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L’échec qui révéla LE CHAMPION en lui ! – Serge Betsen (interview)

– Serge Betsen : « J’ai envie d’être meilleur à mon poste, je détestais perdre comme athlète. Je n’aime pas perdre. »

Je rentre un quart d’heure de la fin au bout d’une minute trente, je prends un carton jaune. On perd le match, l’entraîneur Bernard Laporte dit : « Serge Betsen ne jouera plus à l’équipe de France. »

J’ai vécu un moment difficile, j’ai voulu arrêter le rugby et c’est vrai qu’en tant qu’athlète j’ai toujours regardé les choses de manière positive et constructive pour me donner un maximum de chance de gagner.

J’ai quitté le Cameroun à l’âge de 9 ans pour arriver en France. De 9 à 12 ans, j’ai découvert le rugby, je commence à jouer au rugby, pas loin d’ici en région parisienne Clichy-la-Garenne. En 91, quand j’ai quitté Clichy pour aller à Biarritz, l’année suivante, le Biarritz olympique arrive en finale de championnat de France. À l’époque, j’étais junior, donc je ne jouais pas en première. Biarritz perd la finale, je me suis dit, c’est ça que je veux faire. Je veux vivre ces moments-là, je veux gagner ce bouclier Brennus. Et c’est comme ça que le rêve, quelque part, a continué. J’avais envie de continuer à cultiver le placage qui était ma leçon première et d’être le meilleur dans ça.

À partir de ce jour-là, je me suis dit : « Je vais tout faire pour être le meilleur et pour amener un jour mon club à gagner. » Vous savez combien de temps ça m’a pris ? 10 ans. 10 ans, pour arriver à soulever le bouclier Brennus.
Vous pensez que c’est long ? Oui, c’est très long, c’est très très long. Aujourd’hui, on ne me parle que de ça maintenant. On me parle de ce que j’ai fait comme réussite, mais le temps…

– David Laroche : Ça, je suis super content que tu parles de ça, parce qu’encore une fois, les gens vont admirer la personne pour le moment où ils portent le trophée. J’avais vu comme ça, une vidéo de Kobe Bryant, et il disait : « Les gens sont trop addicts à la victoire et pas assez au processus. Pas assez à l’entraînement quotidien et pas assez à la remise en question. » Parce que si tu n’apprécies pas autant quelque part ces 10 ans à travailler sur toi, à te remettre en question et que tu veux que la victoire, et 10 ans, on veut devenir atroce.

– Serge Betsen : Ma première sélection, c’est en 97 et il m’a fallu 3 ans pour revenir en équipe de France et c’était forcément mon rêve d’y arriver. Quand j’étais sélectionné en 97, j’étais sélectionné parce que je faisais de belles performances dans mon club. Je suis sélectionné par le mérite, mais on ne m’explique pas pourquoi. On ne me dit pas : « Serge, tu es bon dans ça, tu es bon dans ça. » On me sélectionne. Je passe des moments difficiles après parce que je ne sais pas pourquoi je ne suis plus re-sélectionné.

Donc, ça a duré 3 ans. 3 ans, c’est l’enfer. J’ai fait les mêmes choses que j’ai faites avant d’être sélectionné et je ne suis pas sélectionné. Donc, qu’est-ce qui se passe ? Et donc, 3 ans pour revenir en équipe de France.
2000, je suis sélectionné. France-Angleterre, stade de France, l’émotion est au comble. J’ai l’occasion, l’opportunité de montrer tout ce que j’ai appris pendant ces trois années. Et il arrive ce qu’il arriva, un rendez-vous que je complique, un rendez-vous que je ne mets pas au bénéfice de ce que j’ai appris.
J’étais remplaçant, je rentre un quart d’heure de la fin, le match est un peu compliqué. Au bout de 1 minute 30, je prends un carton jaune, donc je pénalise mon équipe, je sors, on perd le match. L’entraîneur Bernard Laporte que vous connaissez, pour certains, a des réactions assez fortes. Il dit à la conférence de presse : « Serge Betsen ne jouera plus en équipe de France, tant que je serai entraîneur. »

Je suis dans toutes les émotions possibles, je me dis que ma carrière est finie. Je me dis que je ne jouerai plus à l’équipe de France, mon rêve s’est arrêté.

– David Laroche : En l’an 2000, tu as Bernard Laporte qui te dit en gros : « Ton rêve, c’est fini. » Tu as tes amis qui te disent : « Ah ! mais c’est lui le problème. » Qu’est-ce qu’il se passe en toi pour dire : « Je vais aller jusqu’au bout. » ?

– Serge Betsen : J’aurais pu effectivement me dire : « Je suis sélectionné, c’est ma deuxième sélection, j’étais international, c’est super. » Mais j’avais envie de plus, j’avais envie d’être titulaire et d’être incontournable.
Donc, c’étaient les mots qui étaient assez forts pour me dire que les « 1 minute 30 », ce n’est pas assez. J’ai cette lucidité de me dire : « Mais en fait, il a raison l’entraîneur, il a raison parce que j’ai pénalisé mon équipe, je n’ai pas fait ce qu’il fallait. »

Je prends conscience qu’il faut que je change beaucoup de choses de mon parcours, dans ma vie, dans ma façon d’être. Et c’est vrai que j’ai découvert la préparation mentale à ce moment-là. Le travail que j’ai fait pendant 2 ans, et le match dont on rappelle encore aujourd’hui l’importance, j’ai réussi à sortir du match le meilleur joueur au monde parce que j’avais mis en place une stratégie pour l’arrêter. C’est la première fois que Jonny Wilkinson a été déstabilisé de sa carrière.

« Jonny Wilkinson ne retiendra qu’une image celle de serge Betsen, arrivant droit sur lui. »

C’est une énorme fierté parce que je suis allé au bout de moi, je suis allé au bout de mes rêves et l’équipe de France a gagné le premier Grand Chelem Destination.

J’ai, pour moi, été le premier joueur, peut-être, à apprendre en dehors du club, à faire des choses qui m’ont permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Le leadership, c’est de sortir du cadre. Et c’est vrai que j’y suis beaucoup sorti du cadre en tant que joueur. J’étais allé voir des préparateurs mentales, j’étais allé voir des sophrologues, j’étais allé voir des « physios » qui m’ont amené à connaître mon corps, à comprendre mon corps. Et l’écoute de son corps est importante, l’écoute de savoir « qui on est », est important. Se poser les questions, continuer à se poser des questions tout le temps est important. Et j’ai cultivé cet aspect-là parce que le sport, le rugby je ne le connaissais pas, j’ai découvert par hasard et j’avais envie de comprendre pour mieux m’approprier les choses. Dans un club de rugby, les gens sont là pour transmettre la passion et ils me l’ont transmise, mais vous ne savez pas quelle puissance… Tellement, ils étaient généreux d’être là pour moi. Et c’est ça qui est important.

Les gens qui sont autour de vous vous apportent. Je ne pense pas avoir eu la science infuse, mais j’étais beaucoup à l’écoute de tous mes collaborateurs, « copains de jeux » et à chaque fois j’étais curieux de savoir qui ils étaient ? Qu’est-ce qu’ils ont appris ? Qu’est-ce que le rugby leur a apporté ? Tout simplement, ce qu’explique David aujourd’hui dans ce qu’il fait, c’est la curiosité de l’autre qui m’enrichit.

Deux ans avant ce match, on a pris une déculottée au stade de France. C’est un des matchs où je me suis dit pour la première fois à la mi-temps : « Quand est-ce que l’arbitre va arrêter le match, tellement, je n’avais pas de solution. » J’ai vécu un moment difficile, j’ai voulu arrêter le rugby parce que je n’avais pas de solution. Ma mère qui habite pas loin du stade de France, je rentre chez elle et j’ai pleuré. Et elle me dit pour m’encourager, pour me donner de la force, elle me dit : « Mais, vous ne pouvez rien faire contre le haka, ils vous jettent des sorts ». Non, ils ne nous jettent pas des sorts, on est là et on attend que ça se passe et… on attend que ça se passe et derrière on joue notre match de rugby en fait.

Deux ans après, donc on fait la Coupe du Monde 2007 en France, et on savait qu’on allait jouer les All Blacks. Je me suis projeté comme pour l’exemple de 2002, il faut se rappeler des erreurs pour l’échanger. Il faut pouvoir changer l’idée de David et c’est important de changer la façon de penser. C’est se déconnecter pour se reconnecter avec du positif. Et c’est vrai qu’en tant qu’athlète, j’ai toujours regardé les choses de manière positive et constructive pour me donner le maximum de chance de gagner, même si je n’ai pas gagné à chaque fois, j’ai toujours appris des leçons de ce que j’ai fait pour pouvoir encore être meilleur. Et donc je me rappelle de cette conversation d’intelligence émotionnelle de ma mère, et c’est de là qu’est venu le processus de me dire : « Il faut qu’on fasse quelque chose pour se préparer au match. »

« On va voir quelle sorte de Haka vont exécuté les blacks face à une équipe de France qui se rapproche qui va quasiment au contact des joueurs néo zélandais ».

La réponse qu’on a faite au Haka est une réponse qui vient de l’idée que pour se dépasser, il faut pouvoir être uni, pour se dépasser, il faut pouvoir créer de l’émotion pour que collectivement on puisse renverser des montagnes. C’est le moment le plus émouvant de ma carrière parce que chacun d’entre nous, on a trouvé, on a cherché et on a travaillé… c’est la première fois qu’on a préparé un match comme jamais on ne l’a préparé.

Vous regardez les matchs à la télévision, vous dîtes : « Ils se rentrent dedans, ils jouent… « , mais derrière, il y a une part émotionnelle assez forte de préparation, en fait. Et c’est vrai qu’en tant qu’athlète, j’ai cultivé cette partie émotionnelle pour arriver avec les frustrations de ce carton jaune, avec la façon dont je jouais, il fallait que je sois à 300 % émotionnellement pour faire ce que je faisais sur le terrain. Et ça, c’est un travail de préparation qui fait au quotidien et je vous invite à réfléchir sur vous, sur votre façon de faire, de processer les choses, pour vous dire : « Qu’est-ce que je peux faire pour aller encore plus loin dans ce que je fais ? »

C’est important de se dire : « J’ai un merveilleux potentiel, mon ADN c’est mon corps, c’est mon cerveau. Qu’est-ce que je peux lui donner pour pouvoir encore aller plus loin dans ce que je fais ? » Et donc, on a préparé cet évènement avec l’objectif qu’on ne va pas se laisser faire, et il fallait avoir un objectif clair. Et pour moi, c’était clair qu’il fallait respecter le Haka parce que ça fait partie du patrimoine de mon sport, mais il fallait montrer notre détermination et notre volonté collective « Ne pas se laisser faire. »

– David Laroche : Moi, je trouve ça tellement riche pour tout le monde dans cette salle. La réflexion de se dire : « Je vais transformer ma difficulté en opportunité. » Ce qui paraît être mon plus gros obstacle, je peux le transformer pour moi. Il aurait pu quand même avoir une conversation juste en mode : « On va détruire le Haka. » Regardez ce que je trouve vraiment beau là-dedans c’est qu’ils sont capables d’avoir cette réflexion : « Comment on transforme le haka en avantage pour nous ? » Mais en même temps, c’est un patrimoine de notre sport, on peut le respecter. Et que c’est vrai qu’il y a une nuance là-dedans. On va le transformer à notre avantage, mais je ne suis pas obligé de détruire l’autre non plus. Je peux prendre mon pouvoir, je ne suis pas obligé de détruire l’autre.

Quel est votre haka aujourd’hui qui vous dérange ? Je n’ai pas envie qu’à la fin qu’on se dise juste : « Bravo, Serge ! » J’ai envie qu’on se dise : « Tiens, qu’est-ce qu’on a à apprendre de Serge, chacun ? Qu’est-ce que je peux faire, de ma manière de respirer, de le regarder, d’être avec moi-même pour que ça ne soit plus un problème ? Où est-ce qu’il est votre haka et qu’est-ce qu’on peut en faire ?

– Serge Betsen : J’ai grandi avec une mère qui a eu 7 enfants dont je suis le dernier et qui a sacrifié sa vie pour ses enfants, qui a mis de côté sa vie de femme pour ses enfants, pour sa famille. Et c’est vrai que cette dame ne parlait pas, agissait, faisait des choses pour nous et je ne sais pas pourquoi j’ai toujours vu en tant qu’enfant, le besoin de l’aider parce que sa vie n’était pas facile.
Je pense que c’est un peu ma mère qui m’a apporté cette lumière de pouvoir me dire que tout est possible en fait. Parce que pour moi, c’est une super dame. Et de pouvoir, par la suite, effectivement, découvrir le club de rugby et que le rugby finalement mette des mots sur quelque chose que ma mère faisait en fait, c’est-à-dire, le partage, l’entraide, le soutien, être là pour ses enfants, ça a été puissant pour moi parce que j’ai mis des mots sur des choses que je ne pouvais pas verbaliser parce que ma mère ne parlait pas, mais faisait ce qu’il y avait à faire pour sa famille.

C’est pour ça que le rugby, pour moi, est un moyen assez fort pour, tout simplement, me découvrir, et je dis souvent que le rugby m’a fait découvrir mon caractère, m’a fait découvrir que j’aimais le sport d’équipe, m’a fait découvrir que j’aimais être challengé, m’a fait découvrir que j’adore échanger, j’adore partager, j’adore être dans le collectif pour le collectif, le sacrifice pour l’autre. Et toutes ces choses-là, c’est par le sport que je les ai découverts et c’est fort.

Et je pense que chacun d’entre vous, chacun d’entre nous, a en lui quelque chose qui est unique, qui ne sait pas encore, mais qui peut découvrir et ça passe par la connaissance de soi, la connaissance de qui on est, qui êtes-vous par rapport à vous, et pas par rapport aux autres. David le disait bien tout à l’heure : « Ce n’est pas les autres qui comptent, c’est vous par rapport à vous. » Et à chaque fois qu’il y a eu des difficultés dans le sport, effectivement avec cet incident de carton jaune, ce ne sont pas les autres, c’est que je me suis remis en question « moi », je me suis posé la question : est-ce que je peux y arriver ? Est-ce que je veux y retourner ? Est-ce que c’est ma route ou mon chemin ? Oui, c’est mon chemin, j’ai envie d’être le meilleur à mon poste pour gagner. Je détestais perdre comme athlète, je n’aime pas perdre. J’aime tout faire pour être le meilleur et donc, pour cela, il faut se donner les moyens.

-David Laroche : Comment on fait quand on est sacré, meilleur joueur français ou qu’on reçoit la légion d’honneur pour rester humble ?

– Serge Betsen : J’ai ma femme qui me remet les pieds sur terre

Je n’ai pas planifié d’être légionnaire et c’est vrai que …

– David Laroche : C’est quoi ça ?

– Serge Betsen : C’est les joies de la vie, c’est une récompense que je n’ai jamais imaginé avoir comme être capitaine. Je n’ai jamais imaginé à être Capitaine. La démonstration que j’ai eue à travers cette Légion d’honneur est une démonstration assez forte de « Qu’est-ce que je peux apporter à la société ? »

Depuis que j’ai arrêté de jouer au rugby, j’ai fait beaucoup de choses pour les autres. J’adore partager. Quand j’ai commencé à vouloir jouer au plus haut niveau, il a fallu faire un choix, soit les études quand le rugby est devenu professionnel en 95, soit faire le rugby. Et c’est vrai que j’ai toujours une forme de frustration d’inachevée de ne pas avoir fait des études, de ne pas finir mon cursus universitaire, c’est quelque chose qui me pèse aujourd’hui sur lequel on parle des limitations dans ces limites, c’est quelque chose qui…

– David Laroche : Ça je peux t’aider !

– Serge Betsen : C’est quelque chose que j’ai aujourd’hui, qu’effectivement… il faudra que tu m’aides David !

– David Laroche : Avec plaisir !

– Serge Betsen : Mon association s’appelle la « Serge Betsen Academy » et on aide des enfants défavorisés au Cameroun depuis 15 ans à avoir accès à l’éducation et à la santé, et on les initie au rugby. Oui, je suis né au Cameroun, j’ai quitté le Cameroun à l’âge de 9 ans pour arriver en France. C’est le rugby qui m’a fait retourner en Afrique, au Cameroun, parce qu’on m’a dit qu’il y avait du rugby là-bas et le rugby c’était ma passion, donc je voulais la transmettre.

Et finalement, quand j’y suis retourné et quand je me suis marié, je suis retourné à Yaoundé où j’ai grandi. J’ai eu la chance de reconnecter avec mon père 19 ans après et surtout, j’ai passé un moment fort, de relation adulte mère-père.
Un an plus tard, mon père est décédé et je me suis dit que j’ai eu la chance énorme de le voir avant qu’il parte.

À la raison de l’association, ce n’est pas le fait de la famille, c’est en fait, tout simplement, se connecter à qui on est, d’où on vient, comment on vit les choses et je dis toujours que j’ai eu une chance inouïe que ma mère ait sacrifié sa vie pour ses enfants. J’ai découvert que j’avais de l’or entre les mains, l’or de pouvoir vivre ma passion, l’opportunité de jouer au rugby et je me dis toujours qu’avec cette action, on va aider d’autres enfants à tout simplement découvrir qui ils sont et découvrir leurs rêves. Moi, mon rêve absolu était d’être champion de France, champion de rugby. Quand on rêve de quelque chose, on peut le réaliser. Si on arrive à le rêver, c’est qu’on peut le faire. Il ne faut pas que ça ne reste que des paroles, c’est : « Qu’est-ce qu’on fait au jour le jour pour y arriver. » Allez au bout de vos idées, allez au bout de vos envies, allez au bout de vos rêves.

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Si tu as envie d’aller plus loin, j’ai réalisé la vidéo qui s’appelle : Les cinq erreurs que la majorité d’entre nous font et qui va nous causer l’échec de nos projets, nos rêves et notre réussite.
Une seule de ces Cinq erreurs va t'empêcher littéralement de réussir et d’être pleinement heureux.
Clique le lien sur la description, va voir la vidéo. C’est un indispensable.
Je te dis à très vite. On avance ensemble. Cette année, c’est notre année.
C’est parti !

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