencier, je ne prends pas de salarié et je créé pas une énorme structure. On peut prendre pour comparaison Tony Robbins et Carl Tolley par exemple. Tony Robbins c’est presque le schéma de l’entrepreneur. Plusieurs salariés, une équipe de vendeur, du marketing, etc. Comment savoir entre : Oui c’est ça que je veux, parce que c’est mon mental qui dit que c’est bien, ça parait bien, c’est gros, c’est énorme. Ou en fait : Ah non, ce n’est pas ça. Plus petit ça me va. Et comment savoir si le plus petit c’est pas juste des peurs liées à la sécurité ?

André Harvey : Écoutez faites les deux. Autant tu fais des petits ‘ça’ tu fais des gros ‘ça’, mais c’est toujours, dans mon cas – je vais parler dans mon cas – j’ai tout le temps eu pour modus vivendi de devenir maître de ma vie, de faire les choses que j’aime. Je me suis tellement fait suer durant des années que maintenant faut que j’ai du plaisir. Et si je vais sur scène, je veux savoir, oui c’est mon gagne-pain, bien sûr ça rapporte aussi, est-ce que je vais avoir du plaisir ? Et maintenant c’est la priorité. Est-ce que j’aimerais avoir une grosse organisation ? Je l’ai fait, à un moment donné j’ai eu des organisateurs qui étaient derrière moi, qui m’organisaient des choses, mais je ne contrôlais plus rien. Pas dans le sens de contrôler, mais pour moi, je pouvais aller quelque part, ça faisait plaisir à l’organisateur mais je m’emmerdais. Puis d’autres endroits où peut-être on ne m’aurait pas envoyé là, mais j’aurais tellement aimé. Maintenant je sais. Je sais que ce n’est pas nécessairement des très gros… S’il y a une grosse organisation derrière et que tu es seulement un pion qui va aller réciter quelque chose, qui va aller parler de croissance personnelle devant des gens qui ont payé beaucoup, mais qui n’en auront rien à foutre de ce que tu as à dire – et c’est déjà arrivé – écoute, j’aime bien mieux être un peu moins cher mais choisir mes endroits, et aller vers des gens avec qui je vais m’amuser, on va rire, on va chanter. C’est, encore une fois, c’est quoi pour toi dans ta vie ? C’est de se demander : est-ce que mon but c’est vraiment d’avoir cette grosse organisation de Robbins par exemple, qui roule bien. Mais es-tu vraiment heureux ?

David Laroche : Est-ce que ça te parle ?

André Harvey : Est-ce que ça te plait ? Est-ce que c’est vraiment ce que tu veux faire dans ta vie ? C’est toujours bien de se dire : si j’étais millionnaire ?

David Laroche : Ça c’est un vrai sujet aussi.

André Harvey : Si j’étais millionnaire, qu’est-ce que je ferais pour m’amuser ? Qu’est-ce que je ferais ? Quand t’as plus le besoin d’argent – et ça j’aimerais bien ça, moi, de pouvoir aller faire des conférences même à 5 personnes ou à 25 ou à 100 dans des endroits, n’importe où, sans avoir le côté monétaire, j’aimerais ça. À ce moment-là, il faut se demander : si j’avais cette liberté-là, qu’est-ce que je ferais ? Et quand tu le sais, va-t’en dans cette direction-là. Intelligemment, aussi. Mais c’est : quelle est la priorité ? Se faire beaucoup d’argent ? Avoir une grosse organisation ? Avoir des livres, le numéro 2, le tome 1, le tome 2, le tome 3, puis les leçons, les leçons du tome 1, les leçons du tome 3…c’est d’avoir exploité tout ton potentiel au maximum mais dans le fond de tout le temps dire la même chose. De pas avancer. Qu’est-ce qui te fait avancer ? Moi dans mon cas ça a été, quand j’ai commencé à faire des chansons, écoute, ça a été une révélation. Moi je faisais des conférences depuis quinze ans à ce moment-là. C’était bien, mais à la longue, c’est toujours la même chose, la même façon. Et quand je suis arrivé et que j’ai commencé à composer des chansons puis à vivre le moment d’aller en studio, d’enregistrer ça de façon très professionnelle, avec des musiciens professionnels, et d’amener ça dans mes conférences. Là j’ai revécu, c’était une renaissance. De rajouter de l’humour dans ces conférences comme tu le fais, écoute c’est une renaissance.

David Laroche : Moi c’est vrai que je ne pourrais pas…

André Harvey : C’est tout à fait ça. On te demanderait, comme moi : André, je veux que tu fasses une conférence mais pas de chansons, je veux que tu sois sérieux… Mais si j’étais dans une grosse organisation, où j’ai des organisateurs, tu sais ceux qui me disent tu vas là, il va y avoir tant de personnes, tu vas faire une conférence qui n’a pas de chansons, tu vas être sérieux et tu vas mettre ta belle cravate, là j’aurais pas le choix. C’est pour ça que j’ai le goût de ma vie. Je sais qu’on est des êtres de plaisir. Tous les humains sont des êtres de plaisir. Tout ce que l’on fait est là pour avoir du plaisir et on s’est rendus coupables d’avoir… Mais là on me dirait : oui mais si on est des êtres de plaisir, pourquoi est-ce que souvent on souffre ? On nous a fait croire qu’il fallait payer pour nos moments de plaisir. Que si t’as un moment de plaisir, tu vas payer. S’il fait beau aujourd’hui, attendez demain, on va payer pour ça. Tu as beaucoup de gens qui disent ça. Pour moi maintenant, à l’âge que j’ai, le plaisir est le besoin essentiel, une priorité et je ne veux aucun compromis là-dessus. Il y a des fois, tu n’as pas toujours le public qui va te retourner la balle. Mais quand tu as un public qui te retourne la balle, que tu ris et que ça revient, quel plaisir que c’est ! Ça pour moi c’est essentiel.

David Laroche : Ça a plus de valeur.

André Harvey : Ça a plus de valeur, et j’ai plus de plaisir. Peut-être moins d’argent, mais plus de plaisir à faire. Moi je suis en pré-retraite éternelle. Tant que j’aurai la santé, je serai en pré-retraite. Écoute je me promène, comme toi, à travers le monde dans la francophonie, à faire le fou, à chanter, à faire des conférences sur la paix, l’amour, le bonheur : je m’amuse ! Je dis aux gens : ce n’est pas le bonhomme de 63 ans qui est devant vous, c’est le petit gars qui est là dans la salle, qui est dans un corps purgé mais qui a le goût de jouer et qui a le goût de s’amuser. Et c’est vraiment vrai. Si vous ne me permettez pas de m’amuser, ça ne durera pas longtemps les conférences. Mais si je m’amuse vous allez vous amuser aussi. Et on peut faire des choses sérieuses sans se prendre au sérieux.

David Laroche : C’est clair.

André Harvey : Ça m’a pris longtemps avant de comprendre ça.

David Laroche : C’est très inspirant en tout cas.

André Harvey : C’est ce que je te souhaite, de continuer dans cet élan-là. Parce qu’on transmet ce que l’on est. On transmet ce que l’on est, pas ce que l’on dit.

David Laroche : Visiblement oui.

André Harvey : L’authenticité est la chose, dans le domaine que l’on est, l’authenticité est la chose la plus recherchée. Si tu parles du pardon et qu’après la conférence tu commences à hurler, à insulter, à chialer après tout le monde : lui il était comme ça… Ecoute, ton message ne passera pas et dans 5 ans tu vas être fini. Mais si ce que tu dis…

David Laroche : Tu l’incarnes…

André Harvey : Tu l’incarnes. Même pas tu le règles, ce n’est même pas une histoire de l’avoir réglé.

David Laroche : Tu avances dessus.

André Harvey : On dit que tu enseignes ce que tu as besoin d’apprendre. Et ça c‘est très important. Ce que l’on a besoin d’intégrer, et ça écoute je peux même vous raconter… on a encore du temps ? Quand je suis allé en Allemagne, j’étais allé dans un monastère tibétain. On passait là. Et dans le monastère tibétain il y avait un grand être qui était là. Un être extraordinaire qui était un peu dans la hiérarchie du Dalaï Lama, et lui il était un petit peu en dessous. Donc c’est quelqu’un d’important. Mais une sagesse, un humour, une belle personne. Donc j’arrive là mais ce qui me faisait suer c’est tous les titres qu’on lui donnait. Sa sainteté, etc… je n’en revenais pas. Moi je n’ai pas de titre. Je ne suis pas psychologue, je suis rien. Ça me faisait suer un petit peu. Un jour, après deux trois visites, je lui amène mes livres, j’avais une quinzaine de livres, pour lui dire : écoute, je n’ai pas de titre mais moi aussi je suis quelqu’un… l’égo. Donc j’arrive là je demande à avoir une entrevue avec le maitre et je lui amène mes livres, qui sont tout en français. Alors je lui dis : je suis écrivain-auteur, je ramène des gens ici vous visiter. Ça me fait plaisir de vous offrir mes livres, parce que je suis auteur, tout ça… Il regarde, mais écoute, il parle tibétain, un petit peu d’anglais. Mes livres sont en français. Il en a rien à foutre ! Mais il y avait des images, il regardait les dessins. Et puis bon, il était intéressé. Et à un moment donné il me regarde, avec son petit sourire et il me dit, en anglais, cette maxime qui dit à peu près ceci. Il dit : on a une maxime tibétaine qui disait à peu près ceci : lorsque tu sais quelque chose, tu te contentes de l’être. Quand tu commences à le savoir, tu t’informes. Et quand tu ne le sais pas, tu l’enseignes et tu l’écris. Quand tu ne le sais pas tu le dis aux autres. Donc tout ce que l’on dit aux autres c’est des choses qu’on a besoin d’imprégner. Et le jour où j’aurais intégré tout ce que je vous ai dit, je n’aurais plus rien, j’aurais plus de conférences à faire, j’aurais plus rien à écrire. Je vais l’être. Donc avant d’être totalement ce qu’on voudrait, il faut le dire, il faut l’enseigner, il faut l’incarner. C’est toute une vie dont on a besoin. Et quand on réagit comme ça les gens nous croient. Je parlais d’authenticité, d’être authentique, parce qu’ils voient bien que…

David Laroche : Que ce n’est pas fini, que t’es sur le chemin.

André Harvey : Non, tu continues ton chemin puisque tu dis que tu n’es pas parfait non plus. Je le dis, je ne suis pas parfait. Je ne suis pas toujours souriant comme ça. Il y a un prix à payer dans ce que l’on fait. Mais tu enseignes ce que tu as besoin d’apprendre et donc ça te garde dans l’humilité. Qu’on est toujours égal avec les autres. J’ai écrit un livre qui s’intitule ‘Quand le maître est prêt, le maître apparait’. Quand t’es prêt à devenir maître de ta vie, tu vas rencontrer quelqu’un aussi qui est maître de la sienne. Et ensemble vous allez vous aider à grandir, mais il n’y aura jamais le maître et le disciple. Ça c’est ce que je déteste, parce qu’on a toujours les relations maitre et disciple. Tu as lui là, et tu as lui en bas qui ne sait rien. Donc lui il fait : Agis, agis, fais quelque chose ! Oui mais maître, si j’ai un problème ? Tu viendras me voir, je vais te dire quoi faire ! Ah ok. Donc c’est toujours cette relation-là. Moi je voudrais que tout le monde soit d’égal à égal et dans mes conférences, dans mes livres, je traite tout le monde d’égal à égal. Je vous apprends mais vous m’apprenez aussi. Donc retournez-moi la balle que je vous lance. Ça c’est une autre chose. Si je fais une blague, riez-la !

David Laroche : Et du coup est-ce qu’on ne pourrait pas dire, peut-être que ce serait une vision qui te correspondrait mieux, qu’il y a maître et élève mais pas dans le sens de l’être. Dans le sens que la personne qui est maître, elle peut être le maître de l’élève et l’élève d’un coup passe le maître et en fait c’est un jeu.

André Harvey : Exactement. À ce moment-là, t’es comme entre les deux. Les deux ont de l’écoute. C’est que le maître qui se considère comme un maître, il arrête d’écouter, parce qu’il l’a, la vérité. Il n’en a rien à foutre d’écouter les autres. Et le disciple, lui, il ne va jamais penser par lui-même et il va écouter ce que l’autre lui dit. Donc il y en a un qui n’écoute pas, qui fait juste parler, qui n’écoute pas, et l’autre qui fait juste écouter, qui ne parle pas. Et on ne peut plus avancer. Mais ce qui se sent bien maintenant, c’est toujours : oui tu peux dépasser. Mais si ce n’est pas se dépasser, c’est juste de toujours apprendre à écouter les autres et de ne plus avoir ces relations-là qui sont hiérarchiques. Tu sais, je suis meilleur que toi parce que je donne des conférences, moi ça fait longtemps que je donne des conférences, toi tu n’es rien, tu commences ! Moi ça fait 20 ans… Mais non ! C’est totalement faux. Il ne faut jamais se croire supérieur aux autres parce que c’est là qu’est le plus grand piège. Tiens, ça j’ai lu ça dans la Bhagavad Gîtâ, un livre saint Hindou, qui dit que pour en arriver à l’illumination, tu as trois choses à dépasser, trois Bouddhas comme on dit. Le premier c’est l’ignorance. Ça c’est compréhensible. Tu as peur, donc tu dépasses l’ignorance. Le deuxième c’est la passion. Pas la passion de vie mais cette passion-là qui fait que des fois on fait des choses sous l’effet de la passion qu’on n’aurait pas faites normalement. Et le troisième c’était la vertu. Dépasser la vertu. Parce qu’il y a des gens qui s’attachent à leur vertu. Écoute ils sont vertueux, qui ont lu les livres et puis ils savent tout. Mais si tu t’attaches à ta vertu, tu viens te gourer totalement. Même si t’as une grande sagesse. Parce qu’encore une fois, tu arrêtes d’écouter les autres. Et quand tu arrêtes d’écouter les autres, tu arrêtes d’avancer. Et c’est là que l’élève va dépasser le maître. Écouter, toujours écouter. Toujours apprendre. Le désir d’apprendre. C’est ce que je dis aux gens : n’arrêtez jamais d’apprendre et à ce moment-là, tu vas rester jeune.

David Laroche : C’est une belle fin je crois.

André Harvey : Je crois que oui.

David Laroche : Ne jamais arrêter d’évoluer, toujours être en train d’apprendre, écouter les autres.

André Harvey : Toujours écouter.

David Laroche : En tout cas c’était un vrai plaisir pour moi de t’écouter.

André Harvey : Je vois ça et moi c’était un grand plaisir de te parler aussi, et puis je sais que ça va être diffusé.

David Laroche : Je te remercie beaucoup en tout cas.

André Harvey : Merci beaucoup David.

David Laroche : Comment on peut te suivre ?

André Harvey : Alors, tout simplement, vous avez mon site Internet, www.andreharvey.info. Ou vous tapez André Harvey. Vous googlez André Harvey. Et à ce moment on peut même me suivre sur Facebook. J’ai mon agenda qui est régulièrement mis à jour., quand je fais mes tournées vous le savez. Venez me voir, on va s’amuser, écoutez mes chansons, j’en ai quelques-unes sur mon CD, c’est tout en vente, partout en Europe, ou que ce soit au Québec, et c’est disponible en librairie aussi. Venez, on va s’mauser ensemble. C’est juste ça. Amusons-nous ensemble, c’est la plus belle façon. Et après ça, partagez. Tu prends quelque chose, tu le partages à d’autres. La plus belle publicité c’est peut-être une entrevue comme ça ou les gens peut-être vont dire : Ah, pas bête ce qu’il dit, le canadien ! Et après ça ils vont pouvoir le dire à d’autres, le dire à d’autres… C’est ce que je recherche. Pas besoin d’énormément de pubs mais merci beaucoup. Venez me voir sur mon site et allez voir David, vous allez vous apercevoir que c’est la même énergie sur scène mais peut être avec une trentaine, une quarantaine d’années entre les deux, mais c’est tout ce qui nous sépare. En moi il y a un petit garçon qui va s’amuser sur scène, qui rit, qui s’amuse et qui a le goût de s’avancer. Moi c’est ce que je veux de ma vie, et que ce soit ad vitam aeternam.

David Laroche : Parfait.

André Harvey : Allez !

David Laroche : C’était cool, merci beaucoup.

André Harvey : Merci.

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