Le droit D’ACCOMPLIR ses RÊVES ! – Hubert Mansion

David Laroche: Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle interview, je vais vous présenter quelqu’un vraiment particulier, vous allez adorer cette interview, il y a pas mal de questions qu’on va aborder, que ce soit au niveau du business, du bien-être aussi, des jeunes. Suivez cette interview. Il s’agit d’un conférencier, d’un auteur, donc j’ai son livre dans les mains, Hubert Mansion, si vous ne connaissez pas ce livre, allez l’acheter. On le trouve sur Amazon ?

Hubert Mansion : Oui.

David Laroche: Allez donc sur Amazon. Et salut Hubert.

Hubert Mansion : Salut David.

David Laroche: Comment vas-tu ?

Hubert Mansion : Ça va très bien, content de te voir à Montréal.

David Laroche: Eh ben moi aussi content, et hâte aussi d’avoir toutes les réponses à mes questions, questions que j’ai déjà et questions qui viendront dans l’interview. Alors du coup on a simplifié, j’ai simplifié en disant conférencier-auteur, qui es-tu et que fais-tu ?

Hubert Mansion : Qui suis-je, ça c’est la grande question ! Mais ce que je fais, si tu veux mon parcours c’est un parcours relativement simple, j’ai fait des études de droit et en faisant des études droit, je voulais en fait devenir diplomate, c’est pour ça que j’ai fait ces études-là, mais à la fin de mes études, j’ai écrit une chanson avec mes frères qui est devenu un succès énorme et ça a complètement changé mon orientation parce que j’ai décidé à ce moment-là de me spécialiser en droit intellectuel, c’est-à-dire en droits d’auteur.

David Laroche: Vous aviez chanté la chanson ou écrit la chanson ?

Hubert Mansion : Ecrit, non. Je l’avais écrit avec mes frères, c’est une chanson qui s’appelle « C’est l’amour », qui a eu un grand succès à la fin des années 80, on a vendu à peu près deux millions de disques à l’époque.

David Laroche: Waouh. A quel âge ?

Hubert Mansion : Moi j’avais 27 ans. Et donc à ce moment-là j’ai décidé de me spécialiser en droit intellectuel, parce qu’il fallait savoir si on pouvait signer les contrats qu’on avait devant nous, etc.

David Laroche: Pratique pour toi-même.

Hubert Mansion : Oui, pratique pour moi-même. Et donc je suis devenu avocat spécialisé en droits d’auteur. Et j’ai eu comme clientèle beaucoup d’artistes, beaucoup de producteurs, je me suis vraiment spécialisé dans la musique et dans le droit des artistes, etc.
David Laroche: On pourrait appeler le show business ?
Hubert Mansion : Oui, le show business, je me suis vraiment spécialisé dans le show business à tous les niveaux, et après j’ai été invité à Los Angeles, à Hollywood pendant un certain temps pour travailler dans le cinéma. Et de fil en aiguille, à un moment donné j’en avais un peu assez du show business parce que c’était tout le temps les mêmes problématiques, quand on est avocat, on a toujours le même genre de dossier à régler…

David Laroche: Alors quels sont les principales causes ?

Hubert Mansion : Ben si tu veux le problème, moi ce qui m’intéressait beaucoup dans ma problématique que je retrouvais autour de moi, c’était la problématique du succès. Parce que je m’étais aperçu que j’avais beaucoup de clients qui avaient beaucoup de talent mais qui avaient peu du succès, j’en avais qui avait peu de talent mais beaucoup de succès et donc je me suis vraiment interrogé pour savoir…

David Laroche: Ce qui fait le succès.

Hubert Mansion : Qu’est-ce qui fait le succès. Et c’est une question qui m’a travaillé pendant 25 ans, pendant 25 ans je me suis demandé : comment est-ce qu’on peut expliquer un succès ?
David Laroche: Ça va m’intéresser ta réponse.
Hubert Mansion : Alors c’est sûr si tu veux on peut toujours expliquer par après, moi je dis toujours quand je fais des conférences : supposons que Francis Cabrel ne fonctionne absolument pas, on trouverait facilement dix raisons pour lesquelles ça ne marche pas. Il a un accent à couper au couteau, il tire la gueule, il est tout le temps avec sa guitare, il chante des trucs on comprend pas exactement ce qu’il dit, donc bon. Tu vois, on peut toujours après démonter le succès et monter l’échec. Et une chose dont on ne parle jamais, et dont ne parlent jamais ceux qui ont réussi parce que ça ne les met pas en valeur, et qui pourtant est un facteur déterminant, c’est la chance. C’est la chance. Quand on analyse vraiment en détail, pas dans les biographies, parce que dans les biographies c’est quand même un petit peu falsifié, mais on connait de près ce qu’il s’est passé, très souvent il y a eu un moment donné la chance et cette chance c’est souvent la chance de rencontrer quelqu’un.

David Laroche: Les rencontres c’est important ?

Hubert Mansion : Oui, c’est très important. C’est souvent une rencontre qui fait qu’on rencontre un producteur, ou un décisionnaire, ou un éditeur. Et il y a des histoires comme ça à la tonne, alors c’est sûr que le talent intervient beaucoup, le réseau de contacts intervient beaucoup, il y a la détermination qui intervient énormément, mais la chance on en parle beaucoup trop peu.

David Laroche: Du coup la question, est-ce qu’on peut créer la chance ?

Hubert Mansion : Alors moi je pense que la grande question effectivement c’est est-ce qu’on peut croire ou ne pas croire à la chance ? Dans la carrière de Céline Dion, on sait que René Angélil, son manager, est un grand joueur, d’ailleurs il a été assez proche de celui qui a été son maître à penser qui était le manager d’Elvis Presley, qui était un grand joueur, et donc ces deux-là croyaient à la chance. Et le fait de croire à la chance a des conséquences très concrètes, et j’explique ça en deux mots. René Angélil explique que pour lui il y a des périodes fastes et des périodes néfastes. C’est une très vieille pensée puisque dans l’antiquité romaine on pensait déjà à ça, les grecs pensaient à ça aussi. Lui dit, voilà, quand on est au casino par exemple, il y a des moments où ça marche, il y a des moments où ça ne marche pas. Quand ça marche, il faut miser gros, de plus en plus gros et quand ça ne marche pas, il faut se retirer. Et c’est exactement ce qu’il a fait avec la carrière de Céline Dion. Quand ça ne marchait pas il se retirait, mais quand ça marchait, il investissait de plus en plus fort. Quelqu’un qui ne croit pas à la chance, qui pense que la chance n’existe pas ne ferait jamais une chose pareille. Parce qu’il dirait il faut être raisonnable, je vais miser un petit peu, il n’y a pas de période de chance, pas de période de malchance.

David Laroche: Pas de risque, donc.

Hubert Mansion : Pas de risque. Et donc je pense chacun peut expérimenter dans sa vie ce qu’est la chance, et d’ailleurs j’entends beaucoup de conférenciers qui font une très grande confusion entre la chance et l’opportunité, ce n’est pas du tout la même chose. Pour prendre un exemple, quelqu’un qui va s’installer à Hollywood, je parlais à l’instant du fait que moi j’avais fait ça, bon quelqu’un qui décide s’installer à Hollywood prend l’avion, et puis il ne sait pas très bien comment il va se débrouiller pour vivre là-bas, et il est à côté de quelqu’un dans l’avion qui lui dit « Moi je vends ma boulangerie, je cherche un client, etc ». Et là le type peut très bien saisir l’opportunité. De dire « ah ben oui, je pourrais peut-être faire ça ». Ça c’est de l’opportunisme. Tous les commerçants ont ce sens de l’opportunité. Mais la pure chance ce n’est pas ça, d’ailleurs c’est autre chose que disait René Angélil, la pure chance c’est je cherche à tout prix à contacter quelqu’un depuis des mois et des mois, mais il ne répond pas à mes appels, il ne répond pas à mes mails, etc. je prends l’avion, et qui est à côté de moi ? La personne. Ça c’est de la pure chance. Donc ça n’a rien à voir avec de l’opportunité ça. La chance, comme l’étymologie d’ailleurs l’indique, c’est la chose qui tombe, qui choit du ciel, on ne sait pas pourquoi. Et ça trouve absolument passionnant.

David Laroche: Donc la question c’est : est-ce qu’il n’y a rien à faire pour réussir ?

Hubert Mansion : Alors… si tu veux, je suis arrivé à cette conclusion-ci. Je crois que, et s’il y a des jeunes qui nous écoutent, je pense que c’est très important qu’ils…
David Laroche: Je ferai en sorte qu’il y ait des jeunes qui nous écoutent.
Hubert Mansion : Qu’ils considèrent ça, voilà. Je crois qu’on a tous, nous sommes tous habités par quelque chose. Et il faut découvrir ce que c’est. Généralement c’est beaucoup plus facile de trouver ça quand on est très jeune que quand on est dans la trentaine. Quand on est jeune, bon, 15, 16, 17 ans, ils savent qu’il y a quelque chose en eux, ils ne savent pas très bien pourquoi c’est là mais c’est là. Quand on reconnaît l’existence de cette chose qu’on a à l’intérieur, et qu’on y adhère, c’est-à-dire qu’on essaie pas de se prouver que c’est impossible, que ça n’arrivera jamais, que c’est ridicule, que ceci, que cela, mais qu’on adhère donc à ça, ça dégage une force telle que quels que soient les événements, on va continuer à le faire. Et moi je peux te dire…

David Laroche: Jusqu’à que la chance arrive.

Hubert Mansion : Jusqu’à que, oui, jusqu’à que la chose se réalise. Et les grandes réussites que j’ai rencontrées… Quand je dis réussite, je mets ça entre guillemets, parce que ce n’est pas parce qu’on réussit dans la vie qu’on réussit sa vie, ce sont deux choses très différentes. Mais les grandes réussites professionnelles que j’ai rencontrées, elles viennent de gens… On peut dire que c’est de la détermination, mais si tu veux ce sont des gens qui ne pouvaient pas faire autre chose que ce qu’ils faisaient. Ils avaient fait un choix, mais pas un choix intellectuel, il avait découvert cette chose-là en eux, il fallait…

David Laroche: Donc en fait tu veux dire que la détermination c’était presque une conséquence du fait qu’ils étaient habités par ça.

Hubert Mansion : Absolument.

David Laroche: Du coup ils ne se voyaient pas faire autrement.

Hubert Mansion : Absolument. C’est la conséquence d’une vérité intérieure. C’est-à-dire qu’on trouve quelque chose en soi, on le… Tout le monde a ça, je crois que tout le monde a ça, mais parfois c’est très caché.

David Laroche: Le plus dur c’est de le trouver donc.

Hubert Mansion : Oui, parce que c’est une plante qui pousse à l’intérieur, alors parfois on la voit parce que c’est une grande plante, parfois c’est une petite plante, mais ce qui est sûr aussi, c’est que quand on ne fait pas ça, c’est-à-dire qu’on est pas fidèle à cette vérité qu’on porte à l’intérieur, ça se retourne contre soi à un moment donné, parce qu’on a beau réussir tout ce qu’on a entrepris, parce que parfois ça arrive quand même, mais on ne trouve quand même pas la satisfaction de vivre. Donc c’est très important ça. Et il faut donc essayer que chacun essaie de retrouver en lui ce qu’il y avait avant qu’il se dise que c’était impossible.

David Laroche: Et que les autres lui disent.

Hubert Mansion : Oui, et que son milieu, et que l’école… Bon, je suis tout à fait opposé à l’école parce que l’école, dans la plupart des cas, ne fait qu’apprendre l’obéissance, et c’est une très mauvaise chose…

David Laroche: Limite la créativité, limite le…

Hubert Mansion : Oui, c’est une très mauvaise chose. Aujourd’hui, l’école devrait apprendre la désobéissance parce qu’il faut désobéir aujourd’hui, à toute cette machine… Ah oui, c’est très important ça.

David Laroche: J’ai des parents qui me disent parfois : « oui, mon ado, là, il respecte pas les règles », alors j’ai tendance à dire « mais c’est pas grave, au contraire, c’est plutôt bon signe s’il ne respecte pas les règles ».

Hubert Mansion : Mais absolument. D’ailleurs, il suffit de faire une petite étude extrêmement simple : que sont devenus les gens qui étaient les premiers à l’école primaire ? Où est-ce qu’ils sont maintenant ? Et ben la plupart du temps, c’était des gens qui étaient extrêmement obéissants, et ils continuent à être extrêmement obéissants. Et obéir c’est marcher sur sa conscience bien souvent c’est-à-dire, pas pour faire des actes spécialement grave, mais c’est marcher sur ce qu’on a à l’intérieur.

David Laroche: C’est un peu éteindre la flamme en fait.

Hubert Mansion : Oui, oui, absolument. Et moi je suis pour la désobéissance, il faut obéir à soi, bien entendu on vit en société, il faut obéir à certaines règles, mais il ne faut pas obéir nécessairement à des structures, la seule chose à laquelle on doit obéir et qu’on doit retrouver à n’importe quel prix, c’est cette vérité que tout le monde a et que personne ne peut trouver à notre place.

David Laroche: Alors disons que j’ai trouvé… Alors quand je dis « j’ai », ça représente des tas de personnes, disons qu’on a trouvé cette flamme, est-ce que tu penses que, la conséquence étant la détermination, je vais forcément avoir de la chance ?

Hubert Mansion : Non. Mais…

David Laroche: A un moment donné j’entends.

Hubert Mansion : A un moment donné, oui. Mais je vais te dire un truc qui va se passer à ce moment-là. Il y a une grande confusion qu’on fait, généralement dans le show business, parce que le show business, la manière de penser du show business a envahi à peu près tout aujourd’hui, il suffit de regarder n’importe quelle campagne de pub pour du café, t’as l’impression qu’on te vend une star.

David Laroche: Ben d’ailleurs, on vend une star.

Hubert Mansion : On vend une star. L’iPhone a été vendu exactement comme une star. Il y a une grande confusion qui se fait aujourd’hui entre le succès et la réussite. Et il ne faut pas confondre ces deux points-là. Alors pour expliquer les choses simplement, mettons que tu vas en Corée, mettons même en Corée du Nord, et là tu découvres dans un petit village un plat coréen fantastique. Tu rentres en France, tu te dis « je vais le faire à mes amis ». Mais à Paris tu ne trouves pas les ingrédients qu’il y avait en Corée donc tu essayes de faire quelque chose qui ressemble plus ou moins à ce plat, tu le sers à tes amis, toi-même avant d’aller le servir, tu le goûtes, tu dis « c’est pas du tout ça, c’est pas du tout ce qu’il y avait en Corée », tu arrives, tu sers ça à tes amis qui évidemment n’ont jamais été en Corée, le goûtent, et trouvent ça délicieux. Voilà un cas où tu as raté quelque chose, qui a du succès. A l’inverse, tu peux avoir trouvé, par chance, les ingrédients, les mêmes qu’il y avait en Corée, tu amènes ça à la table, tu goûtes, tu dis « c’est exactement ça », et évidemment comme c’est un plat très exotique, trouvent ça dégueulasse. Voilà une réussite qui n’a aucun succès. Donc il faut faire très attention. Et moi ce que j’ai observé, ce que tout le monde peut observer dans la vie des grandes stars du show business, c’est que la seule chose qui rend heureux, c’est la réussite. Ce n’est pas le succès, parce que le succès est quelque chose d’extrêmement abstrait. C’est bien beau de te dire…

David Laroche: C’est pas l’idéal extérieur le succès.

Hubert Mansion : Oui, c’est-à-dire que tu peux te dire « mon album a été acheté par cinq millions de personnes », mais tu ne les vois jamais les cinq millions de personnes. Tu vas me dire, il y a l’argent, c’est vrai il y a l’argent, mais l’argent arrive toujours beaucoup plus tard. Mais la sensation de réussir…

David Laroche: J’ai fait ce qui me parle.

Hubert Mansion : Oui, oui, oui. La réussite est une sensation, le succès est une abstraction. Et donc ce qui rend heureux, ce ne sont pas les abstractions, ce sont les sensations souvent, donc c’est très important. Et donc pour revenir à ta question, quand on est proche de ce qu’on voulait toujours faire, il est certain qu’à un moment donné on va réussir. Maintenant, est-ce qu’on va avoir du succès ? Ça, on en sait rien, on peut avoir du succès de son vivant, il y a beaucoup de génies qui en ont eu beaucoup plus tard, mais ce qui compte beaucoup, beaucoup, le seul moment qui rend heureux, toutes les études l’ont montré, c’est ça, c’est au moment où on est à 100% dans ce qu’on fait que ça nous satisfait pleinement.

David Laroche: Donc ça tu penses que c’est accessible pour tout le monde ?

Hubert Mansion : Oui, mais pas au même prix pour tout le monde. Parce que tout le monde n’est pas égal devant ça. Parce que quelqu’un, par exemple, qui est né dans un milieu qui le traite de rêveur dès qu’il parle de quelque chose qui sort un petit peu de l’endroit, c’est beaucoup plus difficile pour lui que pour quelqu’un qui est né dans un milieu où on va pousser… Donc l’environnement est très important, le milieu est très important, et c’est très important des vidéos comme celles qu’il y a sur ton site, c’est très important aussi parce que ça fait réfléchir la personne qui est devant en disant « et moi ? ». Parce que le grand truc que j’ai appris du show business, c’est que la grande lutte qu’il y a entre le monde extérieur et le monde intérieur, c’est toujours le monde intérieur qui gagne. Si tu prends les plus grandes stars qu’il y ait jamais eu, Elvis, Michael Jackson et Whitney Houston, regarde un peu la fin de ces trois stars qui sont sans doute…

David Laroche: Qui ont eu du succès.

Hubert Mansion : Qui ont eu tout le succès qu’elles voulaient. Et qui sont toutes les trois mortes dans le désespoir pratiquement. Parce que le monde intérieur est plus fort que le monde extérieur.

David Laroche: Je peux créer une course infinie à essayer de trouver à l’extérieur ce que j’ai à l’intérieur, mais ça va toujours finir par ne pas se remplir en fait.

Hubert Mansion : C’est-à-dire que je ne parle pas en termes… parce que je pense qu’on est tous extrêmement remplis de notre monde intérieur, mais qu’il est chaotique dans la plupart des cas. Il est chaotique. Et ce chaos à un moment donné remonte. Parce que le monde extérieur n’est pas capable d’arranger le monde intérieur. D’ailleurs pourquoi est-ce que nous voulons des choses extérieures ?

David Laroche: Tu penses même que ça l’amplifie le chaos, le monde extérieur ?

Hubert Mansion : Ah oui, ça je suis bien d’accord, absolument. D’ailleurs tu sais, je suis un très grand défenseur de la nature sauvage, parce que je pense que n’importe quel être humain, ici au Canada on a la chance d’avoir une nature sauvage extraordinaire encore pour quelques temps. N’importe quel être humain placé dans la nature sauvage de quelque milieu, de quelque pays, de quelque famille il vienne, quand il est dans la nature sauvage, pas un petit jardin arrangé avec des sentiers pédestres, dans la vraie nature sauvage…

David Laroche: La forêt…

Hubert Mansion : La vraie forêt avec le danger de la forêt, il y a quelque chose qui se passe à l’intérieur, je peux te dire qui établit énormément d’équilibre.

David Laroche: Waouh.

Hubert Mansion : Et le fait d’avoir quitté tout ça aujourd’hui, parce qu’aujourd’hui on nous fait croire que la nature ce sont des jardins botaniques, mais ce n’est pas ça la nature, le fait d’avoir quitté ça, c’est ce qu’on appelle l’éco-psychologie aujourd’hui, est en train de déséquilibrer beaucoup de gens.

David Laroche: Comment est-ce qu’on peut rendre ça applicable pour les personnes qui nous écoutent ? Est-ce que tu conseilles d’aller se mettre dans la forêt ?

Hubert Mansion : Absolument. Moi je peux te dire que je suis en train de créer un domaine, qui est dans la nature complètement sauvage, où je propose aux gens pour des sommes qui sont tout à fait modiques, de venir se retirer tout seul, sans discuter avec des psychologues, tout seul, simplement être tout seul dans une petite cabane en pleine forêt pour faire le point avec eux. Faire le point avec eux. C’est-à-dire essayer de sortir de ce chaos. Parce que le seul monde dans lequel nous allons tous passer la totalité de notre vie, c’est le monde intérieur. Le monde extérieur il change, mais le monde intérieur on le promène où qu’on soit. Il faut absolument aider les gens à regarder à l’intérieur et si c’est le chaos actuellement, c’est pas grave ! On est libre de ce qu’on a à l’intérieur, mais il faut au moins essayer d’en prendre connaissance.

David Laroche: J’aime beaucoup ce que tu partages. Donc du coup toi qui as rencontré beaucoup de gens dans le show business, est-ce que tu en as vu beaucoup des malheureux ?

Hubert Mansion : David.

David Laroche: C’est intéressant qu’ils l’entendent.

Hubert Mansion : Si j’en ai vu un heureux, il faudrait qu’il me téléphone, parce que j’en ai pas
vu un seul.

David Laroche: C’est vrai ? Alors du coup une autre question, est-ce que c’est possible de réussir et d’être heureux ? De réussir socialement. D’avoir du succès et d’être heureux ?

Hubert Mansion : Ecoute, je crois que c’est possible. Si ce succès vient d’une réussite.

David Laroche: Donc si c’est une conséquence, pas le but en lui-même.

Hubert Mansion : Voilà par exemple si tu as bien réussi quelque chose dont tu es fier, par exemple un poème, un tableau, une chanson…

David Laroche: Un Picasso…

Hubert Mansion : Mais Picasso je ne crois pas que c’était son cas justement, tu vois, parce que Picasso a fait des déclarations à la fin de sa vie qui sont un peu affligeantes. Parce que tu sais, la vie cachées des artistes, c’est une chose très… je veux dire évidemment comme c’est caché on ne le voit jamais. Mais je veux dire, il y a quand même des cas de gens qui ont eu une réussite, c’est-à-dire ils ont terminé quelque chose et ils trouvaient que c’était vraiment réussi et ils avaient cette sensation et puis le succès est arrivé. Mais je peux te dire que ce n’est pas le succès qui les a rendus heureux. C’est la réussite. C’est la réussite. Parce que le succès, tu te rends bien compte que quelqu’un qui a du succès, il suffit de regarder l’agenda de tournée d’une star, tu n’as jamais plus le temps pour rien ! Le succès et l’argent ont pour effet de déconnecter la personne de la réalité. C’est-à-dire que… je parlais l’autre jour avec un groupe qui est en train de devenir LE nouveau groupe de musique du Canada, et eux ils ne font que commencer, mais déjà ils n’ont plus le temps, par exemple de lire les contrats qu’ils doivent signer, de répondre à tous les mails, etc.

David Laroche: Leur vie de famille, tout le reste qui…

Hubert Mansion : Oui, sans compter tout ça, sans compter tout ça.

David Laroche: Alors c’est pour moi vraiment intéressant parce que quand on est parti aux Etats-Unis, j’avais encore pas mal de fantasmes liés à l’argent, et je me rappelle qu’en plein milieu du voyage, à force de rencontrer des gens qui réussissent, j’ai commencé à me sentir super mal. Et du coup réaliser par l’expérience que c’est pas l’argent qui me rendra heureux. Mais il a quand même fallu attendre que mon entreprise génère pas mal d’argent et que je rencontre pas mal de personnes comme ça pour que j’arrive à l’intégrer. Et j’ai pas mal de gens qui me disent « j’entends bien que peut-être c’est pas l’argent qui va me faire heureux, mais pour le moment je veux de l’argent ». Est-ce que tu penses que c’est possible d’arriver à intégrer que c’est pas l’argent ni le soutien qui rend heureux sans être passé par la case succès et argent ?

Hubert Mansion : Une très bonne question David. Moi je peux te dire que pour avoir vu beaucoup de gens dans cette passade-là, on ne peut pas savoir qui est quelqu’un tant qu’on ne l’a pas placé devant 500.000 dollars. Tu comprends ? Parce que les gens peuvent faire tous les discours qu’ils veulent, mais une fois qu’il y a un tas d’argent, je peux te dire que la plupart sont prêts à sacrifier toutes leurs valeurs, tous leurs discours, toute leur philosophie, parce qu’au bout du compte ce qu’ils voulaient, et je les comprends, je les comprends, ce qu’ils veulent c’est l’argent, parce qu’en fait ils veulent la liberté…

David Laroche: De pouvoir…

Hubert Mansion : Oui, mais c’est la liberté, tu demandes aux gens « pourquoi vous voulez de l’argent ? », c’est un exercice très intéressant ça, demander trois fois « pourquoi ». Pourquoi je veux être riche ? Parce que je veux faire ce que je veux, alors bon, est-ce que c’est sûr que vous pourriez faire… Mais étant donné la manipulation mondiale qu’il y a e et qu’il y a eu pour faire croire à tout le monde que le bonheur est l’argent, comment peut-on en vouloir à ceux qui y croient ? C’est normal qui y croient car on leur a mis dans la tête depuis qu’ils sont enfants, leurs parents y croient.

David Laroche: Moi j’ai eu du bol, parce que j’ai eu beau rencontrer plusieurs millionnaires de suite qui m’ont dit « David, c’est pas l’argent qui va te rendre heureux », j’avais beau entendre et me dire « ouais, c’est cool, mais je veux quand même de l’argent ».

Hubert Mansion : Oui, je comprends, mais tu as raison !

David Laroche: Et il a fallu que je génère avec mon entreprise, non pas des millions, mais déjà plus d’argent qu’avant et que j’aille dans des hôtels de luxe et que je me dise « putain, merde, j’arrive pas à être plus heureux ». Et c’est l’expérience qui me l’a appris. Alors j’ai pas attendu d’être connu mondialement pour le vivre, mais il a quand même fallu que je passe et je vais te demander : est-ce que tu penses qu’il va falloir que j’attende le million pour que je le comprenne ? Parce que je le comprends là, mais intérieurement, je le veux toujours. Comment faire, si par exemple je vais dans un lycée, pour arriver à… Parce que je vois, dans les lycées, c’est là où les fantasmes sont les plus développés… Si je leur parle, ne serait-ce que d’une seule personne que j’ai rencontrée, mais pas connue, ils me regardent, si je dis que j’ai rencontré un tel, là tout de suite, les yeux s’ouvres, « ah, super ! »… Si je leur parle par exemple, je vais faire venir un ami entrepreneur, ils le connaissent pas, ils s’en foutent ! Si je leur dis que je vais faire venir un ami star, là ils sont intéressés. Donc c’est très ancré dans le truc, donc comment réussir même à casser ce système de croyances alors que je sais que ouais, à cet âge-là, je voulais pas l’entendre.

Hubert Mansion : C’est ça. Alors écoute, premièrement je te dirais que c’est la raison pour laquelle je pense que le matérialisme et l’hyper matérialisme est une excellente chose. Parce qu’on est arrivé maintenant dans cet hyper matérialisme et quelqu’un…

David Laroche: Faut aller jusqu’au bout en fait…

Hubert Mansion : Oui, on va jusqu’au bout et quand la personne aura eu tout l’argent qu’elle voulait, aura eu tous les problèmes que l’argent… Mais les plaisirs aussi, parce qu’il ne faut pas non plus…

David Laroche: Oui, je me sens bien, c’est sûr que…

Hubert Mansion : Absolument ! Il y a pleins de plaisirs que l’argent apporte et quand il aura eu tout ça, il se rendra compte au bout du compte que ce n’est pas ça vraiment qu’il veut. Mais si on ne fait pas l’expérience d’une chose, et moi… Tu as raison dans ce que tu dis, si on ne fait pas l’expérience d’une chose, ça nous revient à la figure. Donc moi je dis aux gens qui croient à tout prix que c’est l’argent qui va les rendre heureux…

David Laroche: De foncer.

Hubert Mansion : Allez-y. Foncez.

David Laroche: Générez vite !

Hubert Mansion : Faites-le, faites-le. Et vous allez voir, tu vois. Faites-le. Mais pas vous allez voir comme quoi vous allez vous casser la gueule, pas du tout, mais chacun va faire son expérience, il faut expérimenter des choses. Mais l’autre chose que je te dirais, c’est que moi je n’ai jamais vu une personne qui ait cette croyance-là, qui passe une semaine dans la nature sauvage et qui revient avec la même croyance. Personne je n’ai vu ça. C’est parce que nous n’avons plus, à cause de ce que nous mangeons, de ce que nous ingérons au niveau des idées, des énergies, etc, des autres, nous n’avons plus, nous avons été dépossédé de notre faculté de penser par nous-même. La plupart de ce que nous entendons, ce ne sont que des répétitions de ce qu’on a entendu. Il y a très peu de chances qui pensent par eux-mêmes. Alors si tu retires les gens de tout ce contexte extrêmement malsain, dans lequel nous sommes tous et que tu les places dans cette nature sauvage ou ces endroit où il n’y a plus que eux et ils doivent faire face à tout ce qu’il y a à l’intérieur, parce que je peux te dire que quand tu fais cette expérience, ce n’est pas forcément aller regarder les écureuils le matin. C’est que le matin tu te réveilles avec tes démons qui reviennent. Et ça que tu te dis, mes pensées me détruisent. Comment est-ce que je pourrais maîtriser mes pensées, apprivoiser mes pensées, c’est tout un travail colossal mais personne en revenant de ça se dit « je veux devenir milliardaire », ça n’existe pas, j’ai jamais vu ça.

David Laroche: Alors justement c’est très intéressant que tu parles de ça. Parce qu’aujourd’hui pour moi, juste avant de faire le Québec, j’ai fait 10 jours de méditation du silence, c’est pas la première fois que je faisais ça, reculé dans la nature, alors pour le coup c’est vrai que les démons sont bien remontés pendant 10 jours, et ça m’a beaucoup travaillé cette histoire milliardaires , argent, mais du coup de me dire que ceux qui sont là-haut s’ils l’ont fait c’est qu’il y a des peurs, il y a des vides et de me dire « mince, est-ce que je dois arrêter d’entreprendre ? » et d’être beaucoup… est-ce que tu penses que l’entreprenariat ça va continuer ? Alors imaginons que ce système consommation s’arrête.

Hubert Mansion : Moi je crois qu’aujourd’hui, ce qui tue la société dans laquelle on est, ce n’est pas les entrepreneurs, ce sont les gestionnaires. Ce sont les gestionnaires qui ont un but très simple : faire en sorte que les humains deviennent des machines et d’humaniser les machines qui existent. C’est exactement ce qu’on voit aujourd’hui. Tu as des robots qui te parlent avec une voix presque humaine et tu as des humains qui te parlent comme un robot. Pourquoi ? Parce que quand tu es un gestionnaire, ce que tu veux c’est qu’il y ait le moins de problèmes possibles. Alors tu demandes aux gens de faire la file pendant une heure et demie, tu leur dis « vous pouvez faire ça, vous ne pouvez pas faire ça, vous pouvez vous habiller comme ça, vous pouvez employer ce mot-là, etc », tu es en train de transformer la société en une petite armée de soldats qui n’ont plus aucune conscience.

David Laroche: Tu réduis les libertés.

Hubert Mansion : Oui, et les gestionnaires sont la tare du monde aujourd’hui. Moi je les déteste, pas en tant que personne humaine bien entendu, mais en tant que soi-disant organisateurs de la société alors que la société n’a jamais été dans un tel état de chaos aujourd’hui mais regarde le nombre de gens qui sont diplômés de Harvard, qui ont des MBA en tout ce que tu veux, ils lisent des bouquins sur la gestion, la gestion, la gestion et c’est le bordel total. Un être humain n‘est même plus capable d’être heureux quand il se réveille le matin. Mais donc ça ce sont les gestionnaires. Mais les gestionnaires ne sont pas des créateurs de richesses, ce sont juste des énonomisateurs de dépenses. Les entrepreneurs sont des gens absolument nécessaires, mais ce qu’il faut simplement leur demander, c’est ce que tu viens de faire, et je trouve que la question que tu viens de te poser t’honores beaucoup, parce que je dois te dire qu’en venant ici, moi j’avais une crainte, c’est que moi je ne veux pas faire l’apologie de ce qu’on a beaucoup entendu dans le développement personnel, c’est-à-dire que vous voulez quelque chose, alors vous avez le droit de l’avoir et vous pourrez l’avoir si vous défoncez les portes, etc. Moi je suis beaucoup plus taoïste que ça, je suis complètement opposé à cette pensée de dire aux gens si vous désirez quelque chose, vous la méritez. Non, moi je dis, si vous désirez quelque chose, il faut savoir pourquoi vous la désirez, et est-ce que vous êtes sûr qu’il ne faut pas aller du développement personnel au dépouillement personnel. Pas d’un point de vue matériel, tu vois, pas d’un point de vue matériel, mais en enlevant toutes les couches de ce que nous ne sommes pas, de ce que les autres ont dit que nous étions.

David Laroche: Désapprendre des choses pour mieux apprendre.

Hubert Mansion : Voilà. En désapprenant. Mais des entrepreneurs qui ont une conscience, pas forcément une conscience écologique, mais une conscience, c’est-à-dire dans le monde, quand je vais mourir, est-ce que je vais pouvoir dire « le monde est meilleur parce que j’y aie vécu ». C’est ça la question que devrait se poser tout le monde.

David Laroche: Alors justement cette question, elle est à la fois fantastique et puissante, pour le coup je l’expérimente depuis peu de temps, aussi elle me bouscule pas mal cette question, c’est-à-dire je me demande est-ce que je vais créer une fondation à but non lucratif, m’y dédier à 100%, comment je fixe mes prix, et c’est pas évident après d’arriver à se dire dans quelle mesure j’ai impacté le monde, est-ce que… Comment trouver les curseurs après ?

Hubert Mansion : Alors je crois qu’on a, quand on est un être humain un petit peu évolué, je pense qu’on a en soi les appareils de mesure, tu vois, je crois qu’on les a les appareils de mesure. Encore une fois, ça demande du temps, et ça demande un certain recul. Ce que tu viens de faire, méditation en silence, c’est très dur, mais je veux dire à un moment donné prendre un peu de recul, il y a des sensations qui arrivent dans le corps et qui permettent de dire « okay, donc moi en fait j’en suis là par rapport à ça, j’en suis là, au niveau amoureux je suis là », tu vois, cet espèce d’examen de conscience, où est-ce que j’en suis par rapport à tout ça ? Et après, la grande question c’est le courage. Mais toi, étant donné que tu inspires beaucoup de gens, effectivement, il est extrêmement important que tu fasses une réflexion très profonde, parce que tu es un modèle pour beaucoup de gens et donc, qu’est-ce que tu mets dans leur tête ? C’est très important de se poser la question. Et parfois il faut un an, deux ans avant de le faire. Moi je peux te dire en ce qui concerne mon parcours, je suis un spécialiste de l’image, je sais très bien comment on fait…

David Laroche: C’est une de mes questions d’ailleurs.

Hubert Mansion : Je sais très bien comment on fait pour manipuler les images, pour manipuler les consciences, et comment le show business a fait, etc. Et à un moment donné, je me souviens très bien qu’il y a des gens qui étaient venus me trouver, j’étais encore avocats, pour que j’organise la production d’un film pornographique. Et je me suis dit, qu’est-ce qu’il est en train exactement en train de me demander, lui. Et évidemment, il me payait des fortunes, etc, et à partir de ce moment-là, je me suis dit, il y a quelque chose qui ne va pas…

David Laroche: Donc tu l’as senti corporellement.

Hubert Mansion : Ah oui, oui, je l’ai senti corporellement. D’ailleurs il y a un très bon livre qui s’appelle L’Erreur de Descartes, qui explique que justement on a des malaises physiques qui nous aident à prendre des décisions, que c’est beaucoup moins passionnel que ce qu’on croit, il y a des signaux dans le corps qui nous disent : non.

David Laroche: Descartes a découpé mental…

Hubert Mansion : Que Descartes n’a pas vu. Descartes a dit que nous prenons des décisions complètement rationnelles, et lui démontre que c’est complètement faux et impossible, parce que si c’était uniquement rationnel, il faudrait examiner les conséquences de tous nos choix, et les conséquences de toutes les conséquences et on serait devant une infinité de conséquences telle que finalement on agirait jamais. Donc ce qui fait que l’on agit, on le sait tous intuitivement, c’est nos émotions. Mais donc il faut vraiment se poser cette question et je crois que tant qu’on n’a pas vaincu en soi-même toute une série de choses, il est très difficile de dire aux autres ce qu’ils doivent faire. Parce que tout le monde sait ce qu’ils doivent faire en réalité. Tout le monde sait que je devrais faire plus de sport, que je devrais me cultiver plus, que je devrais être plus proche de mes amis, on sait tous ça. Mais le problème, ce n’est pas que faire, c’est comment le faire. Comment dans la vie quotidienne je peux me cultiver plus, faire plus de sport… Comment est-ce qu’on fait ça concrètement ? Je veux dire, on ne peut répondre à cette question que si l’a fait soi-même, sinon on donne des avis qui sont vides et qui ne sont pas solidaires par rapport à l’être humain. Moi je crois que c’est très important la solidarité. La solidarité c’est de tendre la main à l’autre et dire « écoute, moi j’ai déjà essayé ça, ça marche, viens essayer avec moi », c’est ça la solidarité. Mais ce n’est pas dire « tu dois faire ça, tu ne dois pas faire ça, tu devrais faire ça… », ce sont des ordres et moi je déteste les ordres.

David Laroche: Je ne peux qu’adhérer. J’ai une phrase de Gandhi qui m’a fait faire un virage : « be the change that you wish to see in the world » et ce qui m’a permis de faire toutes ces interview, et j’ai écrit sur mon site « je suis le cobaye ». Je me suis dit, qui je suis pour dire quoi faire, mais je vais juste essayer de rencontrer des gens comme toi, qui ont une expérience, et voir ce qui fonctionne ou pas pour moi, et essayer, et… je crois que si on se pose tous la question de comment je peux inspirer les gens juste en devenant une nouvelle personne, ça…

Hubert Mansion : Et si tu veux, la seule chose, et c’est d’ailleurs ce qui est déjà écrit dans les Evangiles, et c’est vrai partout, ce qui sauve tout le monde, c’est la vérité. C’est-à-dire que la sensation… la vérité c’est une sensation. Quand on a découvert quelque chose en soi, par exemple… il y a des moments où on a des révélations ! On des révélations par rapport à quelqu’un, par rapport à quelque chose… on a des sensations. Cette sensation, ça s’appelle la vérité donc on peut venir nous dire le contraire, nous démontrer que c’est impossible, on sait.

David Laroche: On le sent même.

Hubert Mansion : Et ça ne demande pas d’argent de faire ça, ça ne demande rien qu’un peu de temps, d’essayer de trouver la vérité qu’on a l’intérieur de soi, en dehors de tout esprit analytique. Qu’est-ce que c’est cette vérité-là. Et après on fait ce qu’on veut, après on fait ce qu’on veut. Mais la trouver d’abord et avant tout, c’est pourquoi je répète que je suis contre l’école, parce que l’école ne fait qu’imposer des modèles de ce qui est bien, ce qui est mal… la civilisation occidentale, qui est en train de se terminer maintenant, elle était basée sur une notion extrêmement simple qui est le bien et le mal. Il y a ce qui est bien, et il y a ce qui est mal. Et aujourd’hui plus personne ne croit à ça.

David Laroche: C’est un fantasme.

Hubert Mansion : Oui, parce qu’on dit « ouais, mais ce qui est mal est parfois bien, ce qui est bien est parfois mal, etc ». Alors il faut remplacer quelque chose. Donc il n’y a personne qui peut venir nous dire notre vérité à notre place et il faut la trouver, en allant dans la nature, en se retirant, en lisant des livres, il faut à n’importe quel prix faire ça, parce que de toute façon elle va nous rattraper. Regarde Elvis par exemple, la vérité d’Elvis Presley c’est qu’il était dans une grande recherche spirituelle, une recherche de sens, quel est le sens de tout ça ? Non seulement de ma vie, mais de cette Terre, est-ce qu’il y a un sens, c’est quoi ma place ? Elvis il était à la recherche éperdue de ça et à cause de ce management puant qui avait autour de lui, il n’a jamais pu, donc qu’est-ce qu’il a fait ? Il a pris des médicaments, il s’est drogué, et il est mort ! Il est mort parce qu’on le n’a pas laissé choisir ça !

David Laroche: Donc presque à tout prix, il faut écouter sa voix, sa vérité ?

Hubert Mansion : Ouais. A tout prix.

David Laroche: Donc être prêt à dire non à des opportunités, être prêt à dire non à des gens…

Hubert Mansion : Etre fidèle, être fidèle à soi-même, à n’importe quel prix. Mais s’il y a des jeunes qui nous écoute, c’est sûr que ça demande beaucoup de courage. Tu sais, les gens comme toi sont des héros aujourd’hui. C’est-à-dire ce qu’on voit dans les films américains à cause de ce fameux système américain que tu as vu, qui est un système tout à fait particulier, qui est une machine, d’ailleurs il y a un grand économiste français qui vient de sortir un bouquin très intéressant là-dedans pour dire que finalement ce n’est plus du tout une société démocratique, que cette société qui donne soi-disant les mêmes chances à tout le monde, c’est un mensonge éhonté. Il est beaucoup plus facile, contrairement à ce qu’on croit, il est beaucoup plus facile de changer de classe sociale en France qu’aux Etats-Unis quand tu regardes les statistiques. Mais ce que les Etats-Unis nous disent d’eux-mêmes, c’est tout à fait le contraire. C’est, dans les films, un homme seul contre une machine parfaitement incroyable et qui réussit à renverser la machine. Et ça, ça n’existe pas. Mais par contre réussir à renverser la machine de la pensée qui tourne, de cette pensée corporative, de ces grandes sociétés, de cette pensée du marketing, de cette pensée de ceux qui ne pensent qu’à manipuler les autres, comme toi tu le fais, allumer des feux individuels. Malgré le fait que ça ne rapporte pas toujours de l’argent. Que ça n’est pas toujours gratifiant. C’est héroïque. Et pour ça, il faut à l’intérieur une énergie énorme, parce qu’il est évident que tu vas être confronté à des démolisseurs, je suppose que tu l’aies déjà, les gens qui te démolissent, les gens qui te disent que ça ne sert à rien, la voix intérieure qui va te dire « mais de toute façon, je n’y arriverai pas, c’est trop compliqué, etc. », donc tu vois, il faut être un héros, et pas un héros de film, mais un vrai héros.

David Laroche: Je trouve ça puissant que tu emploies ce terme héros, parce que c’est un excellent levier de toucher les jeunes. Les jeunes veulent devenir des héros.

Hubert Mansion : Absolument. Et le problème c’est qu’aujourd’hui on dit toujours l’exemple vient d’en haut, mais je crois qu’on est tombés bien bas, parce qu’on peut regarder en haut, il n’y en a pas des exemples. On les voit plus les exemples. Et c’est un problème énorme et les gens qui ont aujourd’hui une vingtaine d’années sont aujourd’hui dans une société qui pour moi, est la société la plus inhumaine qu’il y ait jamais eu dans l’histoire de l’humanité. Nous sommes arrivés dans une situation inhumaine, que Aldous Huxley avait prédit il n’y a pas vraiment longtemps. Nous sommes arrivés dans un monde qui est complètement contrôlé par des machines. Dans quelques années, peut-être dans quelques mois, on va reconnaître le visage des gens dans la rue en portant des lunettes, on saura comment ils s’appellent, ce qu’ils ont fait, ceux qui ont un casier judiciaire, ce qu’ils aiment lire, qui sont leurs amis sur Facebook, et tout ça c’est la machine. Il faut des consciences individuelles pour dire aux gens : nous refusons d’entrer dans ce monde, nous exigeons que l’humanité appartienne exclusivement aux êtres vivants, mais pas à la machine.

David Laroche: Ça me parle beaucoup, et tu parles de marketing et une autre question, parce que j’ai pas mal d’entrepreneurs qui me suivent, et c’est une question que je me pose, des fois je lis des livres de marketing, je fais des formations de marketing et on m’explique une technique de marketing où ils vont aller appuyer pas mal de triggers émotionnels et qui vont faire que la personne à la fin du processus, on augmente de 40 ou 50% la vente. Mais à chaque fois je sens une dualité en moi qui est la dimension entrepreneuriale, ou gestionnaire, je sais pas si tu les distingue du coup pour une même personne, qui me dit « oui, applique ça, c’est super, tu vas augmenter ton chiffre d’affaires de 40% » et des fois je me pose la question de savoir si c’est juste. Alors après je vais demander au marqueteur, et le marqueteur va avoir une façon, mais sans vouloir me manipuler, je vois bien, avec son monde à lui de me dire « t’es en train de répondre à un de ses besoins » et après je vais avoir une autre personne qui me dit « tu as créé son besoin » et je vois que j’ai, comme un économiste, je vais interviewer un économiste et un autre économiste, quand je les écoute j’ai tous les deux l’impression qu’ils ont raison sauf que je me rends compte qu’ils m’ont dit deux choses différentes. Comment savoir ?

Hubert Mansion : Ah oui, ça c’est vraiment une question…

David Laroche: Entre marketing et respect du… je vais prendre un exemple concret sur le blogging. Il y a des bloggeurs, qui font pour la même formation en termes de contenu, un truc pour 40€ par mois, et eux ils se disent « c’est pas cher, ça va toucher du monde et je m’en fous si je vais gagner ou pas de l’argent ». Et il y en a d’autres qui vont mettre ce même contenu à 4000€ et qui vont toucher d’autres personnes. Comment savoir si c’est juste, pas juste…

Hubert Mansion : Ecoute c’est un peu comme… Je me suis posé cette question quand j’ai analysé dernièrement le bilan de L’Oréal. Et L’Oréal dit « finalement, nous avons notre métier de vendre tous ces produits cosmétiques, etc, eh bien c’est très positif parce qu’en réalité, nous vendons du rêve. Nous ajoutons du rêve au quotidien des ménagères, etc ». Et quand tu lis ce genre de choses et quand tu te trouves dans cette situation, c’est très important d’analyser les mots qui sont utilisés. Quand on utilise du marketing, le mot de « cible », on ne va pas me faire croire qu’on parle en même temps de solidarité humaine. Quand L’Oréal dit qu’il vend du rêve, en réalité il se trompe de mot, et ce qu’il vend ce sont des illusions. Ils vendent l’illusion que si je consomme tel produit, alors je vais arriver… Et je ne vois pas ce qu’il y a de beau à vendre des illusions. Et dans ce que tu viens de dire, en réalité tu dis toi-même la solution. Parce que tu dis « j’entends des trucs, j’entends des trucs… mais je sens que… » Tu vois, et c’est ça la clé. Il y a tellement de gens qui… Parce que regarde, les hommes politiques c’est la même chose. Ils viennent de faire des discours complètements extraordinaires parce que grâce au fait qu’on va détruire la nature, qu’on va démolir ceci, etc, on va créer des emplois. Comme si c’était ça la seule chose qui comptait. Ça, c’est leur intérêt à eux. Parce que s’ils disent qu’ils ont créé des emplois, on va les réélire. Mais est-ce que c’est l’intérêt global de la société, ça c’est une autre question, tu vois. Et moi j’attends d’entendre des marketings, tu as raison de soulever ce point, qui ont une conscience globale. Parce que je suis effrayé de voir le nombre de jeunes qui s’engagent dans ces métiers-là. Qui ne sont que des métiers basés sur la manipulation de notre prochain. Ce n’est que ça ! Comment est-ce qu’on pourrait lui faire croire qu’il a besoin d’un truc dont il n’a absolument pas besoin. Comment est-ce qu’on pourrait lui faire dépenser l’argent qu’il n’a pas, mais il a une carte de crédit. Comment est-ce qu’on pourrait faire ? Et ce n’est que ça aujourd’hui le marketing. Alors il a quelques exceptions bien entendu, il y a des gens qui utilisent les techniques de marketing pour faire connaître des choses qui sont humaines, qui vont faire grandir les gens, qui vont faire en sorte qu’ils se sentent mieux, mais c’est une minorité. En réalité, il y a une telle division du travail que c’est une division de la conscience, tu comprends ? Quand on demande à quelqu’un de fabriquer un petit morceau de fer, et puis un autre un autre petit morceau de fer et que finalement au bout ça créée un revolver, il n’y a personne qui a la conscience qu’elle fait quelque chose de mal.

David Laroche: Là justement c’est pareil, ça me permet de poser une question plus spécifique sur un exemple. Imaginons qu’en temps qu’entrepreneur, j’ai un produit que je suis persuadé, je le sens en moi, que ce produit aide les gens. Est-il bon de se dire dans ce cas-là si je manipule, c’est pas grave, parce qu’au final, je les amène à du bon. Par exemple quelque part un psychothérapeute, un coach, peut amener à un moment donné à manipuler son patient pour l’amener des fois à voir autre chose, à poser une question qui l’influence… Comment est-ce que je sais si je me dis… Mettons par exemple je prends mon cas. Je crois profondément dans mes formations. Je vois des résultats, je vois que les gens vont améliorer leurs relations avec leur famille, leurs amis… Je me dis, finalement, c’est pas grave que je les manipule puisqu’au final ils vont améliorer leur famille. Et là du coup le produit j’y crois, et je le sens, je l’ai pas inventé. Ou par exemple on parle d’écologie. Je pourrais très bien me dire je vais manipuler les masses pour les amener à faire de l’écologie. Est-ce que c’est bon ?

Hubert Mansion : Alors, quand tu dis manipuler en fait, ce que tu dis c’est modifier leur perception. Je modifie la perception qu’ils ont de tel produit, etc, pour faire en sorte que. A partir du moment où l’être humain est… Le show business c’est ça, la manipulation de la perception. Donc, par exemple, il est évident qu’on sait que le star system est né à peu près en même temps que l’invention du gros plan. A partir du moment où on a vu un visage en gros plan sur un écran, on a créé une intimité entre le spectateur et la vedette qui est une intimité qui est proche de l’intimité qu’on a quand on est réellement tout près de quelqu’un.

David Laroche: C’est vrai que sur un écran on se retrouve à avoir une tête…

Hubert Mansion : Donc cette manipulation de la perception a créé un attachement des spectateurs aux vedettes de l’époque. Moi, je pense que la liberté, effectivement, et c’est très important de pouvoir montrer qu’il existe plein de perceptions différentes, donc Ce n’est pas parce qu’on modifie la perception de quelque chose qu’on manipule une personne. Et le marketing, il n’y a rien de mal à dire « regardez, vous avez toujours vu cette chose-là sous cet angle-là, mais maintenant je vous montre un autre angle. » A partir du moment où on laisse l’être humain libre, je ne vois pas où est le problème. Le problème, c’est quand on dit… Tout le marketing américain n’est basé que sur une seule phrase. Quand je dis américain, maintenant il est mondial. Il n’est basé que sur une seule phrase qui est : il faut affliger les satisfaits et satisfaire les affligés. Tout le marketing est là-dedans. C’est-à-dire : vous croyez que vous allez bien ? Je vais vous montrer que vous n’allez pas bien. Et c’est ce que tu vois dans tous les magazines féminins. Tous les magazines féminins… On sait que 70% des lectrices d’un magazine féminin se sentent mal dans les trois minutes qui suivent la lecture d’un magazine. Faites par les femmes d’ailleurs, parce que c’est pas une manipulation des hommes sur les femmes. Elles se sentent mal. Pourquoi est-ce qu’elles se sentent mal ? Parce que c’est fait exprès. C’est-à-dire qu’on leur montre des images de femmes qui, bien entendu, n’existent pas, qui sont photoshoppées, qui sont maquillées, qui sont machin chouette… Et alors elles se comparent. D’ailleurs dans l’étymologie du mot image, il y a… On retrouve la même étymologie, si on remonte loin, que le mot « imiter » parce qu’on se compare pour imiter l’image. Comme je me compare à l’image et que bien entendu je suis moins bien que l’image, bien entendu je suis déprimé. Mais quelques pages plus loin dans le magazine, justement, on me montre le produit qui ferait en sorte que je pourrais me sentir mieux.

David Laroche: Lait pour le corps, ou…

Hubert Mansion : Oui. C’est ça le marketing. Donc d’abord on va dire « vous n’êtes pas heureux, vous êtes vraiment malheureux », on va affliger les satisfaits. Et puis après on va satisfaire les affligés. C’est-à-dire, après, quand vous aurez pris ce produit, vous serez vraiment bien, etc. Donc ça, c’est de la pure manipulation de la conscience, et ça aboutit en réalité à une seule chose : c’est donc d’essayer de rendre les gens malheureux ! Il faut dire aux gens qu’ils sont malheureux parce que c’est à partir de ce moment-là qu’ils vont vouloir consommer. Je peux te dire que quelqu’un qui est heureux consomme infiniment moins que quelqu’un qui est malheureux. Donc toutes les industries que nous voyons, elles ont intérêt au malheur des autres. C’est quand même grave d’en être arrivé là, c’est très grave. Alors, est-ce que toi…

David Laroche: Quand je pose la question, je pars du principe qu’il y a des gens qui nous regardent qui se posent la même question que moi et je me mets en exemple simplement.

Hubert Mansion : C’est ça. Je ne crois pas que ton but soit de rendre malheureux les gens. Il n’y a que toi qui le sais, parce que tu peux faire des grands discours et au fond de toi, la seule chose qui t’intéresse, c’est de te remplir les poches. Il n’y a que toi qui le sauras. Mais ça va te juger toi-même, parce que dans quelques années tu seras détruit toi-même par ça. Donc c’est encore une fois cette question de la vérité qu’on a en soi. Il faut faire très attention. Le cas du Bhoutan, c’est un cas très intéressant justement, voilà donc un pays qui essaye de rendre les gens heureux mais entre vouloir rendre les gens heureux d’une part et rendre les gens malgré eux d’autre part, la limite est très faible, donc c’est une question de conscience individuelle. Il n’y a que la personne qui sait ce qu’elle est en train de faire. Mais parfois, il faut l’aide quelqu’un, c’est pourquoi il est regrettable, il est vraiment regrettable que les gens qui prennent des décisions dans les entreprises, dans les mairies, dans les gouvernements, dans les organisations internationales, n’aient jamais à côté d’eux des gens un peu plus sages qui pourraient leur dire : « si on remplaçait deux minutes vos intérêts par vos valeurs », par exemple, est-ce qu’on prendrait la même décision ? Tu vois, des gens qui parleraient sans aucun intérêt propre, juste pour le bien commun, il y en a beaucoup des gens comme ça, mais malheureusement on ne les voit plus.

David Laroche: Cool. Alors j’ai plein de questions, je vais choisir une question qu’on me pose souvent et que je me pose aussi, où t’as peut-être une réponse. C’est comment choisir les personnes avec qui travailler ? Comment créer une équipe qui soit… Parce que je vois bien qu’en tant que jeune entrepreneur, et entre guillemets « débutant de l’entreprenariat », c’est une vraie question de bien s’entourer, trouver les personnes, comment tu t’y prends ?

Hubert Mansion : Moi j’ai une façon très simple de faire. J’imagine… Encore une fois, c’est basé sur la connaissance qu’on doit avoir de soi-même. Nous savons tous quelles sont nos qualités, quels sont nos défauts. On le sait tous. Il y a des choses qu’on voudrait voir, il y a des choses qu’on ne voudrait pas voir, mais enfin on sait à peu près tous où on est fort, où on n’est pas fort. Alors la première chose que moi j’ai apprise, c’est qu’il est beaucoup plus utile de travailler à augmenter ses qualités, qu’à diminuer ses défauts. Ça c’est sûr. Autrement dit, quelqu’un qui est extrêmement créatif, mais qui est très désorganisé, ce qui est souvent le cas, ça va souvent ensemble, a beaucoup plus intérêt à continuer à augmenter sa créativité qu’à essayer de s’organiser plus. Donc il vaut mieux travailler dans les choses où l’on est le plus fort. Donc les choses dans lesquelles on est le moins fort, c’est-à-dire les défauts qu’on a, il faut aller les chercher ailleurs. Donc pour constituer une équipe, moi je m’imagine que je suis dans un grand magasin où je vais acheter des qualités. Donc je me dis… Tu as remarqué aujourd’hui que ma première qualité n’est pas la ponctualité.

David Laroche: Il y a quelqu’un avec toi qui était très ponctuel.

Hubert Mansion : Voilà, exactement ! Mais tu vois, c’est ça. Donc si tu veux, moi j’achète, enfin quand je dis j’achète, il faut mettre ça entre guillemets, dans mon caddie je mets de la ponctualité, de l’organisation, de la ceci, de la cela… Et c’est en fonction de qualités, et non pas en fonction de personnes que je constitue des équipes. Parce que les personnes, quand on les choisit en fonction d’autres critères, on a toujours tendance à choisir des gens qui nous ressemblent, des gens qui ont à peu près les même valeurs, etc. Donc il y a une grande sympathie, mais il n’y a pas forcément une très grande efficacité.

David Laroche: Donc la sympathie n’est pas forcément un critère.

Hubert Mansion : Ah non, non. La sympathie est trompeuse. Tu peux rencontrer des gens qui te paraissent antipathiques mais c’est simplement parce qu’ils ont un visage qui ressemblent un peu à quelqu’un que t’as connu il y a quinze ans et qui était un emmerdeur. Mais en réalité la personne elle-même… Il faut faire très attention…

David Laroche: Comment tu dépasses ça ? Parce qu’imaginons, t’as quinze personnes en face de toi qui vont s’occuper de… je sais pas… Une assistante, quinze assistantes qui vont gérer l’interface entre tout ce monde extérieur et toi. Et tu veux quelqu’un d’organisé, mais comment tu vas… parce qu’elles vont toutes te dire « moi je suis organisée », comment tu vas faire ?

Hubert Mansion : Ben là je vais observer. J’ai fait beaucoup de graphologie quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai fait beaucoup de graphologie. Dans une graphologie dans une écriture, tu peux très bien voir si une personne est organisée ou pas. Un simple exemple de ça en graphologie : quand les gens écrivent à la main, tu me diras il y a de moins en moins de gens qui écrivent à la main, mais quand ils écrivent sur une feuille de papier, il y a des gens, quand ils écrivent, on dirait qu’ils ont oublié que le papier à une limite donc ils continuent d’écrire et puis quand c’est la ligne, ils continuent d’écrire un peu en haut. Et bien ça c’est un pur signe de désorganisation. Tu vois, quelqu’un qui est bien organisé il écrit dans une forme un peu rectangulaire. Mais quelqu’un qui est très organisé, généralement, va déplaire à quelqu’un qui est très désorganisé, tu vois, parce qu’un créatif qui va rencontrer quelqu’un de très organisé, elle va dire « qu’est-ce que c’est que ce comptable ! ». Tu vois. Donc cette question de la sympathie et de l’antipathie il faut dépasser cette question. Il faut complètement dépasser…

David Laroche: Parce que justement en prenant le cas du créatif qui veut s’entourer de l’organisé, il va avoir beaucoup de mal à s’entendre.

Hubert Mansion : Là, c’est le grand problème, tu vois. C’est le grand problème. Parce qu’ils ne parlent pas le même langage, ils n’ont pas les mêmes valeurs et souvent, très souvent, le manager, l’agent, etc, c’est quelqu’un qui aurait voulu devenir un artiste. Et ça c’est vraiment un problème.

David Laroche: Tu l’as observé beaucoup ?

Hubert Mansion : Ah oui, oui, oui. C’est vraiment problématique ça. Il y a beaucoup de gens… Il manque beaucoup, beaucoup, beaucoup de, je te dirais, d’entrepreneurs de la création, c’est-à-dire des accompagnateurs d’artistes, de créateurs.

David Laroche: Qui n’ont pas envie d’être l’artiste en fait.

Hubert Mansion : Oui. Et moi je pense que c’est un modèle du show business, c’est un modèle très américain le manager, c’est celui qui s’occupe de l’artiste. Je crois qu’aujourd’hui la plupart des gens devraient avoir un agent, un manager, en tous cas quelqu’un qui s’occupe un peu d’eux. Simplement, ne fusse que pour avoir une idée de la manière dont ils sont perçus, tu vois, c’est très important ça. Mais en même temps, c’est une question de solidarité humaine aussi. Mais je crois que… C’est ça, je crois qu’il faut qu’on choisisse des compétences qui ne sont pas les nôtres, pour ça reconnaître celles qui ne sont pas les nôtres. Et après ben oui… On n’est pas là pour faire la fête forcément. Des amis c’est des amis, et puis des contacts, des collaborateurs professionnels, c’est tout à fait autre chose. Mais en même temps, il faut des gens qui veulent aller dans la même direction que nous-même. C’est sûr. Mais je crois que c’est beaucoup plus important les qualités. Personnellement j’ai réussi beaucoup plus de choses avec des gens avec lesquels je n’avais pas forcément un lien humain très chaleureux que le contraire.

David Laroche: Et du coup quand tu parles de ce lien, est-ce qu’il faut faire attention avec ce cadre ? De se dire par exemple, là il y a le temps de travail et après on a du temps justement pour d’autres temps, est-ce que le rapport doit… est-ce qu’il y a une interaction à respecter qui correspond au travail et une autre façon de communiquer qui correspond à un lien plus privilégié ?

Hubert Mansion : Oui, moi je pense que, si tu veux… Tu vas me dire c’est un peu bizarre de dire ça, mais je crois qu’il faut garder les gens à distance en général. Il faut toujours essayer de garder à une certaine distance avec les gens. Il y a quelques personnes dans une vie à qui on peut faire confiance, à qui on peut confier des choses, etc. mais ils sont rares. Moi je crois qu’il faut qu’il faut garder cette distance un peu, parce qu’il y a beaucoup de gens qui vont, en tout cas moi j’ai constaté beaucoup de gens c’est ceux qui se retournent contre quelqu’un, c’est pratiquement toujours ceux qui étaient les plus proches. C’est pratiquement toujours ça. Non seulement les divorces, regarde les horreurs que tu entends dans les divorces. Mais, regarde même Jésus, les gens qui se sont retourné contre Jésus, ils étaient proches de lui, ce sont les apôtres qui l’ont dénoncé. Tolstoï, c’est sa femme qui l’a dénoncé.

David Laroche: Alors du coup, est-ce qu’on doit avoir peur de tout le monde ?

Hubert Mansion : Comment ?

David Laroche: Est-ce qu’on doit avoir peur de tout le monde ?

Hubert Mansion : C’est très spécial, parce que…

David Laroche: C’est une vraie question que je me pose…

Hubert Mansion : C’est très spécial.

David Laroche: En fait, j’ai tendance dans la communication à être imbibé de cette idée de confiance, à faire une vraie erreur avec tout mon management, les personnes avec qui je travaille, à déborder un petit peu sur mes échanges, sur ma façon de gérer et j’en paye le prix, c’est que je vois bien que j’ai des personnes qui vont d’un coup être professionnelles mais d’un coup diminuer parce que juste il y a ce truc de « bon on est potes, c’est pas grave, il va… ». Et c’est pas simple encore une fois à poser ce curseur de…

Hubert Mansion : C’est pour ça moi je te dis il faut garder la distance, il faut pas en faire des amis, faut pas en faire des amis. Je disais tout à l’heure le réseau de contacts est extrêmement important mais un réseau de contacts, ce n’est pas du tout, du tout un réseau d’amis. C’est même l’inverse. Ce n’est pas un réseau d’ennemis, mais un réseau de gens pour lesquels nous n’avons presque pas d’affect. Des gens qu’on rencontre comme ça, on a bu un verre, on a échangé quelque chose. Mais si tu veux les gens qui… je vais te dire que toi le problème qui risque d’y avoir, si je peux me permettre, c’est qu’à partir du moment où toi tu te présentes comme un leader, comme un modèle, comme un exemple, le grand risque que tu vas subir, c’est que les gens qui sont autour de toi, qui sont proches, vont commencer, parce que souvent ils vont te jalouser, c’est comme dans un groupe de musique, combien de fois j’ai vu ça…

David Laroche: Il y en a un qui sort du lot.

Hubert Mansion : Mais il y en a toujours un, généralement le chanteur ou la chanteuse, mais quand tu vois ce qui se passe dans la tête du bassiste derrière, j’aime autant te dire, c’est scandale… regarde le groupe ABBA qui allait jusqu’à s’insulter en public, alors qu’ils donnent l’exemple… Ou les Beatles… Ils donnent l’exemple d’un groupe qui est complètement harmonieux, etc. mais tu comprends bien que la jalousie, elle naît tout de suite, pourquoi c’est lui qui est interviewé et pas moi, pourquoi c’est lui qu’on reconnaît dans la rue et moi on ne me reconnait jamais, ça arrive dans tous les groupes ça. Dès que tu as un leader, c’est ce qui se passe autour de toi, et à ce moment-là c’est que les gens autour de toi commencent à venir chercher… Paul Valéry a dit une phrase terrible qui est « ce sont nos qualités qui nous font haïr, parce qu’elles font rechercher nos défauts ». C’est-à-dire que quelqu’un qui a beaucoup de qualités, dont les qualités sont très visibles, il y a toujours des gens qui vont dire « non, non, non, ça, ça cache quelque chose ». Et qui vont aller chercher les défauts pour dire aux autres « oui, il vous fait croire qu’il est un grand ceci, ou qu’elle est une grande cela, mais c’est pas du tout vrai, regardez, je vais vous le prouver, je le connais bien, j’ai vécu longtemps avec lui ». Tu vois. Combien de fois c’est arrivé, combien de fois c’est arrivé ça… Alors il faut vraiment garder son jardin secret, encore une fois il faut se retirer de temps en temps de tout ce carrousel et prendre un peu de recul et ne faire confiance qu’à très peu de personnes en ayant toujours, quand même, malheureusement, un endroit, derrière la tête, où on se dit « je fais confiance à cette personne », mais je ne fais pas 100% confiance. C’est extrêmement rare. Quand tu vois au Cambodge, pendant la révolution, la révolution communiste, ce sont les enfants qui tuaient leurs parents, ce sont les enfants qui, avec des mitraillettes, qui arrêtaient leurs parents et qui les tuaient. Au nom du communisme, etc. Il faut faire très, très attention. Et moi je peux te dire que j’essaie toujours de faire confiance à ce qui a de meilleur dans un être humain, j’essaie toujours de faire ça, même quand c’est quelqu’un qui me parait… mais je fais une grande différence entre cet être qui est vraiment loin, caché, et celui qui est devant moi, parce que c’est pas souvent les mêmes. C’est-à-dire qu’on se connait peu soi-même, il y a peu de gens qui se connaissent soi-même, c’est un grand enseignement. Regarde la France, combien, combien… Moi mon grand-père il faisait partie de la résistance pendant la guerre en Belgique, il a été dénoncé à la Gestapo par quelqu’un qui vivait dans sa rue. Et qui connaissait bien, et qui était soi-disant copain, etc. Et ça a été une grande leçon pour beaucoup de gens de voir que les soi-disant proches, c’était l’écroulement total des illusions. Et toi tu dois faire attention à ça. Parce qu’en plus, tu vas… Le problème qu’il va y avoir, c’est l’ingratitude. Tu vas dire « mais moi j’ai passé combien d’heures, combien de temps à essayer d’aider les gens gratuitement, bénévolement et maintenant ils se retournent contre moi, dès qu’il y a quelque chose qui ne les arrange plus ».

David Laroche: J’ai vu déjà rien qu’avec les vidéos… Par exemple j’ai juste posté une phrase sur mon Facebook, qui est plein, en anglais, et j’ai des gens qui m’ont dit « mais comment tu te permets de parler anglais… »

Hubert Mansion : Mais tu sais que c’est ça qui tue la France ? Quand tu vis ici, tu te rends compte d’une chose : la France est un pays extraordinaire pour la raison, mais c’est aussi ce qui diminue, ce qui contraint la France. L’esprit critique français est un esprit souvent méchant, tu écoutes les Grosses Têtes, l’humour français est basé uniquement sur la méchanceté. Quand tu vois l’humour anglais par exemple, ou l’humour juif, ou l’humour belge, moi je suis belge, ça fait pas du tout un humour basé sur la méchanceté, c’est pas du tout un humour où on veut toujours se foutre de la tête du voisin. Mais l’humour français est très comme ça, parce que la France est une société complètement pyramidale où chacun essaie de ressembler à celui qui est au-dessus. Et quand tu arrives au Québec, et que tu te retrouves dans une société complètement horizontale, où il n’y a pas de classes sociales, où quelqu’un qui gagne 3 millions de dollars ne se croit pas sorti de la cuisse de Jupiter par rapport à quelqu’un qui est au chômage, ça n’existe pas ça ici. Et le défaut que le Québec déteste le plus au monde, c’est la prétention. Les québécois, tu le verras, détestent la prétention dans tout : dans les vêtements, dans la façon de parler, dans tout. Et les français adorent la prétention. Alors quand les deux se rencontrent, ça fait boum.

David Laroche: Une belle explosion.

Hubert Mansion : Oui. Et donc l’esprit critique qui aboutit, si tu veux, à des remarques très désagréables sur Facebook, « pour qui tu te prends ? », c’est toujours la même chose… Il empêche beaucoup de gens de faire des choses parce qu’ils ont peur d’être jugé. C’est pourquoi, moi je dis, que la liberté, la liberté, c’est quand le besoin d’accomplissement qu’on a dépasse le besoin d’approbation des autres, et c’est ça qu’il faut essayer de faire. De dire que mon besoin d’accomplissement dépasse mon besoin d’approbation, que vous soyez d’accord ou que vous ne soyez pas d’accord, moi j’ai besoin de m’accomplir, ça vous fait rigoler, ça vous fait grincer, ça vous fait tout ce que vous voulez, mais moi ça m’est complètement égal, parce qu’à la fin c’est quand même moi qui vais mourir accompli ou inaccompli parce qu’il faut quand même passer du fait d’exister au fait de vivre, c’est-à-dire de vibrer dans ce monde de robots.

David Laroche: Ça me fait penser à l’interview qu’on a fait d’un peintre aux Etats-Unis et je lui demandais du coup « tiens, quand tu fais une peinture, tu la fais en fonction des demandes, ou de ce qui te fait vibrer ? » et il m’a dit « nan, nan, la seule chose qui m’intéresse c’est que la peinture, je la regarde, elle me fasse vibrer, c’est tout ce qui m’intéresse ». Je pense qu’il y a beaucoup d’artistes qui arrivent à ouvrir ça et faudrait l’ouvrir à tout le monde en fait.

Hubert Mansion : Oui, et tout le monde est capable de faire vibrer, parce que tout le monde vibre. Regarde toi, si quelqu’un tombe amoureux de toi, tu fais vibrer cette personne mais tu peux faire vibrer par simplement un mot, mais c’est ça, c’est faire en sorte que tous ces gens qui existent, et qui croient qui existe mais qui en réalité sont morts parce qu’ils ont perdu toute volonté de s’accomplir, de faire un truc un peu fou, une volonté d’être fidèle à eux même… Moi quand j’étais petit, quand j’avais 8 ans, mon grand rêve, mais je me rendais même pas compte que c’était mon grand rêve, mais le truc qui m’habitait en permanence, c’était la cabane au Canada, c’était ça qui m’habitait. Je voulais être dans la nature sauvage, avoir une cabane. Eh bien sans faire aucun effort, aucun effort ! C’est exactement ce qui m’est arrivé par la suite.

David Laroche: En gros tu veux dire qu’on est amené à réaliser ce qui est important pour nous si on l’espère un peu.

Hubert Mansion : Voilà. Tu vois, et c’est la grande idée du tao. Le tao c’est le contraire de la pensée américaine, nord-américaine, qui dit que les choses sont sous contrôle, ce qui est complètement ridicule, comment veux-tu que les choses soient sous contrôle… Ça me fait toujours penser, en septembre, quand y a un avion qui est rentré dans un building, je vois pas le contrôle que les gens avaient sur… Nous n’avons de contrôle nulle part. Le contrôle des forces de la nature, nous n’avons pas le contrôle de ce que font les autres. Donc l’idée que tout est sous contrôle est une idée complètement fausse. Il y a un contrôle qui se fait tout seul. La nature n’a pas besoin qu’on la contrôle pour s’équilibrer elle-même, eh bien moi je pense que de même que ça se passe dans une forêt, où les choses elles-mêmes… parce qu’il y a énormément de choses qui travaillent, amènent à l’équilibre, il y a quelque chose en nous, et c’est la grande idée du tao, c’est-à-dire au fond il faut laisser faire, il faut être en harmonie avec ces forces là, parce qu’elles travaillent pour nous. Tu vois ? Et donc c’est l’inverse de « Je veux y arriver, je suis capable, je suis un être positif, je suis plein de positivité », c’est l’inverse de ça. Non, non, non, non, c’est-à-dire moi j’efface un peu tout ce que je… toutes mes convictions, etc, et il y a quelque chose que je laisse faire, je suis à l’écoute. Donc ce n’est pas « je ne fais rien et j’attends que tout arrive », ce n’est pas du tout ça, c’est j’essaie de me mettre au diapason de quelque chose qui est encore très mystérieux, cette espèce de puissante organisation qui fait que comme s’il y avait quelque chose qui fait que quelque chose doit exister, et elles vont exister si on surfe dessus.

David Laroche: Est-ce que tu penses qu’on peut adhérer à ça sans… Donc ça c’est une dimension qu’on retrouve beaucoup dans ce qui est spirituel, et il y a des personnes qui déjà dès qu’on parle du mot spirituel déjà disent « non, c’est pas pour moi, ça me… »

Hubert Mansion : Oui mais regarde, je vais dire un truc, quelqu’un qui regarde les étoiles, le soir, la nuit, qui se couche par terre et qui regarde les étoiles, il vit quelque chose qui s’appelle la spiritualité, c’est ça la spiritualité.

David Laroche: Donc oui ma question c’est comment toucher des gens à qui dès qu’on dit « spiritualité » se ferment à cette idée qu’effectivement, il y a quelque chose qui se passe, qui nous dépasse et qui peut nous aider à amener ce qu’on a à réaliser.

Hubert Mansion : Ben moi je te dirais que personnellement, le mot « spiritualité », moi je ne tiens pas particulièrement à ce que les gens s’agenouillent quand on dit le mot spiritualité, parce qu’il y a aussi beaucoup de manipulation là-dedans, il y a aussi beaucoup de gens qui racontent n’importe quoi, et c’est pas parce que quelqu’un fait de la méditation et qui a un bâton dansant une heure par jour qu’il est un grand spirituel, c’est ce que ça veut dire dans l’action du monde, la spiritualité pour moi…

David Laroche: Alors la voie du tao, je me souviens plus exactement les mots, est-ce que la voie du tao c’est pas justement d’arriver à mourir en laissant quelque chose pour le monde ?

Hubert Mansion : Ah oui, oui, oui, bien entendu, mais tu as aussi des taoïstes, qui étaient de très grand maîtres taoïstes et qui eux avait exactement l’inverse comme pensée, c’est-à-dire je ne laisse aucune trace. Aucune trace de mon passage. Tu vois, donc le taoïsme c’est un mot qui recouvre énormément de pratiques différentes. Bon, il y a le taoïsme de l’alimentation, il y a même le taoïsme du management, donc il y a plein d’écoles différentes. Mais la spiritualité pour moi, c’est simplement de se rendre compte que l’être humain est une entité dans un cosmos, c’est ça que ça veut dire. C’est aussi simple que ça. Qu’il est en relation avec énormément de choses, visibles et invisibles. Par exemple regarde nous ici notre vue, elle est extrêmes limités, nos sens sont très limités, mais c’est pas pour ça que le monde lui-même est limité. Il y a quelque chose qui est là et que chacun doit découvrir en soi, oui.

David Laroche: Alors j’ai deux dernières questions. Tu as parlé d’image tout à l’heure, on est influencé dans le monde par des images qui sont presque parfaites et qui nous font fantasmer à la télé et il y a une vrai question, quand on fait une interview ou quand on va présenter sur scène, dans quelle mesure justement je… on va avoir des visions extrêmes, dans quelle mesure par exemple ça va être important que je sois présentable, je vais me maquiller, je vais me coiffer, je vais… Et donc peut-être perpétuer ce système en fait. Et à l’inverse de me dire, « mince, si je le fais pas, quelque part je vais perdre par rapport à ce que peuvent faire mes collègues », c’est-à-dire me dire « tiens, je vais aller à la télé mais refuser d’être maquillé par exemple », comment se positionner par rapport à… Comment se libérer de l’importance et du poids de l’image ?

Hubert Mansion : Ben d’abord je crois que le fait de comprendre ce qu’est une image. Parce que pour moi le maquillage et l’image ne sont pas tout à fait la même chose. Par exemple en télévision, quelqu’un qui n’est pas maquillé en télévision va avoir le teint blafard à cause de la technique de la télévision. Donc moi je trouve ça tout à fait normal que les femmes se maquillent, que les gens qui passent à la télévision se maquillent, moi je ne vois pas du tout le problème. Parce que ça fait partie des besoins techniques. De même qu’on va s’habiller plus ou moins correctement quand on rencontre quelqu’un, la vérité, ce n’est pas la nature. Je veux dire ce n’est pas parce que je me montre tout nu que je suis plus vrai que quelqu’un qui est habillé, ça c’est pas vrai. La culture ça créée aussi la vérité. Maintenant je crois qu’il faut que tout le monde s’analyse lui-même quand il voit une image pour voir ce qui marche, pour voir pourquoi ça marche. C’est-à-dire que tu es en train d’attendre le bus et tu vois une fille en bikini, au soleil de Tahiti, qu’est-ce ça te fait, qu’est-ce que ça nous fait, c’est très important de se poser ces questions-là. Parce que le but, on veut nous faire rentrer dans l’image, c’est ça le but de l’image, c’est qu’on montre quelque chose qui nous fait envie donc on voudrait nous faire faire le pas pour y entrer et pour y entrer il faut acheter un ticket d’entrée, qui est une crème bronzante, qui est un billet d’avion, qui est quelque chose comme ça. Donc il faut développer complètement ce système critique. Mais maintenant, effectivement, la question que tu poses elle est très bonne, parce que comment est-ce que je fais pour ne pas me transformer moi-même en image ? Alors, est-ce qu’une icône est une image ? Par exemple le fait qu’on dise de toi, David c’est un motivateur, est-ce que c’est la vérité ? Bien sûr que non ce n’est pas la vérité. C’est une étiquette. Tu es un motivateur, et il y a plein d’autres choses que tu fais aussi. Le grand problème, c’est que nous fonctionnons tous par étiquettes. Nous mettons tous des étiquettes sur tout, sur tout le monde, tout le temps, tout le temps, tout le temps. Donc aujourd’hui, la question qui se pose, ce n’est pas « est-ce que j’ai une étiquette ou est-ce que je n’ai pas une étiquette ? » parce que de toute façon nous en avons tous une, c’est est-ce que c’est moi qui est écrit ce qui est sur l’étiquette ou est-ce que ce sont les autres ? Et la communication, c’est simplement le fait de dire « non, c’est moi qui vais écrire ce qui a sur l’étiquette ». Est-ce que ça va être la vérité ? Bien sûr que non ça ne va pas être la vérité. Mais parce que la vérité est incompressible, la vérité d’un être humain, tu ne peux pas la dire en un mot, mais tu ne peux pas la dire en mille volumes non plus. Il y aura toujours des volumes supplémentaires parce que l’identité de quelqu’un, c’est quelque chose qui évolue tout le temps. Donc on ne peut pas définir la vérité de quelqu’un, c’est impossible, mais il faut… Il est absolument nécessaire d’avoir étiquette parce que de toute façon tout le monde les met, je me ballade dans la rue, je vais me dire « ah, lui c’est un petit gros », « celle-là c’est une grande blonde », « celui-là c’est un handicapé », ce sont des étiquettes ! Ce sont des étiquettes, mais il faut écrire soi-même ce qu’il y a sur notre étiquette pour maîtriser sa communication. C’est sûr qu’il faut faire ça.

David Laroche: Cool. Alors du coup ma dernière question, je parlais tout à l’heure de ma fondation pour les jeunes, on a parlé déjà pas mal des jeunes, donc ça sera peut-être des choses qu’on a déjà dites, qu’est-ce que tu aimerais dire directement au jeunes, et tu peux peut-être t’adresser directement aux caméras pour t’adresser à eux. Qu’est-ce que tu aimerais dire aux jeunes qui ont un rêve, un projet ou…

Hubert Mansion : Une seule chose. Je voudrais leur dire : qu’est-ce que vous vouliez faire avant qu’on vous dise que c’était impossible ? C’est ça la question. Et moi je pense qu’il faut qu’on écrive ça quelque part : qu’est-ce que je voulais faire avant qu’on me dise, ou que je me dise moi-même, que c’était impossible ? Parce qu’il y a une hypothèse, une hypothèse. Je ne dis pas que c’est vrai, je ne prêche pas, chacun croit ce qu’il veut, mais il y a une hypothèse parmi d’autres. L’hypothèse c’est qu’il n’y a pas de hasard, et qu’un être humain qui arrive à n’importe quelle place, il a une mission, qui peut être une petite mission, une grande mission, une moyenne mission. Mais il est envoyé en mission. Il est envoyé en mission, mais il ne le sait pas. Et il entre dans une organisation, c’est-à-dire la société où tout le monde lui dit « tu dois faire ça, tu dois aller dans cette case-là, tu dois faire ça… » Et il en oublie cette mission. Mais supposons donc qu’il y en ait une, mais moi j’y crois, je crois… je fais beaucoup de conférences et je vais te dire quelle question que je pose toujours, et jamais personne ne m’a répondu négativement à cette question, qui pourtant est une question incroyable, c’est celle-ci : est-ce que vous n’avez pas l’impression qui a quelqu’un à l’intérieur de vous qui essaie de sortir ? Tout le monde me dit toujours « oui ». C’est quand même incroyable, nous avons tous l’impression qui a quelqu’un en nous qui veut s’exprimer, qui veut sortir, mais il sort la tête un peu et puis hop, il se renferme. Il dit quelque chose, et puis il ne le dit plus. Il sort par intermittence comme un lapin à l’ouverture de la chasse. Mais si on laissait sortir cette personne, c’est-à-dire si le besoin d’accomplissement dépassait le besoin d’approbation, de non jugement, du regard des autres, etc. Moi ce n’est pas une question que je crois à ça, je sais que c’est ça. Pour moi. Mais pour beaucoup d’autres aussi. Mais moi je sais que c’est ça. Et je voudrais faire, j’essaie de faire le maximum par beaucoup de moyens, comme Socrate disait, tu comprends, c’est socratique, c’est que les gens puissent accoucher d’eux-mêmes. Accoucher d’eux-mêmes plutôt que d’obéir à des robots, accoucher de soi-même. C’est ça la seule chose qui est importante ! Parce qu’après… Après on vit, après on vit ! Avant on ne vit. Donc c’est ça qu’il faut… Et quand on est jeune, je crois que c’est plus facile. Parce que moi je me souviens quand j’étais jeune, je savais très bien dans quelle direction je voulais aller. C’est après que j’ai commencé parfois à changer de direction mais plus le temps a passé et plus je suis revenu à la direction de mes 17 ans. Tu vois, de mes 15, 16, 17 ans. C’est un âge important 17 ans des fois.

David Laroche: Justement, quand on intervient, on intervient pour des 15 à 25 ans en fonction des cas et je pose la question, des fois en individuel, des fois dans le groupe, « est-ce que tu as un rêve, est-ce que tu as un projet, est-ce qu’il y a quelque chose qui te plaît, qu’est-ce qui t’anime ? » et alors du coup, peut-être que maintenant ça a encore réduit l’âge où on leur fait perdre un peu leurs inspirations, mais globalement, j’entends souvent « j’en sais rien ».

Hubert Mansion : David, pourquoi ? Parce que, moi j’ai déjà posé cette question-là, et je leur ai dit « comment se fait-il, à votre âge, que vous n’ayez pas de rêves ? » Et tu sais ce qu’ils me répondent ? Ce qu’ils m’ont répondu partout, en Belgique, en France et au Canada, ils me disent « mais… Comment voulez-vous qu’on ait une seule chance ? Nous voyons des gens qui sont beaux, qui sont musclés, qui ont plein d’argent, des filles qui ont des gros seins, qui sont ceci… Nous n’avons aucune chance quand nous nous comparons ! » Et je leur dis « mais vous vous rendez pas compte que vous vous comparez à des fantômes ? A des gens qui n’existent pas ? Moi je les connais les stars du show business, vous les reconnaitriez même pas si vous les voyiez en réalité. » L’image, l’image est devenu une animation terrible et à cause de ça les gens se disent « de toute façon c’est impossible ».

David Laroche: Donc autant rien faire.

Hubert Mansion : Donc autant rien faire. Et ceux qui disent qu’ils ne peuvent plus rien changer au monde, ce sont des gens qui eux-mêmes ont beaucoup changé. Parce que je connais personne, que quand il est petit qui croit qu’il ne peut pas changer les choses. Ce sont des gens qui sont devenus ce qui nous menace tous : ils sont devenus des êtres humains domestiqués.

David Laroche: Alors justement, imaginons que là on peut agir directement pour les jeunes, donc ils disent « j’ai pas de rêve », on va leur dire ça comment, comment on va les accompagner, les aider à trouver, ou à retrouver plutôt ce qu’il y a au fond d’eux et que peut-être ils s’interdisent tellement bien que peut-être ça sort même plus ?

Hubert Mansion : En plus comme tu le disais tout à l’heure, quand tu leur demande ça en groupe, j’ai fait l’expérience aussi, ils n’osent pas le dire en groupe. Parce que regarde, on parlait tout à l’heure de l’esprit critique, quelqu’un qui dit « eh bien moi j’aimerais bien être gardien de parc au Canada »…

David Laroche: Ils rigolent…

Hubert Mansion : Tout le monde va dire « bha oui, c’est ça et moi… »

David Laroche: Ils rigolent souvent, quand il y en a un qui ose, j’en ai toujours un qui ose, et il vient se mettre devant tout le monde et là le réflexe de base, peu importe ce qu’il dit, c’est que les autres rigolent.

Hubert Mansion : Mais rien n’est plus con qu’un groupe. Il n’y a rien de plus con d’un groupe. Les individus sont très intéressants mais ensemble, subitement ça devient complètement con.

David Laroche: Mais c’est marrant, parce que quand je leur demande « pourquoi vous rigolez ? Est-ce que vous vous êtes demandé comment lui il peut le vivre ? Est-ce que vous aimeriez qu’on rigole pour vos rêves ? » Et là d’un coup je vois que ça commence à les faire réfléchir, qu’ils se retrouvent très intelligents pour des questions individuelles comme ça. Simplement j’ai peu de temps à chaque fois avec eux. Je vais avoir une heure, je vais avoir deux heures, et il y en a toujours qui vont venir me voir après, qui vont regarder mes vidéos, qui vont explorer des trucs, qui vont des fois me dire « moi j’ai un rêves, mes parents me disent que c’est pas possible », mais c’est 20% au maximum, et je suis content quand j’en ai 20% qui réagissent comme ça, mais j’en ai quand même 80% qui sont parfois très intéressés par la conférence, et qui nous disent « nan, mais en fait David, je vois pas… J’ai entendu que c’était important d’avoir un objectif, j’ai entendu que c’était important d’avoir des rêves, j’ai entendu que ça m’aiderait, que c’est important de me connecter à ma passion, mais je vois pas en fait. »

Hubert Mansion : Ben tu vois, c’est terrible, c’est terrible. Ça veut dire qu’ils ont tellement ingéré en eux-mêmes, intégré le sens critique des autres par rapport à eux qu’ils n’osent même plus, ça ne sort même plus.

David Laroche: En individuel j’entends. Même en individuel ils ne savent pas ce qu’ils…

Hubert Mansion : Oui, absolument ! Ce n’est pas de l’hypocrisie. C’est que c’est coupé à la source. Dès qu’il y a un tout petit truc qui sort, immédiatement ils critiquent en disant « ben c’est des voix intérieures », tu vois, c’est pour ça que je parlais tout à l’heure du monde intérieur. Il faut donner aux gens des techniques par rapport à ces voix intérieures. Comment est-ce qu’on fait pour ne plus les entendre ? Comment est-ce qu’on fait pour qu’elles ne dominent plus toute une vie ? C’est très important de faire ça. Et moi je regrette beaucoup que l’intériorité humaine ait été capturée par les psychologues. Parce qu’il y a plein de problèmes que nous avons à l’intérieur qui ne sont pas du ressort des psychologues. Par exemple, quelle est la différence entre une impression et une intuition ? C’est un problème auquel nous faisons tous face, et aucun psychologue ne peut répondre à cette question. Parce que ce n’est pas un problème psychologique. Ça s’appelle être humain, ça. Et tout ce fonctionnement de la machine humaine… Il y a soi-disant des grands spécialistes qui en parlent, mais il ne faut pas que ce soit des spécialistes. Et donc les gens qui sont dans cette situation-là, qui ont carrément coupé tous les tuyaux à l’intérieur, parce qu’ils ont peur que ça jaillissent, parce qu’immédiatement, ils vont se rendre compte que c’est impossible…. Ce qu’il faut faire, je sais que c’est facile à dire, la seule chose à faire, à mon avis, on en revient toujours à mon histoire, c’est qu’il faut les retirer complètement de leur milieu, les mettre dans un environnement puissant, et là je peux te dire que…

David Laroche: Ça sort.

Hubert Mansion : Ça sort et ça va sortir mal, parce qu’au début ils vont vomir, ils vont pleurer, ils vont être désespérés, ils vont vouloir se suicider ou tout ce que tu veux, mais il y a un moment donné ils vont retrouver une paix à l’intérieur et il y a, c’est ce que disent les taoïstes, on ne peut voir le fond d’un lac que si la surface est calme. Quand il y a une tempête au-dessus, c’est impossible de voir ce qu’il y a en dessous. Et aujourd’hui, les êtres humains, à cause de l’état chaotique dans lequel on les a placé, ne peuvent plus voir ce qu’il y a à l’intérieur d’eux donc c’est pas quand on aura vu ce qu’il y a à l’intérieur de soi, alors on va retrouver la paix, c’est pas ça. C’est quand on aura trouvé la paix alors on va pouvoir voir à l’intérieur de soi. Et la paix c’est des choses très simples, c’est se trouver soi, se déconnecter de tous les autres et ça devient un acte héroïque. Et il faut sortir du système pendant une semaine, pendant quelques jours, on peut le faire dans sa chambre, on peut le faire dans une autre partie… de l’autre côté du monde, mais c’est très important à faire.

David Laroche: Okay et donc dernière question dans cette même idée. On a un projet qui sera pour plus tard dans la fondation, qui est de construire une école d’un an, donc en France on finit le bac à 18 ans, ce serait en gros une école préparatoire à la vie, on pourrait dire comme ça, d’un an où l’idée ça serait alors d’accompagner justement, ou réaccompagner ces jeunes et idéalement, dans ces un an, qu’est-ce qu’on pourrait faire ? Imaginons qu’on construise le programme ensemble, dans ces un an, on a un an avec le jeune, qui sort d’un système scolaire tel qu’il est aujourd’hui, comment on pourrait faire pour au milieu lui faire désapprendre certaines choses et réapprendre d’autres choses ?

Hubert Mansion : Je pense que la première chose qu’il faudrait faire c’est une grande opération de destruction. Une grande opération de destruction. La destruction de tout, absolument tout. C’est-à-dire toutes les croyances. C’est-à-dire en partant de l’hypothèse que tout ce que nous croyons est une croyance. Donc elle est peut-être fausse.

David Laroche: Donc déjà les éduquer au fait de tout remettre en question ?

Hubert Mansion : Ah oui, oui, oui, absolument. A tout remettre en question.

David Laroche: A commencer par ce qu’on leur dit.

Hubert Mansion : Tout ! Ah oui, à commencer par ce qu’on leur dit. Tout vérifier. Chaque fois qu’on vous dit quelque chose, vérifiez si c’est vrai. Vérifiez-le pour vous, ça c’est la première chose, vérifiez-le. C’est une entreprise de destruction qui n’est pas facile à faire, qui est dure à faire et d’ailleurs c’est ce qui arrive… Tu sais, généralement, il y a un grand psychanalyste que tu connais qui s’appelle Jung, Jung disait que nous avons tous notre part d’ombre, c’est-à-dire la chose qui est en nous et que nous ne voulons pas mettre au soleil parce que nous avons peur du jugement des autres, etc. Et que cette part d’ombre, dans la quarantaine généralement, elle commence à ressurgir. Et si tu regardes la vie des gens autour de toi, tu vas souvent voir qu’autour de la quarantaine, il y a un phénomène de destruction qui arrive pour beaucoup. C’est un divorce, une séparation, une faillite, le chômage, etc. Et quand on est dans cette période-là, je suis passé par là, effectivement la part d’ombre et tout ce qu’on aurait voulu devenir et qu’on ne pouvait pas, elle ressort et on commence à détruire en soi toutes les illusions qu’on avait les années avant. Donc tu vas pouvoir faire ce travail avant ces grandes épreuves qui attendent à peu près tout le monde dans la quarantaine, ça serait vraiment bien de pouvoir le faire à la base. Moi, je crois que quand tout est détruit, ce qu’il faut essayer de bâtir après c’est de l’équilibre. C’est de l’équilibre, tu vois. Moi je ne crois pas aux techniques, etc, je crois qu’elles sont bonnes ces techniques-là, mais pas au détriment de l’équilibre humain, tu vois. Parce que j’y reviens, ce qu’il faut encore c’est l’équilibre intérieur, c’est l’intérieur qui finit toujours par gagner. Donc il faut soigner l’intérieur. Et je regrette beaucoup que dans les écoles, ben forcément puisque les enseignants dans les écoles sont des gens qui n’ont jamais rien vécu, ils ont suivi quelques cours pour devenir prof, ils ont été toute leur vie à l’école, ils vont un an à l’extérieur et ils reviennent prof. Qu’est-ce qu’ils peuvent apprendre de la vie à des enfants ? Je me le demande. Mais ce qu’il faudrait apprendre aux enfants, c’est justement ça tu vois…

David Laroche: Ça veut dire par exemple, je reprends toujours l’exemple de cette école d’un an, que les professeurs, les accompagnants ne soient que des personnes qui ont une expérience de vie…

Hubert Mansion : C’est sûr… Des gens qui ont une expérience de vie, qui sont passé par de grosses épreuves, qui ont réussi sur le plan matériel, c’est très important, parce que tu as beaucoup de grands enseignants se sont complètement ratés sur le plan matériel, c’est un problème parce qu’on doit quand même vivre dans un monde matériel, qui ont réussi sur le plan psychologique, c’est-à-dire qui ne sont pas déséquilibrés, des gens adaptés autant qu’on peut l’être, qui ont réussi sur un plan spirituel, c’est-à-dire qui ne sont pas des illuminés qui ne viennent pas te sortir des trucs complètement invraisemblables. Et tu vois, il faudrait des critères comme ça avant de prendre la responsabilité d’aider les autres. Parce que sinon on ne fait que les contaminer de ta propre croyance.

David Laroche: Oui, bon, ça me parait bien.

Hubert Mansion : Y a du boulot.

David Laroche: Oui, y a du boulot, c’est ça qui est marrant, parce qu’on va pouvoir construire quelque chose de sympa.

Hubert Mansion : D’ailleurs, on pourrait peut-être même le faire pour des enfants en encore plus bas-âge.

David Laroche: Parce qu’après c’est plus compliqué, après il y a les parents à convaincre différemment.

Hubert Mansion : Les croyances des parents !

David Laroche: Du système, et puis quand on touche aux enfants. On a remarqué que déjà 18 ans, c’est un défi si on y arrive de faire ça, mais dès qu’on commence à descendre, ça devient… Encore plus de dogmes, encore plus… Donc déjà on va réaliser le défi à 18 ans et je pense qu’à partir du moment où les jeunes se transforment, ça sera la plus belle preuve pour commencer à descendre dans les âges.

Hubert Mansion : Ouais. Et tu sais, un exercice que j’ai fait faire dernièrement, que les gens peuvent faire chez eux, qui ne coutent rien du tout, c’est un exercice d’un américain que je trouvais… pas marrant, mais assez fort, c’est, à propos de la mission dans la vie, à 18 ans c’est une question à se poser, de se lancer à fond c’est d’écrire sur une feuille de papier c’est que la mission dans la vie c’est d’écrire 1), 2)… Et tu t’arrêtes uniquement quand tu pleures.

David Laroche: Ce qui peut être long. Pour certains. Surtout au début.

Hubert Mansion : C’est encore une fois tout le temps la même chose, c’est accoucher de soi. C’est tout le temps ça.

David Laroche: Ça me parait être une belle fin. Merci à toi.

1 Commentaire

  1. Lucie humbert

    Un grand merci pour cette interview qui m’a tenue en haleine jusqu’à la fin. Tout ce que vous échangé raisonne profondément et c’est une belle piqure de rappel quand on fait un travail sur soi pour réaliser ses rêves et qu’on se rend compte que finalement on écoute peut être pas encore vraiment l’enfant intérieur qui croyait que tout était possible.
    Je découvre aussi ton beau projet d’école et comme Hubert Mansion je trouve que ce genre d’école devrait être accessibles dès le plus jeune âge. Là où tu n’aurais pas à déconstruire mais juste à laisser croître. Pour avoir créé une école différente je suis consciente que le travail de convaincre les parents peut sembler énorme mais comme tu nous le partage si bien : tu ne sais pas si cest possible alors pourquoi ne pas faire comme si ça l’était ?
    Alors moi maman de deux petites filles je te demande où sera cette école, je les inscrits d’office ?

    Merci encore, je vais de ce pas faire l’exercice proposé à la fin jusqu’à en pleurer.

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