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Prendre conscience par l’humour – Bruno Muschio

Bruno Muschio : C’est bon, tu as ton pass Navigo ?

David Laroche : C’est super-important pour faire une interview !

Bruno Muschio : Oui, je sais

David Laroche : Qui es-tu en fait ?

Bruno Muschio : Elle est compliquée ta question !

David Laroche : Comment tu te présenterais ?

Bruno Muschio : Tu viens de le faire : co-auteur et réalisateur de Bref. En général, c’est ce qui intéresse les gens !

EXTRAIT : Bref, lui c’est Demain : tous les trucs que j’ai à faire je les remets à demain. Depuis deux ans je dois résilier l’abonnement internet de mon ancien appartement, je le remets à demain.

David Laroche : Du coup, qu’est-ce qui fait que vous avez créé cette série ?

Bruno Muschio : A l’époque, on écrivait ensemble le spectacle de Kyan. Qu’on n’a toujours pas fini d’écrire, du coup, parce qu’entre temps il y a eu Bref. Et en discutant Kyan me dit : « J’aimerais bien faire un truc avec un mec qui parle vite » et ça, c’était une chose que j’avais envie de voir, j’ai dit : « Il pourrait se passer ça, ou ça, ou ça ». Et on l’a écrit tout de suite, en se disant que si ça nous plaît à tous les deux, il y a peut-être un truc à faire.

David Laroche : Donc, là pour bien comprendre, vous êtes où à ce moment-là ?

Bruno Muschio : On est deux mecs en galère dans un appartement à Montmartre et on parlait tout le temps de plein de trucs : « Ah, ça serait marrant de faire ci ou de faire ça ! » Et au moment où on parle de ça, il y a une énergie et un truc. Moi je me souviens vraiment de m’être dit : « C’est un truc que j’ai envie de voir »

David Laroche : Naître, c’est ça, dans ce sens là ?

Bruno Muschio : Je me suis dit : « Si je le fais pas, j’ai envie que quelqu’un d’autre le fasse parce que j’aimerais bien regarder ce programme, j’aimerais regarder l’histoire de ce mec dans le rythme dont on parle et avec les idées dont on est en train de discuter. J’ai envie que ça existe ». Du coup, quand tu es deux et que tu as envie que ça existe, en général c’est comme un enfant, on fait l’amour et 9 mois plus tard il apparaît.

David Laroche : Est-ce qu’il y a eu des peurs au début, de se dire : « Non, mais on délire, personne va aimer ce truc-là » ?

Bruno Muschio : Non, parce que ce n’est pas vraiment dans notre philosophie de penser que quelque chose est pas faisable. En vérité, tout est faisable. Quand ça se fait pas, c’est qu’il y a une raison, mais tu peux jamais te dire après coup : « Ah, en fait c’était irréalisable, c’est pour ça ! On n’aurait jamais dû le faire ! ». Non, il faut toujours faire parce que c’est seulement en le faisant que tu vois si ça fonctionne, si ça prend, si ça plaît à des gens et donc, du coup, on a pas vraiment cette nature-là. On est plutôt dans une tendance où on fait le truc, on voit jusqu’où ça va. Comme quand on fait l’amour pour faire un enfant, ça marche pas à chaque fois mais c’est quand même agréable. Si tu fais un truc, fais-le à 100% !

David Laroche : Pour qui ? Pour toi ou pour les gens ?

Bruno Muschio : Pour toi, pour les gens, pour le monde, sinon pourquoi tu fais un truc si c’est pour le faire à 50% ? Si tu fais un enfant, tu veux pas faire que des jambes ! Moi j’ai trouvé ma métaphore. Je viens de la trouver là, je ne l’ai jamais utilisée avant. Sache qu’elle est en exclusivité pour toi. Ce sera la métaphore de l’enfant pendant tout le…

David Laroche : Comment vous vous y êtes pris pour écrire un épisode ? J’aimerais juste décortiquer un peu, si on peut le faire, l’écriture d’un épisode. Est-ce que vous partez sur un message ? Comment ça se passe entre vous le processus créatif ? Ou pour le film. Là, c’est plus récent…

Bruno Muschio : Pour les épisodes, il y a deux règles importantes. La première c’est que comme on savait qu’on écrivait sur deux semaines et qu’on allait mourir, les premiers jours consistaient à trouver les idées marrantes et les thèmes des épisodes. Ce qu’on appelait dans notre méthode « les jouets et les chambres ». En gros, on trouvait des jouets qui étaient des idées et on trouvait des chambres. Imagine que tu as 40 chambres et que sur chaque porte il y a écrit « Bref », etc. Donc la méthode qu’on a utilisée c’est qu’on trouvait des idées on créait des chambres. On trouvait des idées en disant : tiens ça serait marrant qu’il se passe ceci ou cela. Ce serait bon qu’un mec dise ça. On note, on note, on note, c’est le côté qui est kiffant, quand tu as les idées, c’est le moment où tu kiffes. Sauf que tu sais que, derrière, il y a une obligation de rendu. Tu ne peux pas te contenter d’avoir l’idée, tu as kiffé et après tu rentres chez toi, et tu te dis que tu es un génie dans ta tête. Dans la phase 2, on regardait les chambres et on mettait des jouets dans les chambres. C’est à dire qu’on disait : « Ok, dans l’épisode de tel truc, on peut mettre telle idée. Peut-être que ça rentre ». Donc c’était des documents avec les titres des épisodes et là on mettait que des idées à la suite. Du coup, au moment où tu commences à fatiguer, c’est cool parce que c’est le moment où juste tu ouvres un document, tu as plein d’idées, tu as le titre et tu as plus qu’à écrire ce qui se passe, ordonner, en disant : « Cette idée on la met là, cette idée on la met là, il manque ci ou ça ». Et donc c’est beaucoup plus facile de structurer et surtout ça donne une homogénéité dans l’ensemble des épisodes puisque l’idée de l’épisode 40 tu as pu l’avoir le jour 2. C’est ce qui nous a permis d’avoir une espèce de cohérence globale sur une session complète d’épisodes. Ce qui est cool, c’est que Kyan et moi on est contents à 100% de la série parce qu’on a travaillé en consensus. C’est un peu les diagrammes de Venn, tu as un cercle comme ça, un cercle comme ça, mes idées/ses idées. Là où le cercle se rejoint, Bref est là. Bref, il est vraiment dans le consensus.

David Laroche : C’est clair, surtout ça a joué un rôle important dans l’équipe d’être entouré des bonnes personnes. Comment est-ce que tu sais si c’est une bonne personne en fait ?

Bruno Muschio : C’est seulement en essayant.

David Laroche : Donc ça veut dire que vous avez travaillé avec plein d’autres personnes avant ?

Bruno Muschio : Oui. A force, dans le travail tu rencontres des gens et puis tu t’intéresses à ce qui se passe, tu essayes de regarder un peu tel pote qui fait la même chose que toi. Il te montre un truc, tu fais : « Ah, c’est vachement bien ! Qui c’est qui a fait la musique ? Ah, c’est lui ! Ok, il faudra que je le rencontre un de ces quatre ». Tu essaies de créer un réseau et il ne faut pas hésiter, tu regardes un truc qui te plaît, il y a quelqu’un derrière, tu essaies de rencontrer la personne qui est derrière et de discuter avec elle. Dans le cas de Bref, c’est beaucoup de gens avec qui Kyan avait travaillé avant. Il y a une anecdote intéressante, qui est plutôt celle de Kyan, qui est que le monteur de Bref, à la base Kyan l’avait rencontré, il le connaissait plus ou moins mais il avait bossé avec lui parce que pour gagner sa vie il faisait des vidéos de mariage.

David Laroche : Tu comprends le décalage qu’il peut y avoir entre, par exemple, l’idée, de dire : « C’est génial ! » et une fois que tu vas le jouer ou le tourner, c’est pas si drôle que ça, en fait…

Bruno Muschio : Mais est-ce que c’est pas si drôle ou est-ce que tu t’es lassé toi-même de ton idée parce que c’est une blague : une blague la première fois que je te la raconte elle est marrante, la deuxième fois elle est déjà plus drôle. Et du coup, tu peux savoir si c’est drôle qu’en testant, c’est pour ça que, comme je te disais, en stand up on crée un sketch, on va le tester parce que ça peut te rendre fou, sinon. Tu écris une blague, elle t’a fait rire une fois dans ta vie, le restant de tes jours elle te fait plus rire parce que tu la connais et que l’humour, c’est basé sur la surprise. Il ne faut jamais oublier la première fois que tu l’a pensée, la première fois que tu l’as dite. Là comme on est deux, la première fois que Kyan me dit un truc, si j’ai rigolé, si j’ai ri à ce qu’il a dit, c’est que c’est drôle. Les mille fois d’après où j’ai pas ri, c’est parce que maintenant je connais la blague.

David Laroche : Quel message tu aimerais envoyer à un jeune qui nous regarde et qui se dit moi j’ai le rêve de devenir auteur, j’ai le rêve d’écrire des One Man Show ou j’ai un autre rêve ? Qu’est-ce que tu aimerais donner comme message à ce jeune qui te regarde ?

Bruno Muschio : Il est là ?

David Laroche : Oui, il est juste ici.

Bruno Muschio : Fais-le. En général quand quelqu’un vient et me dit : « J’ai une idée, j’aimerais bien faire ». Je fais : « Montre-moi ! ». Il dit : « Non, mais parce qu’en fait je l’ai pas mais je vais le faire bientôt ». Non, mais fais-le, fais-le et montre-le moi parce que de toutes façons l’idée que tu as c’est juste l’école, c’est pas ton objectif. Tu crois là, à ce moment là tu crois que c’est le but final de ta vie mais non, en fait c’est juste le CP. Donc juste fais-le, va au CP en fait, fais-le, fais ton truc, rate-le même, s’il faut le rater. Galère, trouve les gens, change-le, modifie-le mais fais-le. Et ça serait vraiment bien que tous les mecs super forts ou qui ont une reconnaissance montrent le premier truc, le deuxième truc, le troisième truc, le quatrième truc, voilà. Sachez que ce que vous voyez que vous aimez bien c’est mon 1293ème truc.

David Laroche : Ça rassurerait, oui.

Bruno Muschio : Oui. Parce que si tu commences à te dire que le premier truc que tu fais, il faut que ce soit aussi bien qu’un gars qui en a fait 1283, ça n’arrivera pas. C’est comme vouloir qu’à ton premier match de boxe tu puisses battre Tyson. Cette mécanique-là, c’est une mécanique que j’aime bien dans l’humour. C’est la démonstration, c’est-à-dire de dire, de pointer une incohérence, mais je pense que c’est ce que tu fais aussi dans ton spectacle puisque tu prends l’opposé, tu vas expliquer aux gens comment rater leur vie puisque tu sais qu’en leur expliquant, à chaque fois qu’ils vont s’identifier, ils vont être bien obligés de reconnaître que oui, c’est vrai c’est incohérent que je pense comme ça et donc, du coup, tu crées plus facilement une prise de conscience chez quelqu’un en lui faisant faire la démarche, lui, avec toi. C’est-à-dire que tu dis : « Moi, voilà la démarche intellectuelle que j’ai faite. Est-ce que tu es d’accord avec moi sur le fait que c’est quand même incohérent ça ? ». Parce que s’il est d’accord avec toi et que lui le pensait, il ne pourra plus jamais le penser sans se dire que c’est incohérent. Moi, personnellement, le héros de Bref je l’aime beaucoup. Je le trouve très sympa, mais je suis pas d’accord avec lui du tout sur la façon dont il vit, le fait qu’il n’ait pas d’objectif, qu’il encaisse. Il parle jamais, il préfère tout encaisser, puis au final il pète un plomb. Il court après une fille parce qu’elle est jolie, il ne voit pas qu’il y a une fille qui est faite pour lui, tu vois. Pour moi il a tous les travers que j’espère ne pas avoir ou que j’essaye de corriger chez moi, je dis pas que je les ai pas, mais c’est des travers que j’aime pas. Le fait que plein de gens le trouvent sympathique et se reconnaissent dans lui, c’est intéressant parce que j’espère que quand tu regardes Bref, en fonction du moment de ta vie, tu peux plus ou moins t’identifier au héros et à mon sens moins tu t’identifies à lui, plus tu te dis « Ah ! J’étais comme ça », mieux c’est, normalement.

David Laroche : Comment on peut te ou vous suivre. Imagine que là, il y a des gens qui veulent…

Bruno Muschio : Dans la rue tu veux dire ou… ?

David Laroche : Dans la rue.

Bruno Muschio : Ah non, ça je refuse.

David Laroche : Nickel ! Merci à toi en tout cas.

Bruno Muschio : C’était la poignée de main la plus solennelle que j’ai faite de ma vie. Je préfèrerais qu’on fasse un shake.

David Laroche : Ok, on en fait un.

Bruno Muschio : C’est cool.

David Laroche: On coupera au montage.

Bruno Muschio : Tu mettras une vraie explosion, tu feras un effet avec une boule de feu.

David Laroche : Exactement. Tu disparaîtras !

Bruno Muschio : Ok ! Dans un nuage de fumée ?

David Laroche : Si tu veux !

Bruno Muschio : Ok.

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