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Une entreprise RESPONSABLE, c’est possible ?! – Interview de Fred Mazzella (fondateur de BlaBlaCar)

– Il y a plein qui m’ont fait un visage plein de compassion et dans les yeux desquels je pouvais lire qu’ils n’étaient pas convaincus du tout, y compris des gens proches, des amis qui peuvent regarder comme ça « Hum hum ».

Vous êtes tout seul, il n’y a quasiment personne sur votre site, vous n’avez pas beaucoup d’argent et d’ailleurs le peu de personnes qui se présentent sur votre site ne payent pas. Vous comptez tenir combien de temps ?

– Comment c’était le tout début de BlaBlaCar, en fait ?

– J’ai appelé mon meilleur copain Damien pour qu’on commence à coder ensemble. On a commencé à coder tous les deux. Ça, ça a duré une période qui a duré deux ou trois ans. Petit à petit, j’ai rencontré Francis, co-fondateur plus technique, justement, lui qui est venu prendre la relève sur tout ce qui était développement parce que moi je savais développer, enfin moi je n’étais pas du niveau du tout de Francis. J’ai fait faire un produit qui trouve son « public » c’est-à-dire que les gens qui l’utilisent trouvent que ça marche. Et ça, ça prend plusieurs années, c’est une sorte de période d’incubation, de convergence du produit avec sa finalité et le fait qu’il est facilement utilisable.

– Et c’est super intéressant parce qu’on est dans un monde où les choses devont de plus en plus vite, je vois de plus en plus de jeunes qui veulent démarrer l’entrepreneuriat en pensant qu’ils vont être en un an, en deux ans le prochain Facebook. Pendant ces quatre ans-là, ça te paraît long ? Qu’est-ce que tu te dis, en fait ?

– Moi, je ne me suis pas posé la question de la longueur puisque de toute manière, je savais qu’au bout ça devait marcher, ça prendrait un certain temps. C’est vrai que parfois, on dit : « Blablacar : another night success ». Je dis : « Oui oui it was a long night. » Ça prend du temps. Quand on a la mission, quand on a l’envie et quand on sait que ça va se passer, on est capable d’attendre. La patience fait partie du jeu, c’est-à-dire qu’il y a une autre manière de le voir, c’est qu’en entrepreneuriat je pense qu’il n’y a pas d’ascenseur, il y a que des escaliers. Il faut bien se dire que la personne qui est au 24e étage.

– Elle n’est pas arrivée comme ça

– Non ! Elle n’a pas trouvé un ascenseur. Elle a monté tous les escaliers un par un. Et parfois c’est deux marches en avant, trois marches en arrière et puis on recommence. Et donc, une fois qu’on a ça en tête, que l’entrepreneuriat c’est un très long escalier, on est beaucoup plus patient. Chaque jour, je fais une petite marche, ça va dans le bon sens, c’est bon, je monte.

– Et toi, qu’est ce qui te motive dans ce projet à la base c’est créer une entreprise qui cartonne ? C’est générer de l’argent ? J’ai vu que tu as fait une tête sur la confiance. Est-ce que c’est un mélange de plein de choses ? Pourquoi tu fais ça en fait puisque tu disais que tu étais salarié et avant chercheur ? Qu’est-ce qui fait que d’un coup, tu dis : « Je vais entreprendre et je vais … , peu importe le temps que ça prend, ça marchera  » ?

– En fait, dans tout mon parcours, il y a quand-même une constante qui est créativité et recherche, ça revient quand même souvent et donc apprendre. Et donc ce qui m’anime énormément, c’est d’apprendre chaque jour, je ne vais pas aller chercher à reproduire quelque chose qui a déjà été faite et je vais chercher aller faire quelque chose qui n’a pas été faite puisque je trouve que c’est beaucoup plus marrant et intellectuellement, ça va beaucoup plus me satisfaire et je vais surtout chercher à apprendre chaque jour. Je sais que quand on crée, on apprend énormément. Donc mon vrai moteur, c’est d’apprendre, de ne même pas avoir l’impression de travailler, tellement je me fais plaisir tous les jours. Donc ça, c’est un moteur un peu personnel, mais après ce qu’il me faut pour apprendre, il me faut quelque chose qui me tire et ça après c’est la mission et la vision.

– Et c’était quoi pour toi la mission et la vision de l’entreprise à ce moment-là ou de toi ou ta mission et de ta vision ?

– Je n’avais pas forcément une vision entreprise, j’avais une vision vraiment mission.

-Comment tu décrirais ça ?

– Les voitures vides, enfin remplir les voitures. Pour moi, c’est un gâchis, c’est-à-dire que les voitures vides qui se déplacent avec des places libres.

– C’est un gâchis quel niveau écologique ? C’est un gâchis… ?

– Tout, en fait. On sous-utilise totalement la voiture en déplacement et donc l’énergie qui va avec, donc il y a ce premier constat-là et avec ce gâchis d’énergie vient évidemment un gâchis économique et écologique. Ce qui fait que Blablacar, par la proposition du partage de frais, est une solution pour éviter ce gâchis-là. Ensuite, il y a le côté extrêmement social du covoiturage, qui là est un booster d’énergie, j’ai envie de dire parce que quand on fait le covoiturage, on en ressort, on aime la société, on rencontre des gens, on discute.

– Tu disais dans une interview qu’il y a 10% des gens qui confiaient quelque chose à leurs…

– 21%

– 21%

– C’est une personne sur cinq.

– Ils confient quelque chose qu’ils n’ont jamais dit à personne dans la voiture.

– Exactement. Il y a un effet psy en covoiturage, on crée une relation d’un autre genre, c’est-à-dire qu’on a plein de types de relations : en familles, les interactions avec les amis, les interactions au travail, les interactions avec un commerçant ; c’est des types d’interactions et le covoiturage est une nouvelle catégorie d’interaction, c’est une interaction entre gens qui vont se rendre service, qui vont passer plusieurs heures ensemble. Mais l’interaction en covoiturage, en fait, ce qu’elle a de phénoménal, c’est qu’elle est suffisamment proche à la fois physiquement et mentalement pour générer des discussions passionnantes et en même temps, comme c’est quelqu’un qu’on ne reverra pas, on va passer deux, trois heures avec une personne en voiture, après on ne la reverra pas. Mais il y a un effet psy…

– Tu peux te lâcher

– Et il y a un effet, comme les deux personnes, en général, si on prend un conducteur et un passager, on regarde en face, il n’y a pas de contact par les yeux et en fait ça permet de libérer la parole. Et c’est ce qui fait qu’une personne sur cinq dit avoir confié en covoiturage, quelque chose qu’ils n’ont jamais dit à quelqu’un d’autre.

– Et quand tu parles de mission, est-ce que tu conseillerais un entrepreneur de dire : « Ne démarre pas un projet si à la base ça ne te fait pas vibrer, ce n’est pas une mission pour toi. »

– Je pense que de toute manière, quelque soit l’idée qu’elle soit ancienne, ancrée ou nouvelle, il faut qu’on l’ait chevillée au corps parce que ça va être de toute manière tellement difficile et passer toutes les épreuves, enfin demander tellement d’énergie que si on n’a pas la mission chevillée au corps, on ne passera pas ces épreuves-là. Donc il faut avoir ça pour pouvoir passer toutes les montagnes qui vont se présenter sur la route. Ensuite, moi, personnellement, c’est vrai que tout ce qui est gâchis a toujours été quelque chose qui m’a toujours touchée, j’ai toujours fait attention à ne pas générer de gâchis inutile.

– C’est super intéressant ce truc-là parce que ton business comme ça, il grandit tranquillement et il prend de la place. Il y a plein de personnes, je vois, ils partent vers une opportunité et puis après, il y a une chimère qui est là et ils partent vers une autre opportunité. En fait, quand tu regardes 5 ans plus tard, ils sont partis dans plein de directions et pas une qu’ils ont construite. Est-ce que pendant que tu crèves la guerre avant qu’on puisse considérer que c’est une réussite. Est-ce que des fois, tu es tenté de partir dans plein directions et d’arrêter ? Comment ça se passe pour toi ?

– Alors non seulement tu es tenté de partir dans plein de directions, mais en plus tu as des gens qui veulent que tu partes dans toutes les directions, tout le temps.

– Qui ça par exemple ?

– Ils disent : « Ah, ton truc, ça ne marche pas bien. »
Non, mais plein d’activités, on va dire connexes ou un peu dans l’état d’esprit ou un peu dans quelque chose qui pourrait s’y apparenter alors que toi tu es en pleine croissance et que déjà c’est assez compliqué de supporter cette croissance-là, ils te demandent de porter leur activité en mettant fin à un partenariat et puis comme ça c’est gagnant-gagnant. Sauf qu’en fait, très souvent, c’est plutôt pour nous ; ça nous ralentirait et pour eux, évidemment ce sera un accélérateur. Mais la difficulté, c’est justement de faire comprendre aux autres qu’on a déjà notre propre mission et notre focus à avoir sans quoi nous-mêmes, on ne sera pas assez solides pour pouvoir supporter quoi que ce soit. Parce que quand on est un petit champignon qui grandit, ce n’est pas le moment de mettre du poids dessus. Et donc ça, les tentations d’aller faire autre chose, elles sont légion dès que le projet commence à marcher parce que tout le monde vient à vous en voulant s’accrocher à la fusée qui décolle, sauf que si on s’accroche à la fusée qui décolle, elle ne décolle plus.

– Darren Hardy, qui était l’ex-PDG de Success magazine quand je lui avais demandé : « si tu avais un conseil que tu avais à me demander en tant qu’entrepreneur, » il m’avait dit : « Apprendre à dire Non »

-Exactement ! Mais ça « Apprendre à dire non », il y a plein de manières de dire non. Il y a plein de manières de dire non et toutes sont… enfin il y en a plein qui sont très élégantes : « ça ne rentre pas, je ne peux pas, alors là tu m’en demandes trop. » Et puis en plus, très souvent, il faut voir que… et ça c’est marrant si on apprend au fur et à mesure la conscience de l’équilibre dans une relation avec un partenaire et très souvent les demandes quand elles arrivent comme ça ; moi, je suis étonné de voir à quel point les gens pensent toujours à l’avantage qu’ils vont tirer de la relation avec toi.

– Et pas à l’avantage pour l’autre

– Pas à l’avantage pour l’autre. Et ils ne se mettent pas à ta place en disant : « Oui mais tu comprends, si je fais ça, pour moi, en fait c’est… »

– Une perte.

– C’est une perte.
– Ils te disent : « mais tu peux bien. » Non, je ne peux pas en fait, je suis déjà à la limite de la performance et de mon focus. Donc non, je ne peux pas et l’opportunité de faire des belles relations, des beaux partenariats sont ceux qui arrivent à se mettre dans les chaussures de l’autre et à proposer quelque chose qui soit équilibrée et qui ne soit pas juste « Donne-moi, donne-moi, donne-moi », mais qui soit véritablement « Regarde si on fait ça, ça t’apportera ça et c’est équitable » parce que la relation équitable, d’une part elle dure et d’autre part, elle se passe tout court. On a une valeur chez Blablacar qui dit « Be The Member » : on est nous-mêmes les membres.
(08:59)
On fait beaucoup de covoiturage, moi-même, j’en fais très souvent et du coup, ça permet d’être le client plus exigeant de son service et de vouloir toujours l’améliorer et de se mettre véritablement dans les choses de ses clients. Ça, c’est très important pour la réussite du business et pour la réussite des partenariats. Pensez toujours à ce que l’on va pouvoir apporter à l’autre et parfois même avant ce que l’autre va pouvoir nous apporter.

– Est-ce qu’au début du projet, il y a eu des personnes qui t’ont dit : « Abandonne ! Ça ne marchera pas. C’est une mauvaise idée. Le monde n’est pas prêt. C’est n’importe quoi. » Pourquoi pas des potentiels investisseurs, des amis et de l’entourage, est-ce qu’il y a des gens qui t’ont dit ça ?

– Je pense que pour une personne qui le dit, il y en a 50 qui le pensent, c’est-à-dire que…

– Il y a une qui est porte-parole de 50 autres.

– Il y en a peu qui m’ont dit : « ça ne marchera pas », mais il y en a plein qui m’ont fait un visage plein de compassion et dans les yeux desquels je pouvais lire qu’ils n’étaient pas convaincu du tout, y compris des gens proches, enfin des amis qui peuvent regarder comme ça : « Hum hum » On sent bien que ce qui se passe,

– Surtout qu’en 2006, le monde, il n’est pas habitué à ce monde d’échanges.

– Pas du tout. Déjà, les plates formes pas trop et puis consommation collaborative, le terme n’existait pas puisque ça date de 2011, enfin donc…

– Est-ce que toi, ça te fait douter ? Comment est-ce que tu le vis, en fait ce regard de l’autre ?

– Ça force à articuler des raisons, enfin de la rationalité autour de l’intuition, ça force à développer les arguments qui font qu’on va pouvoir expliquer pourquoi ça va marcher et pas juste dire : « j’y crois ». Donc, c’est ce qu’il faut, il faut croire à la mission et à l’objectif, mais en même temps, ce n’est pas le fait d’y croire qui va emmener beaucoup de gens très articulés et rationnels autour du projet pour lui donner sa réalité. Donc, il faut être capable de l’articuler, ça rejoint tout ce qui est storytelling.

– Justement, on en parlait tout à l’heure, est-ce que tu sais quoi la place que tu vois dans le storytelling par rapport à cette phase dans ton business et même aujourd’hui quelle place tu verrais au storytelling en tant qu’entrepreneur ?

– Je pense que, justement, le storytelling c’est ce qui te permet de passer d’une idée à une réalité parce que sinon, l’idée reste, l’idée est dans sa propre tête et ne devient pas quelque chose qui a sa propre vie dans notre société. Et donc, la première étape pour passer une idée vers la société, lui donner une chance de réussir, c’est d’aller justement la raconter, l’articuler, donner les arguments qui vont faire qu’on va réussir à convaincre d’autres personnes.

– Est-ce que dans ton parcours avec Blablacar ou dans d’ailleurs d’autres business, il y a eu une difficulté qui était plus difficile à gérer et comment tu l’as dépassée, transformée ? Mon intention, il y a ça : c’est de partager les difficultés qu’on peut rencontrer dans son parcours entrepreneur et quelle est la manière que toi, tu as et d’autres entrepreneurs d’ailleurs, d’y réagir, d’apprendre de ça, de dépasser ? Est-ce que dès fois, il y a des personnes qui parlait d’another night success, qui se disent : « Les entrepreneurs qui réussissent, c’est soit de la chance ou alors c’est des génies, ils sont nés comme ça » et ça fait dès fois beaucoup de bien aux personnes d’entendre qu’il y a des difficultés, pas forcément facile à vivre et que parfois la clé, c’est d’apprendre et grandir de ça, transformer.
Est-ce qu’il y aurait eu dans ton parcours, un moment qui était plus difficile et comment tu l’as dépassé ?

– Déjà, il y a un état d’esprit, c’est-à-dire que les problèmes, si on n’aime pas les problèmes, il ne faut pas être entrepreneur parce que justement ça va être une collection de problématique à résoudre. Ça peut être que ça. Donc, quand on comprend que la valeur ajoutée de l’entrepreneur, c’est de résoudre les problèmes, quand il y a un problème qui arrive, on se dit : c’est le moment
– C’est la mission

– C’est ma mission, c’est le moment où je vais montrer ma valeur ajoutée.
Si quand on voit un problème, on se dit : « encore un problème. » Donc il ne faut pas se tromper de métier parce que justement, si c’était simple, ce serait déjà fait. Ça existera déjà. Enfin voilà, c’est justement parce que c’est compliqué qu’il y a besoin que quelqu’un se tape la tête dessus assez longtemps pour y arriver. Donc, de la même manière qu’il n’y a pas d’ascenseur, il n’y a que des escaliers, je pense qu’il faut comprendre que c’est parce qu’il y a des problèmes, qu’il y a une opportunité. Justement elle écrit quelque chose de nouveau. Si on cherche juste à avoir une activité qui marche très bien, toute seule, sans aucun problème, en fait, on rêve ; je ne sais pas, c’est la suite du père Noël et du Loto qui sont déjà deux choses qui, je pense, ne modifie pas mal, malheureusement, notre perception d’une réussite sans effort. Voilà

– Et toi, tu as un exemple comme ça d’une difficulté qui, sur le coup, tu es le plus difficile que les autres sur… enfin sur ta perception. Et de comment tu l’as dépassé ?

– Un journaliste, une fois que vient me voir, c’était assez tôt, c’était 2008-2009. Je viens le voir et puis il me demande le concept et tout, je lui explique. Et à un moment, il me résume la situation comme ça il me dit : « Bon alors, si je résume, vous êtes tout seul. Il n’y a quasiment personne sur votre site, vous n’avez pas beaucoup d’argent et d’ailleurs le peu de personnes qui se présentent sur votre site ne paient pas. Vous comptez tenir combien de temps ? » Et là j’étais un peu à bout d’arguments, enfin j’en parlais tout à l’heure sur le storytelling. J’ai écouté. Mon nom de famille c’est Mazzella. Je suis d’origine italienne. Je peux manger des pâtes pendant 10 ans. Je vous donne rendez-vous dans 10 ans. Donc il faut prendre les choses avec humour et voir où sont ces avantages. Moi mon avantage, c’est que j’adore les pâtes. Effectivement, je peux manger les pâtes pendant 10 ans.

– Tu n’as pas besoin de beaucoup d’argent pour survivre.

– Il est temps. C’est une bonne règle de d’entrepreneuriat, c’est une bonne règle pour ne pas perdre d’argent, c’est de commencer par ne pas trop dépenser. Parce qu’au début, innover, ça prend du temps. Et donc, il faut se mettre dans une situation dans laquelle on va pouvoir rester assez longtemps sans perdre d’argent pour arriver au moment où on a un produit qui fonctionne et qui va pouvoir commencer à décoller.

– Est-ce que parfois tu rencontres des personnes où tu dis : « elles ont tout pour réussir », mais il leur manque un, deux ou trois trucs qui font que là si elles restent comme ça, ça ne marchera pas.

– Je pense ne pas se préparer à être patient, c’est une bonne source d’échec. Il faut créer des conditions pour pouvoir être patient. Si on est trop impatient, on n’arrivera pas au bout de la chose et donc, comme en général, ça ne démarrera jamais aussi vite que ce qu’on espère. On n’y arrivera pas tout court. Il y a autre chose qui peut faire qu’on échoue, c’est rien, ce dont on parlait tout à l’heure, c’est-à-dire ne pas suffisamment penser aux clients et à la personne qui va utiliser le produit, ne pas se mettre vraiment à sa place.

– Donc, ça veut dire quoi ? Par « Je prends du plaisir de créer le produit qui me plaît mais j’en ai oublié, est-ce que ça plait vraiment aux gens, » c’est ça ?

– Exactement, et à ce moment, on reste dans son propre délire d’un produit qui est compliqué à utiliser, mais qui fait plein de choses. Par contre, il faut le savoir : il faut appuyer sur là, puis là, puis là… Finalement, ça fait un truc sauf que personne ne trouve la recette. Et donc, il faut simplifier. Simplifier aussi ça veut dire parfois faire des choix, justement, et donc abandonner certaines choses et se concentrer sur ce qui marche vraiment. Donc, voilà, faire quelque chose de trop compliqué,

– Trop de caractéristiques, trop de structures ?

– Et pas simplifier assez. Simplifier, ça veut dire abandonner des pistes, ça veut dire rester focus.

– Aujourd’hui, dans ton entreprise pour arriver à créer une culture où les personnes, elles ont envie d’avancer avec l’entreprise, elles sont connectées à la mission. – – – Est-ce que tu as des astuces, des choses qui ont mieux marché et d’autres choses qui ont moins marché pour créer cette culture ? Tu parlais au début, c’est dur de donner envie aux gens de te suivre. Comment vous vous y prenez aujourd’hui ?

– On s’est rendu compte que la culture était quelque chose d’implicite jusqu’à ce qu’on soit 40-50 dans une société. La culture est assez implicite, pourquoi ? Parce qu’on connaît tout le monde, on interagit tous les jours avec tout le monde. Là où on s’est rendu compte qu’il fallait faire quelque chose au niveau de la culture et l’expliciter, c’est quand on a commencé à avoir plusieurs nationalités dans la société, aussi plusieurs bureaux physiques à différents endroits et dépasser 50. Et donc, on est passé dans une étape où on a explicité nos valeurs, c’est là qu’on a sorti une dizaine de valeurs. Moi j’ai appelé des valeurs, aujourd’hui, je les appelle des principes. Enfin, c’est pareil.

-Par exemple, un ou deux cas, c’est quoi par exemple ?

-« Fun and serious » par exemple. C’est le yin et le yang, un peu de l’entrepreneuriat. Il faut les deux. Une entreprise « Fun and fun », elle ne dure pas longtemps.

-Elle reste au stade de bébé, quoi.

– Ça marche pas. Une entreprise « Serious and Serious », personne n’a envie de bosser pour elle. Une entreprise « Fun and Serious », ça fait les deux. C’est-à-dire qu’elle allie le meilleur des deux mondes, elle est à la fois sérieuse, donc elle livre ce qu’elle promet et elle est Fun, c’est-à-dire que nous, on prend du plaisir à construire tout ça ensemble. Nos valeurs c’est « Fail, Learn, Succeed », dans lequel il y a Learn entre Fail et Succeed. Il y a vraiment le chemin entre l’échec et la réussite. C’est l’apprentissage.

-Donc tu encourages, vous encouragez la notion de faire des erreurs dans l’entreprise ?

– Oui, enfin évidemment, en calculant les effets de ces erreurs-là, c’est-à-dire qu’on a droit de faire des erreurs, celles qui ne prêtent pas à forte conséquence. Mais en tout cas, il ne faut pas s'empêcher de faire quelque chose parce qu’on risque de failer.

J’avais un prof de piano jazz qui s’appelait Claude Terranova qui m’avait dit une fois une chose. J’avais 18 ans, je prenais des cours de Jazz avec lui, en fait, je voulais passer un morceau et un passage du morceau qui est assez compliqué. Je n’y arrivais pas et je commençais à m’énerver parce que je n’y arrivais pas parce que dès fois, pour ceux qui font de la musique, quand on veut passer quelque chose et qu’il se passe quelque chose entre le cerveau et les cœurs, ça ne se passent pas. C’est très formateur pour la patience, pour l’apprentissage. Ce prof-là voyait que je m’énervait et me dit : « Attend Fred ! Arrête ! » Il me dit : « Tu sais avant de savoir quelque chose, on ne le sait pas et avant de le savoir, il faut apprendre. Donc là, tu es en phase d’apprentissage, ça ne sert à rien t’énerver tu es sur le passage entre je ne sais pas et je sais. Et donc là, pendant cette période-là, il faut que tu acceptes que ça va prendre un peu de temps et tu vas comprendre, apprendre comment ça marche et ensuite tu sauras le faire. Mais il ne faut pas croire que celui qui sait le faire, il y est arrivé comme ça du jour au lendemain. » Et ça, je pense que ça s’applique à beaucoup de choses.

– C’est quelque chose que tu as repensé cette histoire, dans ta vie ?

– Pas très souvent parce que l’entrepreneuriat et l’apprentissage, c’est beaucoup, beaucoup de ça. C’est beaucoup de choses qu’on ne sait pas faire et qu’il va falloir apprendre à faire et il va falloir avoir de la patience d’y arriver et ça va être par petites adaptations, parfois avec une très bonne idée au milieu, « tac » et donc du coup on gagne un peu de temps, et on se dit : « Ah si je suis comme ça, ça va être mieux. » Après, on essaye, on pense avoir une très bonne idée, puis en fait ça ne marche pas. Et donc du coup, il faut recommencer pour faire autre chose.

– Pour réussir en tant qu’entrepreneur, c’est important d’être à l’aise avec : faire des essais qui peuvent amener à faire des erreurs, apprendre le plus vite possible de ses erreurs et recommencer jusqu’à réussir.

– Oui, il faut aimer apprendre et il ne faut pas s’attarder sur quelque chose qui n’a pas marché. Quelque chose qui n’a pas marché, c’est quelque chose de laquelle on a appris.

– Comment on sait ? Puisque dès fois quand on est passionné par son truc, on veut rajouter telle caractéristique. Comment tu dis l’essentiel de mon produit, c’est ça, en fait ?

– Alors il faut quand même avoir un, sortir une première, une première version sur laquelle on a une certaine intuition mais il faut bien se dire que la moitié de l’évolution produit viendra des premiers utilisateurs. Donc, il faut passer beaucoup de temps avec les premiers utilisateurs, les tout premiers temps.

– Quand tu dis passer beaucoup de temps, c’est les appeler ?

– Les appeler. Moi, je passais des weekends entiers à les appeler. Les appeler pour leur demander ce qui n’allait pas, ce qu’il faut améliorer. En fait, on n’a pas besoin de prendre des notes parce que quand on appelle 10 personnes d’affilée, quand il y a quelque chose vraiment à changer sur le service, on le sait de suite, c’est-à-dire quand on passe des coups de fil comme ça, 2 3, 4 et le quatrième, il commence sa phrase en disant : « oui, je sais, je ne sais, je sais », c’était juste le quatrième à me le dire alors là j’ai compris.

– Là, tu sais que c’est vraiment important ?

– Et là, tu sais que c’est ça qu’il faut mettre sur ta roadmap juste après. Je pense qu’une des grandes qualités pour pouvoir grandir, c’est justement de savoir prendre les feedbacks sans les juger ; en tout cas, pas sur le moment. C’est reprendre les feedbacks et surtout ne pas empêcher les gens de nous donner feedbacks, parce que si on est dans une logique où quelqu’un commence à donner un retour et on le bloque en disant : « Non attends ! Attends ! Tu n’as pas compris. Ce n’est pas comme ça que ça marche. » On se bloque d’une

– Richesse,

– D’une richesse incroyable et donc, en fait, il faut être dans l’écoute complète, être prêt à prendre n’importe quelle critique, y compris difficile à entendre et après il faut composer avec les raisons de sa plainte pour comprendre comment on va pouvoir faire évoluer la chose pour que ça ne se reproduise plus.

– J’ai vu que vous avez changé, si j’ai le bon chiffre 6 fois de business model. Comment tu trouves l’équilibre entre j’ai un business model et je vais me focus dessus, c’est lui, c’est le bon et je suis prêt à le lâcher à un moment donné, quelque part changer un peu de focus vers un autre business model. Comment on joue là-dedans ? De : « il est temps qu’on arrête cette stratégie. »

-Alors, je crois que c’est Héraclite qui a dit ça. Quand les faits changent, je change d’avis. Donc, le problème c’est que tant qu’on n’a pas les faits, typiquement on croit à un business model. On essaye vraiment, mais il faut y aller à fond. Justement, il n’y a pas d’autre manière que d’y aller à fond. Donc, on y va à fond et si après ça ne marche pas, ça devient un nouveau fait., ça devient un fait, ça devient : ce business model ne marche pas. J’ai essayé.

-Tu parles beaucoup d’intuition dans cette interview. C’est quelle place ça joue pour toi ? Ça veut dire quoi l’intuition, en fait ?

– Je pense c’est une intuition à partir du moment où on sait qu’on n’arrive pas à l’expliquer en une phrase. On sait qu’il va falloir du temps pour expliquer pourquoi on pense comme ça.

– Et est-ce que tu dirais que c’est « je le sens en fait ? Je sens que c’est ça.

– Ça rejoint ça, mais en fait, un intuitif c’est un peu un hyper analytique, justement lié à l’observation. Donc, on le sent, mais c’est le résultat d’une grande analyse qui ne va pas pouvoir se résumer en une phrase.

– Et tu l’as déjà utilisé dans un recrutement de dire :  » Sur le papier, la personne paraît être la bonne personne, mais je ne sais pas pourquoi il ne faut pas qu’on la recrute.  » Ou l’inverse,  » ça ne paraît pas être la bonne personne ou je ne sais pas pourquoi il faut qu’on la recrute. »

– Alors sur les personnes, c’est encore autre chose. C’est moins rationnel. Oui, c’est forcément, ça m’est arrivé en entretien à la fois de me dire : « cette personne, j’ai envie de travailler avec » ça m’est arrivé souvent ». En entretien, ce que je recherche, c’est vraiment déjà la volonté et les étoiles dans les yeux. Quelqu’un qui vient en entretien pour travailler chez BlaBlacar et qui vient juste chercher un travail au choix, se trompe. Il faut venir avec les étoiles dans les yeux. C’est-à-dire que…

– Et comment tu vérifies ça ?

– Ça se voit les étoiles dans les yeux, ça se voit si c’est quelqu’un qui est animé…

– Et tu poses des questions ou tu ne poses pas de questions et tu regardes ?

– Tu poses des questions, des fois un petit peu sur le côté, tu vois ? Par rapport à quelque chose de complètement orthogonal, si la personne réagit en jouant le moment ou bien se disant : « Oh la la, ça va remettre en cause mon embauche ou pas ».

Ça donne des éléments sur ce qui va se passer quand cette personne-là va être confrontée à des choses inhabituelles, inattendues, est-ce qu’elle va paniquer ou bien se dire : « Tiens, un problème, ça va être marrant.  »

J’espère que la vidéo t’a plu, en tout cas ça a été beaucoup de boulot. Je souhaite vraiment que peu importe le regard des autres, tu fonces et tu vas réaliser tes rêves.

Comme tu peux le voir, j’adore étudier les entrepreneurs qui n’ont aucune limite.
Mets-moi en commentaire quel entrepreneur français ou non tu aimerais voir ici.
D’ailleurs en les étudiant, j’ai identifié 6 obsessions contre-intuitives que les gros entrepreneurs ont et qui font leurs résultats. Quand je dis gros, je parle d’Elon Musk, Steve Jobs, Jeff Bezos, Warren Buffet. Ces 6 obsessions ont permis à mon entreprise de décoller et ont permis à certains de mes clients de faire jusqu’à fois 10 la même année. Donc si ça te dis, si tu as envie de recevoir ça, je te l’envoie dans ta boîte mail. Clique juste ici et tu vas le recevoir. Fais-le maintenant, car je change régulièrement de vidéos gratuites.
Rappelle-toi, cette année c’est notre année et on avance ensemble.

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