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Décides-tu vraiment pour qui tu votes ?

On a tous l’impression de faire notre propre choix lorsqu’on vote. Pourtant, quand on  étudie les biais cognitifs qui sous-tendent nos décisions, on s’aperçoit que nous sommes bien plus influencés qu’on ne le pense. Quatre biais cognitifs ont un impact important sur nos décisions en période électorale : La preuve sociale, l’effet de halo, le biais de confirmation, et l’effet Dunning Kruger.

Voyons un peu comment ces quatre biais agissent sur nous. 

vote decision biais cognitif

Dimanche 10 avril 2022 : les résultats du premier tour des présidentielles tombent.

  • Emmanuel Macron : 27,8%
  • Marine Le Pen : 23,1%
  • Jean Luc Mélenchon : 22%

A ce stade, tu es probablement convaincu(e) que ton choix a été fait de manière totalement consciente et mesurée. Lorsqu’on pose la question aux votants, tout le monde est convaincu que son choix ne dépend que de lui. 

Pourtant, de nombreux facteurs extérieurs influencent nos pensées et nos décisions lorsqu’il s’agit de mettre un bulletin dans une urne. 

Certaines recherches scientifiques viennent confirmer cela. En effet, les décisions qu’on prend sont fortement influencées par ce qu’on appelle les biais cognitifs

Ce sont les psychologues Amos Tversky et Daniel Kahneman qui, au début des années 70, ont développé cette théorie des biais cognitifs pour tenter d’expliquer les prises de décision irrationnelles dans le domaine économique. 

Les biais cognitifs sont des distorsions inconscientes de l’information provoquées par le système cognitif (la partie du cerveau qui pense et prend les décisions). Pour traiter l’information, le cerveau a parfois tendance à sélectionner, ignorer, déformer ou associer des informations afin de prendre une décision ou de se faire un avis.

On dénombre 250 biais cognitifs différents qui altèrent notre capacité de prise de décision. Certains viennent directement nous influencer en période d’élections

  • Le principe de preuve sociale
  • L’effet de halo
  • Le biais de confirmation
  • L’effet Dunning Kruger

Voici comment ces quatre biais cognitifs affectent notre pouvoir de décision en période d’élections et comment faire pour s’en affranchir.

Comment est-on influencé ?

A chaque instant, nos cinq sens perçoivent une immense quantité d’informations : des sons, des images, des données, des informations… que le cerveau doit ensuite analyser et trier pour déterminer ce qu’il en fait.

Pendant que tu lis cet article, ton cerveau voit l’écran mais aussi ce qu’il y a autour de l’écran. Il entend tous les bruits qui t’entourent. Peut-être même le battement de ton cœur. Il ressent les variations de température, le contact de tes vêtements sur la peau. Il perçoit ta pression artérielle, ton rythme cardiaque, analyse la quantité de salive que tu produis, tout en pensant au repas que tu vas faire ce soir ou à ton programme du week-end.

Devant l’immense quantité de données à traiter, le cerveau a mis en place un système d’optimisation. Il hiérarchise l’information, supprime ce qui ne paraît pas prioritaire et se focalise sur ce qui l’est. En faisant ces raccourcis, l’inconscient peut conserver une bonne capacité d’analyse et de prise de décision. 

C’est ce que Daniel Kahneman, dans son livre intitulé “Système 1, système 2”, appelle le Système 1 : “Un système de prise de décision rapide, intuitif et émotionnel.”

Mais cette efficacité a un prix. En supprimant une bonne partie de l’information pour faire des raccourcis, le cerveau est plus sujet à des prises de décisions inadaptées voire irrationnelles. Certains de ces raccourcis dysfonctionnels sont appelés les biais cognitifs.

Quatre biais cognitifs qui agissent sur nos décisions en période électorale

Voici quatre biais cognitifs qui peuvent influencer ton vote

La preuve sociale : comment les autres t’influencent

preuve sociale biais cognitif vote

Voici un exemple qui illustre bien l’impact des biais cognitifs dans notre vie : 

Tu as probablement déjà vu une publicité pour un dentifrice à la télévision. La plupart du temps, la fin du clip se termine par “produit recommandé par 92% des dentistes.”

Pourquoi les publicitaires sont-ils aussi motivés à nous dire que les dentistes recommandent leur produit ?

Parce que nous sommes naturellement plus enclins à prendre une décision si suffisamment d’autres personnes ont pris la même que nous. Ce biais cognitif s’appelle le principe de la preuve sociale. Et il a une bien plus forte influence qu’on ne le pense sur notre vie ! 

En 2020, 87% des français ont indiqué regarder les avis clients avant de prendre une décision d’achat (Source IFOP). 

L’inconscient fonctionne comme ça : si les autres le font, c’est que ça doit être bon pour moi.

C’est utile dans bien des cas… sauf quand tu te retrouves à faire la queue 2h devant un supermarché pour acheter du papier toilette au premier confinement !

C’est peut-être la raison pour laquelle seulement trois candidats ont raflé plus de 72% des voix cette année. 

Peut-être as-tu entendu suffisamment autour de toi le fameux “vote utile dès le premier tour cette année, ne perd pas de temps avec les petits partis”. 

Les sondages rapportant la même tendance avant le vote, la plupart des électeurs se sont inconsciemment tournés vers les trois premiers candidats… parce que c’est ce que tout le monde allait faire cette année !

L’effet de halo : L’apparence ne fait pas tout… mais elle fait beaucoup

L’effet de halo peut se définir ainsi : L’apparence physique d’une personne influence la manière dont on va percevoir sa personnalité. Une personne dont on apprécie l’apparence aura tendance à être considérée plus intelligente, compétente et intègre qu’une personne dont on n’aime pas l’apparence.

effet de halo biais cognitif vote

Ce biais cognitif a des répercussions directes sur nos choix politiques. 

Deux chercheurs, Christopher Y. Olivola et A. Todorov ont voulu étudier l’impact de la première impression sur les résultats des élections. Ils ont montré les photos des candidats au congrès américain à un groupe de personnes. Les participants avaient juste une seconde pour observer chaque photo.

Les chercheurs ont ensuite demandé aux participants de deviner qui serait élu.

Les prédictions basées sur l’observation de photos pendant une seule seconde se sont avérées justes dans une très large majorité des cas. 

Avec une simple première impression basée sur une photo, les gens ont pu deviner qui serait élu

Et devine quoi ?

Ceux qui ont été élus étaient principalement ceux que les candidats préféraient…. d’un point de vue esthétique.

Une autre étude canadienne a montré que les candidats aux élections qui étaient les plus séduisants avaient reçu plus de 2,5 fois plus de votes que les candidats peu séduisants.

Le plus fort dans tout ça, c’est que 73% des électeurs canadiens interviewés ont nié le fait qu’ils avaient été influencés par l’apparence physique. 

Daniel Kahneman résume bien ce biais : “Si vous aimez la politique du Président, vous aimez probablement sa voix et son apparence physique. Mais vous n’en avez sûrement pas conscience.”

Bienvenue dans l’effet de halo.  

Le biais de confirmation : Tu as raison, et tu as des preuves

As-tu déjà eu l’occasion de discuter politique avec des proches qui ne sont pas du même bord que toi ?

Que se passe t-il lorsque tu tentes de leur apporter les preuves qu’ils se trompent ?

C’est assez simple. Ils n’écoutent pas.

Par contre, si tu leur partages une croyance qui va dans leur sens, ils sont dans tous leurs états et te disent d’une voix grave : 

« Ça c’est important ! C’est ça qu’il faut retenir ! »

C’est ce qu’on appelle le biais de confirmation : c’est la tendance naturelle à ne sélectionner que des informations qui valident ce qu’on croit déjà et à supprimer tout le reste.

Imagines que tu sois en faveur de l’énergie nucléaire. 

Si ton candidat favori t’explique que le nucléaire est la pire solution et qu’il a des preuves, tu vas accorder du crédit à ses arguments.  

Si le candidat que tu détestes soutient le nucléaire et t’apporte des preuves, tu considérera que les preuves sont un ramassis de mensonges et tu n’y feras même pas attention.

Ce biais de confirmation s’explique du fait de la dissonance cognitive :

  • L’inconscient a besoin de se sentir en sécurité. Il va donc naturellement chercher à rester dans ce qu’il connait déjà.
  • Lorsque on propose une théorie ou un concept qui va à l’encontre de ce qu’on connaît, cela crée un sentiment d’inconfort, voire de danger. C’est ce qu’on appelle la dissonance cognitive.
  • Pour éviter de se retrouver dans cette situation inconfortable, l’inconscient préfère rejeter les informations contraires à ce qu’il connaît déjà et se focaliser sur les informations qui appuient ses croyances.

Toutes nos croyances sont filtrées par le biais de confirmation : au travail, quand on achète une voiture, et bien sûr lorsque on élit un Président. 

Une étude publiée en 2019 dans le “Royal Society Open Science” a analysé l’attitude d’électeurs vis à vis d’informations diffusées par Donald Trump en 2016, lorsqu’il n’était pas encore président.

Deux groupes d’électeurs, Républicains et Démocrates devaient décider à quel point ils étaient d’accord avec certaines affirmations sans savoir d’où elles venaient.

  • Une fois la première évaluation faite, on leur indiquait que ces affirmations venaient de Trump.
  • Lorsque l’information était attribuée à Trump, les Républicains croyaient bien plus à cette information.
  • Au même moment, les Démocrates considéraient que l’information était d’autant plus fausse.
  • Quand on a indiqué aux Républicains (supporters) que les informations de Trump étaient fausses, les participants ont alors réduit leur niveau de croyance en l’information mais n’ont pas changé leur volonté de voter Trump.

Les résultats de l’étude suggèrent que les électeurs voient leurs candidats à la présidentielle comme le garant de la vérité. Peu importe la véracité effective des informations, ils continuent de soutenir  leur candidat même si certains de ses arguments sont faux dans l’absolu. 

Tel est l’effet du biais de confirmation en politique.

L’effet Dunning-Kruger : La culture, c’est comme la confiture…

Voici deux propositions. Laquelle est la bonne selon toi ?

  1. Plus tu en sais, plus tu crois en savoir
  2. Moins tu en sais, plus tu crois en savoir

Roulement de tambours…

Et oui, c’est la deuxième proposition qui est vraie.

Tu connais peut-être cet adage populaire qui n’est pas sans rappeler ce biais cognitif :

« La culture, c’est comme la confiture. Moins on en a, plus on l’étale. »

C’est ce qu’on appelle l’effet Dunning-Kruger

effet dunning kruger

Ce biais a un impact fort sur les décisions des électeurs.

En 2017, des chercheurs de l’université du Maryland ont cherché à évaluer la perception que les gens peuvent avoir vis-à-vis de leurs propres connaissances en matière de politique.

Est-on vraiment conscient de notre niveau de connaissances dans un domaine donné ?

Pour étudier la question, les chercheurs ont envoyé un questionnaire d’évaluation des connaissances politiques à de nombreuses personnes. Une fois les résultats récupérés, les chercheurs ont divisé les participants en deux groupes.

  • Le groupe contrôle est chargé d’exécuter une tâche simple 
  • Le groupe test est chargé d’exécuter une tâche qui stimule leur engagement politique (en leur demandant d’identifier les caractéristiques des gens qui votent Démocrates ou Républicains)

Une fois les tâches effectuées, on a demandé aux participants d’évaluer leurs compétences politiques.

Les résultats parlent d’eux mêmes :

  • Les participants ayant de moins bonnes connaissances politiques, d’après leur test, se considèrent relativement plus compétents que ceux ayant des scores plus élevés.
  • Et quand on les fait réaliser une tâche qui stimule leur engagement politique cette perception de compétence augmente encore plus.

Ceux qui en savent le moins se considèrent les plus compétents et n’ont aucune conscience de leurs lacunes.

Cela peut avoir des effets délétères sur leur capacité à discerner les vrais enjeux politiques derrière des discours plus démagogiques.

Comment voter en son âme et conscience ? 

Prendre conscience de l’existence de ces quatre biais cognitifs est un premier pas pour avoir un regard critique sur nos propres jugements et modèles de prise de décision. 

Voici quatre suggestions pour éliminer ces biais au moment du vote : 

  • Preuve sociale : souhaites-tu vraiment voter comme la majorité des gens où selon tes propres convictions politiques ? 
  • Effet de halo : Si un candidat te “sort par les yeux”, tu peux essayer d’adopter une approche plus objective  en te concentrant sur le contenu du programme plutôt que sur son apparence ou le timbre de sa voix.
  • Biais de confirmation : Ne lis pas uniquement le programme de ton candidat préféré avec une confiance aveugle.  Lis l’ensemble des programmes et considères les propositions qui ont du sens pour toi, quel que soit le candidat qui les propose.
  • Effet Dunning-Kruger : Les enjeux politiques pour la gouvernance d’un pays sont énormes et nous sommes souvent peu au fait de toutes les problématiques. En abordant les propositions des candidats avec un œil curieux et une soif d’apprendre, tes choix seront sûrement plus alignés avec ton opinion. 

En anticipant ces quatre biais cognitifs, tu t’assures que ton vote soit davantage lié à tes propres convictions.  

Tant qu’on n’en prend pas conscience, les biais cognitifs guident une grande partie de notre vie. Les connaître, c’est se libérer de leur emprise et commencer à faire ses propres choix. 

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